Je me crame une cigarette. La lumière tamisée de ma chambre apaise la présence exécrable de notre sueur mélangée sur ma peau. Je peux encore sentir ses fluides corporels sur ma langue, je ne sais pas si je dois être dégoûté ou juste me couper la langue.
"Bastian. J'ai la fumée sur moi là. se plaint-elle pendant qu'elle se retourne sur le lit pour être dos à moi.
- Si tu es capable de me supporter au lit alors tu peux supporter un peu de tabac, cocotte.
- Sache qu'à chaque fois que je viens ici, je retourne à la maison avec des courbatures insupportables.
- Tu ne te plains pas sur le moment pourtant."
Je ne la vois peut-être pas, et même je ne veux pas la voir, mais je sais qu'elle est actuellement entrain de lever les yeux au ciel. Elle a toujours ce caractère d'ingrate. Malheureusement, elle est plus tolérable que les autres et c'est la seule qui peut enchaîner avec moi. Donc je préfère la garder, juste parce que je n'ai pas le choix.
"C'est quand que tu m'invites au resto, d'ailleurs ? Où est passée la galanterie ? Et tu ne penses pas que c'est le minimum que tu puisses faire après tout ce temps ?"
J'allais répliquer quelque chose mais elle me coupe direct en ajoutant :
"Et je ne pense pas que Hans accepterait ce que tu fais."
Alors qu'elle allait ajouter autre chose, je la stop dans son élan.
"C'est bon. T'as gagné. Laisse moi y réfléchir et je te donnerai des nouvelles.
- Parfait ! Ça fait plaisir de faire une affaire avec toi, mon chou.
- Ne m'appelle plus comme ça sinon à la place d'avoir des courbatures, je tordrai tes membres."
Elle soupire d'ennui avant de se lever. Elle attrape ses affaires et se rhabille en vitesse avant de partir sans un mot, claquant la porte d'entrée derrière elle.
Je ne dis rien et continue de fumer. Même si elle se comporte comme une connasse, elle sait exactement où est sa place.[ Dans le passeyyy ]
(nda : je ne suis pas ouvrière du bâtiment et j'ai la flemme donc je ne sais pas si ce que j'écris est vrai, désolée)Je suis entrain de mettre en place le carrelage du sol de la salle de bain. Je mets une couche de vernis granuleux sur le sol afin que le carrelage colle bien sur le ciment tout en étant étanche.
Quel genre de parent force son enfant à faire ce genre de choses ? Je ne suis même pas payer, sérieux.
Alors que le motif géométrique prend forme, je dois sortir de la pièce pour couper un bout de carrelage puisque sa forme d'origine n'entre pas parfaitement à sa place dédiée.
Avec une scie circulaire, je sectionne le morceau indésirable. Toutefois, par faute d'inattention, je me coupe le doigts. J'extirpe mon membre rapidement mais apparemment pas assez puisque j'ai une entaille sur le côté de mon index. J'arrête la machine et vais directement à l'extérieur pour demander des soins aux ouvriers.Je m'autorise à prendre une pause après ce petit incident. La coupure est un peu profonde n'empêche. Fait chier.
Je décide de fumer et prends donc mon paquet de clopes de ma poche. Je sors une cigarette de la boîte mais alors que je la tiens avec mon pouce et mon index, elle tombe. J'attrape mon poignet avec mon autre main et remarque que mon doigt tremble. Putain de blessure à la con.
Je sursaute quand on m'appelle soudainement. Je tourne ma tête vers la personne, déjà sur le point d'insulter son arbre généalogique.
Mes lèvres étaient déjà séparées pour mais lorsque mes yeux se posent sur lui, je ferme ma gueule.
"Oh, c'est toi.
- Guten Morgen !
- Depuis quand tu as appris à dire ça ?"
Le petit se rapproche de moi et je m'accroupis légèrement pour être à son niveau.
"J'ai demandé à mon professeur de m'apprendre des mots !"
Je lâche un léger rire, amusé qu'un gosse comme lui veuille apprendre autant de choses aussi jeune.
À son âge, 10 ans, je n'étais pas du tout curieux de ce qu'il y avait autour de moi. Mon père ne me laissait pas le choix en fait, il me forçait à faire des trucs de chantier pour que je devienne "un vrai bonhomme".
Il doit être gâté ce petit, avec des parents riches et tous les trucs qu'il doit avoir. De plus, je suis sûr qu'il parlait d'un prof particulier. Déjà parce qu'il a dit "professeur" et non "maître" mais aussi parce qu'un maître ordinaire ne répondrait pas à de telles requêtes.
"Vous vous êtes fait mal à votre doigt ? demande-t-il curieusement pendant que son regard est posé sur le petit bandage qui recouvre mon index.
- Oh, oui. Mais c'est rien, juste une petite coupure."Le lendemain, je reviens sur le site pour finaliser le carrelage. Je suis fatigué, comme d'habitude, et mon doigt tremble de temps à autre. C'est bien chiant qu'en plus, ça fait un mal de chien.
Alors que le briefing dans le jardin est fini, je me sépare du groupe et marche vers la salle de bain. Mais dès que j'atteins celle-ci, une petite forme est debout devant la porte.
"Tu fais quoi ici ? Et où sont tes parents ? ... C'est dangereux les chantiers, tu sais ?
- Je voulais vous donner un truc..." murmure-t-il presque, clairement peu sûr de lui.
Il joint le côté de ses mains qui étaient derrière son dos - les paumes dirigées vers le ciel. Il y a un truc placé au centre. Je regarde le petit objet et son visage, confus.
"Tu t'es fait mal ? demandé-je afin de comprendre la situation mais il secoue la tête.
- Votre main." dit-il doucement.
Je n'ai pas trop compris mais je me soumets à sa demande et tend la main vers lui. Il tient le pansement avec une main et enlève les bandelettes des côtés collants. Je tends mon autre main pour qu'il puisse les mettre dedans, comme une poubelle. Ensuite, il recouvre le bandage de mon index avec le pansement couvert de dessins pour enfant. Des étoiles, des nuages et même un chat, tout ça avec des couleurs vives.
Après ça, il lâche ma main et me montre son genou qui a le même pansement.
"Comme ça on a le même !" s'exclame-t-il avec un grand sourire.
Malgré ma nature peu joyeuse, je ne peux que rire à cette gaieté innocente.
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Mon souvenir perdu (Mein verlorenes Gedächtnis)
Teen Fiction☆ Et si je vous parlais d'un don Juan asocial, détestable, qui hait tout le monde ? Malgré son caractère de merde, il arrive quand même à montrer une autre facette de lui à un gamin qui vient sur son lieu de travail. Ils deviennent ensuite comme des...