(POV Anaïs)
Le silence était lourd après les mots de l'homme à la porte. Je pouvais presque sentir la pression de la menace qui flottait dans l'air. La présence de l'inconnu semblait enserrer la cabane, la rendant exiguë et suffocante. Je me tenais immobile dans mon coin, retenant ma respiration, essayant de ne pas faire de bruit.
Élias, de son côté, restait figé sur le seuil, mais il était clair qu'il n'allait pas se laisser intimider. Ses poings se serraient lentement, ses mâchoires crispées. Il savait que cette rencontre n'était qu'un avertissement. Un avertissement qu'il ne pouvait pas ignorer.
L'homme à la porte ne semblait pas pressé. Il se contenta de scruter Élias, le regard glacial et calculateur.
— Tu sais pourquoi je suis ici, n'est-ce pas ? répéta-t-il d'un ton presque amical, comme s'il n'était pas là pour faire la guerre.
Élias garda le silence, son regard aussi impénétrable que celui de son visiteur.
L'homme haussait les épaules, comme s'il savait déjà qu'Élias ne parlerait pas. Il se pencha légèrement en avant, un sourire en coin.
— Tu n'as aucune idée de ce que tu as déclenché en revenant ici, dit-il doucement. Tu crois que tu peux tout effacer ? Que tu peux tout effacer d'un simple coup de couteau et d'un regard fuyant ?
Les mots frappèrent Élias de plein fouet, mais il ne bougea pas. Il avait l'habitude de ce genre de menace. Il avait appris à encaisser, à ne pas céder. Mais là, quelque chose était différent. Peut-être était-ce ma proximité, peut-être le fait qu'il s'était finalement laissé toucher par ma présence.
Il serra les dents.
— Je n'ai rien à vous dire, murmura-t-il. Allez-vous-en.
L'homme éclata de rire, un rire froid qui ne portait aucune joie.
— Tu vois, c'est ça ton problème, Élias. Tu penses qu'en restant seul, tu peux tout contrôler. Mais ce n'est pas ainsi que ça marche. Ce n'est pas toi qui contrôles, tu n'as jamais contrôlé. Nous contrôlons. Toujours.
Je n'arrivais pas à comprendre. J'étais complètement paralysée par la situation. Le sentiment que j'étais en danger se faisait plus réel à chaque mot prononcé, à chaque geste de l'homme dans l'encadrement de la porte.
Élias se tourna légèrement vers moi, ses yeux cherchant à me rassurer, mais il n'y arrivait pas. Il avait l'air épuisé, mais aussi plus déterminé que jamais.
— Cache-toi, murmura-t-il à peine audible, sans détourner son regard de l'homme.
Je hochai la tête, mes jambes tremblant sous l'effort de ne pas m'effondrer. Mais avant que je ne puisse me déplacer, l'homme à la porte tourna brusquement sa tête vers moi.
— Ne bouge pas.
Sa voix n'était pas un simple ordre, mais une menace voilée, un danger palpable dans chaque syllabe. Je me figeai, mon cœur battant la chamade. J'avais l'impression que chaque fibre de mon corps était sur le point de céder sous la pression.
Élias, lui, ne sembla pas s'en soucier. Il se redressa légèrement, sa posture se faisant plus agressive.
— Si vous voulez faire quelque chose, faites-le. Mais ne menacez pas les gens qui ne vous ont rien fait.
L'homme haussait un sourcil, comme s'il était amusé par l'insolence d'Élias.
— Je vois que tu as toujours un peu de fierté, dit-il. Mais ça ne va pas t'aider cette fois. Nous avons un message pour toi. Et ce message, tu ne pourras pas l'ignorer.
Il fit un signe de tête vers le fond de la pièce, comme pour indiquer que le temps était compté. Le regard d'Élias devint plus sombre, ses yeux se transformant en véritables éclats de fer.
— Et si je refuse ? dit-il d'un ton glacial, bien que son corps se tende de plus en plus, comme s'il se préparait à réagir à tout instant.
L'homme soupira, agacé, puis il tira de sa poche un petit paquet soigneusement emballé et le lança sur la table entre eux.
— C'est votre réponse. Nous vous attendons.
Élias fixa le paquet un moment, les poings toujours serrés, avant de se tourner lentement vers moi. Ses yeux me cherchèrent dans l'ombre de la pièce. Quand nos regards se croisèrent, je vis quelque chose d'étrange, un mélange de douleur et de regret dans ses prunelles.
— Écoute-moi bien, Anaïs. Tu dois partir.
Je ne répondis pas immédiatement. Je me sentais prise au piège, incapable de comprendre ce qui se passait, de saisir ce qui allait advenir. Mais quelque chose dans la voix d'Élias me fit frissonner.
— Vous me dites de partir, mais je ne peux pas. Je ne peux pas vous laisser ici.
Je m'avançai lentement, mes jambes lourdes et hésitantes. Les regards de l'homme à la porte et d'Élias se croisèrent une dernière fois, un face-à-face silencieux. L'inconnu fit un mouvement, comme pour signaler que leur entretien touchait à sa fin.
— C'est ta dernière chance, Élias. Tu ne peux plus fuir.
Il se tourna, puis disparut dans la nuit, laissant la porte grande ouverte derrière lui.
L'air sembla soudainement moins lourd, mais le silence qui suivit n'était pas rassurant.
Élias s'effondra sur la chaise près de la table, comme s'il venait de perdre tout espoir.
— C'est fini, murmura-t-il, presque pour lui-même. C'est fini pour nous.
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Entre l'Ombre et le Feu
RomanceAnaïs Morel, une serveuse solitaire d'un village isolé, rencontre Élias Delorme, un homme mystérieux et taciturne qui semble fuir son passé. Intriguée, Anaïs s'approche de lui malgré sa froideur, découvrant peu à peu que Élias est en fuite, poursuiv...