Un frisson glacial me parcourt, mes doigts tremblent sur la gâchette. Je n'ai pas le droit. Pas ici. Pas maintenant. Mais je vois ses yeux, ces mêmes yeux, et je sens la terreur s'insinuer dans mes veines. Un éclat d'horreur pure me traverse. Je comprends qu'il m'a reconnue. Je vois dans ses yeux la même hésitation, ce chaos intérieur qui traduit la lutte silencieuse entre loyauté et émotion. Nos regards, empreints d'incrédulité, parlent plus que les mots.
Les lèvres me brûlent de dire son nom, le début d'un murmure s'échappe malgré moi :
— Am...
Mais avant que le son ne se déploie pleinement, Amos plisse les yeux et hoche imperceptiblement la tête. Un avertissement silencieux. Je comprends, et la vérité s'impose à moi avec une clarté tranchante : ce n'est pas le moment. Si l'on dévoile notre lien ici, tout pourrait basculer. Les conséquences seraient désastreuses. Je me mords l'intérieur de la joue et me force à rester de marbre. Je ne peux pas flancher, pas maintenant.
Je sais que ça ne doit rien changer. Pas ici. Pas maintenant. Il est là, mais rien n'est plus important que ce qui se passe ici, ce soir. Nous devons tout sacrifier pour le gang, pour cette promesse silencieuse qui nous lie à notre clan respectif. Rien de tout cela ne doit être compromis, autant l'un que pour l'autre et on c'était compris tous les deux, et on allais le respecter tous les deux.
Il ne dira rien. Je ne dirai rien. Nous savons tous les deux que tout cela est bien plus grand que nous. Mais ce n'est pas fini. Pas encore. Ce n'est qu'un instant. Juste un instant suspendu.
Je ne cille pas, même lorsque mon arme reste braquée sur lui. Mon regard glisse un instant sur la scène. Karl et Tim s'affairent autour de la cargaison, tandis que Nathan et Maria tiennent en respect deux hommes que je reconnais trop bien : Lorenzo et Diego. Et soudain, tout devient logique. Amos soutient mon regard, son expression figée, mais je vois dans ses yeux qu'il a compris que je sais tout maintenant.
Nathan, sans cesser de surveiller notre entourage, me lance une corde :
— Tiens, attache-lui les mains, et serre fort.
Je déglutis et tout en gardant mon arme sur Amos, je me rapprocha de lui et pris ses deux mains. Il céda pas, au contraire il me laissa faire, comme pour me faciliter la tâche.
Je déglutis. Mon souffle est court alors que je m'approche, l'arme toujours pointée sur Amos. Il tend les mains sans résister, ses gestes étrangement dociles, comme s'il savait que cela faciliterait les choses. Luttant contre le vertige qui menace de m'emporter, je me concentre sur la tâche. Je suis si proche que je pourrais sentir la chaleur de son souffle. Mais il rompt le silence, et sa voix, basse et railleuse, me parvient comme un coup de poignard :
— J'aurais préféré que tu m'attaches dans d'autres circonstances, princesse.
Mon coeur se serra, il était vraiment entrain de rire de la situation là ? Mais je chassa la faiblesse d'un battement de cils. Je termine mon geste et m'éloigne sans oser croiser son regard. Mes mains tremblent encore, mais je garde la tête haute.
— C'est bon, on peut partir, annonce Nathan
Alors que nous commençons à nous éclipser, Amos élève la voix. L'ironie mordante de ses mots retentit dans l'air nocturne
— Sachez, cher gang Lombardi, que notre guerre est loin d'être finie. Vous n'avez remporté qu'une bataille.
Je pivote, mes yeux plongent dans les siens, pleins de défi. Cette provocation est de trop. Je rétorque, ma voix ferme :
— Peut-être. Mais ça fait déjà une victoire pour nous, et rien pour vous.
Avec ces mots, nous disparaissons dans la nuit, la cargaison en notre possession. Derrière nous, Amos, Lorenzo et Diego demeurent, silhouettes figées du gang des Montclair. Mais comme l'a si bien dis Amos, ce n'est qu'une bataille, mais elle marque le début de quelque chose de bien plus grand.
-
Amos
Je ne pouvais pas y croire. Là, attaché comme un con, je rageais intérieurement, je fixais Diego et Lorenzo, mes frères d'armes, aussi choqués et paumés que moi. Merde, on venait de se faire rouler par les Lombardi, et le comble ? Zélia. Cette putain de fille faisait partie de leur gang. Chaque seconde qui passait me remplissait d'une rage sourde. J'avais envie de tout défoncer, de crier, et de me battre jusqu'à en saigner.
— Putain de merde ! hurlais-je, la voix rauque, écorchée par la colère. On s'est fait avoir comme des débutants !
La frustration me bouffait, je pouvais presque sentir l'acide de ma rage brûler dans mes veines. Diego, le regard dur, se libéra rapidement et vint nous détacher. Je me dégagea avec une impulsivité démesurée et fis le tour de l'entrepôt du regard. Bordel, la scène était un désastre. Mes gars, certains blessés, se traînaient à terre. D'autres se redressaient péniblement, leurs visages marqués par l'épuisement et la honte.
Je choppa une barre métallique et l'éclata contre le mur le plus proche. Un fracas résonna dans l'entrepôt, étouffant momentanément les râles et les gémissements des blessés.
— MERDE ! gueula-je à nouveau, comme si ça pouvait évacuer toute cette colère qui me rongeait.
Lorenzo approcha, sa main posée sur mon épaule pour tenter de me calmer. Il avait l'air tendu, mais pas surpris par mon éclat.
— Mec, faut pas qu'on perde de temps. On doit déjà penser à la suite, dit-il, la voix ferme.
Il avait raison. Mais putain, ce n'était pas ça qui allait m'apaiser. Ma tête tournait à mille à l'heure. J'avais des images de Zélia, de ses sourires, de nos moments... et là, la réalité qui me cognait en pleine face.
Je pris une grande inspiration, le regard sombre, fixé sur rien. Diego me regardait, l'air de se demander si j'allais péter un autre câble ou enfin me concentrer.
— Bon les gars, nettoyez tout ça, soignez ceux qui peuvent tenir debout. Je dois y aller, dis-je, la voix basse, mais tranchante.
— Amos, tu vas où putain ? lança Diego, incrédule.
— J'ai un truc à régler, répondis-je, mes yeux se plissant sous la rage contenue.
Lorenzo s'avança, l'air grave.
— Mec, tu rigoles, là ? C'est pas le moment de partir en solo, on a besoin de toi ici !
Je leva un regard qui ne laissait place à aucune discussion.
— Écoutez, Lorenzo, Diego... je suis votre chef, et vous me faites confiance. Là, j'ai un truc à faire !
Sans attendre de réponse, je pris la direction de la sortie, le cœur tambourinant dans ma poitrine. J'avais des comptes à régler, des vérités à entendre, et une putain de confrontation à mener. L'image de Zélia, avec ses yeux larges de surprise quand elle m'avait braqué, me hantait. Si elle pensait qu'elle pouvait me rouler comme ça et s'en sortir, elle se mettait le doigt dans l'œil. Je n'étais pas du genre à laisser passer un coup comme ça.
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Sous les néons de l'interdit
Roman d'amourAmos et Zélia n'étaient pas faits pour s'entendre. Entre les provocations, les regards noirs et les piques acides, leur vie de campus est vite devenue un champ de bataille. Zélia le trouve insupportable avec son arrogance de bad boy. Amos, lui, ne s...