Chapitre 8 : Ombres et aveux

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(POV Anaïs)

J'étais toujours figée sur place, mes doigts tremblants, mon cœur battant à tout rompre. Le silence qui régnait après le départ de l'homme était assourdissant. Je n'avais jamais connu une telle tension, jamais imaginé que ma vie pourrait prendre une telle tournure. Les menaces, les dangers... Tout semblait si irréel. Pourtant, ici, dans cette petite cabane, tout paraissait palpable, menaçant.

Je m'approchai prudemment d'Élias, dont la silhouette était assombrie par la lumière tamisée de la pièce. Ses mains étaient crispées sur la table, son visage marqué par une rage contenue. Il semblait plus brisé que jamais, comme si la rencontre avec cet inconnu avait réveillé une partie de lui qu'il avait longtemps tentée de laisser derrière lui.

— Élias... murmurai-je, ma voix presque étouffée.

Il tourna lentement la tête vers moi, mais ne répondit pas immédiatement. Ses yeux étaient sombres, pleins d'une souffrance que je ne comprenais pas entièrement. Il semblait déconnecté, comme si une partie de lui n'était déjà plus ici.

— Ce n'est pas la première fois qu'ils viennent, n'est-ce pas ? demandai-je, ma voix tremblante.

Un long silence suivit ma question. Il ne me regardait plus, ses yeux fixés sur le paquet laissé sur la table, comme s'il y avait une vérité qu'il ne voulait pas lui dire. Finalement, il soupira, un son lourd et fatigué, et se leva brusquement. Il commença à faire les cent pas dans la pièce, ses mouvements précipités.

— Non, ce n'est pas la première fois, dit-il enfin, sa voix rauque, comme si chaque mot le coûtait. Mais cette fois-ci, c'est différent.

Je me rapprochai lentement, mais il s'éloigna d'un pas, comme s'il craignait que je ne devienne une partie du problème.

— Qu'est-ce que vous leur avez fait ? Pourquoi vous poursuivent-ils.

Ma question flottait dans l'air, pleine de craintes non formulées. Je ne comprenais pas tout, mais je sentais que la vérité, quelle qu'elle soit, risquait de tout changer. Élias me regarda intensément, une étincelle de douleur traversant son regard. Puis il détourna les yeux.

— Tu ne veux pas savoir, Anaïs. Crois-moi, c'est trop dangereux pour toi.

Je le défiai du regard.

— Je suis déjà impliquée, Élias. Vous ne pouvez pas juste me repousser comme ça. Je suis déjà dedans.

Il me fixa un instant, une lueur de surprise dans ses yeux. Puis il s'assit, épuisé, dans un vieux fauteuil près de la cheminée, son corps tout à coup affaissé, comme s'il portait un poids bien plus lourd que ce que son apparence laissait supposer.

— C'est tout ce que je veux, pourtant... que tu partes, dit-il, la voix pleine de résignation. Je t'ai dit que tu ne voulais pas ça.

Je m'agenouillai devant lui, mes mains se posant sur ses genoux. Je n'avais jamais vu Élias aussi vulnérable, aussi brisé. Cette froideur, cette distance qu'il mettait entre nous, tout cela n'était qu'une façade. Il avait peur. Peur de ce qu'il était devenu, peur de la proximité qu'il ressentait pour moi, peur de me mettre en danger.

— Vous ne me comprenez pas. Je suis déjà impliquée, Élias. Quand vous avez croisé mon chemin, vous avez fait de moi une partie de votre monde. Vous ne pouvez pas me repousser comme ça.

Ses mots semblaient le frapper comme des coups, et un long silence s'ensuivit. Élias ferma les yeux, le visage marqué par une lutte intérieure. Il lutta pour contrôler sa respiration, pour apaiser cette tempête qui faisait rage en lui.

— Ils veulent ma tête, Anaïs, dit-il dans un murmure. Ils veulent me faire payer.

J'attendis, sentant que c'était le moment. Il était prêt, ou presque.

— Pourquoi ? Pourquoi vous veulent-ils ?

Il se leva soudainement, presque violemment, et se dirigea vers le paquet laissé sur la table. Il l'ouvrit d'un geste brusque, comme s'il était impatient de se débarrasser de tout ça. À l'intérieur, il y avait une photo, une vieille photo en noir et blanc, d'un groupe de personnes. Il la saisit avec hâte, la regarda un instant avant de la poser sur la table devant moi.

— Voilà pourquoi, dit-il d'une voix lourde. Ils veulent venger des choses que j'ai faites, des choix que j'ai faits.

Je scrutai la photo. Le groupe de personnes souriait, mais quelque chose dans leurs yeux me rendait mal à l'aise. Je reconnus Élias au centre, mais il y avait aussi d'autres visages. Des visages d'hommes et de femmes que je n'avais jamais vus.

— C'est vous ? demandai-je.

Élias hocha lentement la tête.

— Oui. C'était avant... Avant que je devienne celui que je suis maintenant. Mais eux, ils ne m'ont jamais oublié.

Les mots flottèrent dans l'air, lourds de significations que je n'arrivais pas encore à saisir. Je sentis une vague de confusion m'envahir. Qui étaient ces gens ? Pourquoi Élias était-il lié à eux ? Et pourquoi semblait-il fuir tant son passé ?

— Vous êtes... dans un genre de gang ? demandai-je, tentant de comprendre.

Élias ferma les yeux un instant, comme pour se donner du courage.

— Oui, c'était une époque où j'étais... quelqu'un d'autre. Mais ça ne m'appartient plus. Ce passé-là... je veux l'effacer. Mais je vois que je ne peux pas.

Je le regardai, mes yeux emplis d'une compassion que je ne m'étais pas autorisée jusqu'à présent. Je m'approchai lentement, mon regard ancré dans le sien.

— Vous n'êtes pas seul, Élias. Vous avez encore quelqu'un à vos côtés.

Il sembla hésiter, mais un léger sourire, presque imperceptible, apparut sur ses lèvres. Une brève lueur d'espoir, peut-être.

— Je ne suis pas sûr que tu te rendes compte de ce que tu dis, murmura-t-il, sa voix rauque. Mais merci...

Entre l'Ombre et le FeuOù les histoires vivent. Découvrez maintenant