(POV Élias)
Le silence de la forêt n'apportait aucun réconfort. Je marchais lentement, Anaïs à mes côtés, nos pas feutrés par la mousse humide du sol. Je n'avais pas dit un mot depuis que nous avions quitté la clairière. Mon esprit était un chaos de pensées.
Je m'en voulais d'avoir laissé Anaïs s'approcher si près de ce monde. Je m'en voulais de ne pas avoir trouvé une solution. Et pourtant, une partie de moi était reconnaissante qu'elle soit encore là, qu'elle n'ait pas fui en découvrant la vérité.
— Vous ne pouvez pas continuer comme ça, murmura-t-elle, brisant le silence.
Je tournai la tête vers elle, mes sourcils froncés.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Anaïs s'arrêta, me forçant à faire de même. Ses yeux brillaient dans l'obscurité, emplis de cette détermination qui semblait inébranlable.
— Vous ne pouvez pas affronter tout cela seul. Ces hommes ne reculeront devant rien, et si vous continuez à vous battre contre eux à votre façon, ils finiront par gagner.
Je soupirai, passant une main sur mon visage fatigué.
— Et que veux-tu que je fasse, Anaïs ? Ces hommes contrôlent tout. Ils ont des contacts, de l'argent, des moyens que tu ne peux même pas imaginer. La seule chose que je peux faire, c'est te protéger.
Elle secoua la tête.
— Vous pensez que me protéger signifie m'écarter, mais c'est faux. Je suis déjà impliquée, que vous le vouliez ou non. Alors laissez-moi vous aider.
J'ouvris la bouche pour protester, mais elle leva la main, m'interrompant.
— Vous avez survécu jusqu'ici, Élias, mais vous ne pouvez pas continuer à porter ça seul.
Ses mots me frappèrent comme une vérité que j'avais toujours refusé de voir.
(POV Anaïs)
Je pouvais voir le poids de ses choix dans le regard d'Élias. Chaque ligne de son visage racontait une histoire de douleur et de sacrifice, et cela me brisait le cœur.
— Parlez-moi de ce qu'ils vous veulent exactement, dis-je, ma voix douce mais ferme.
Élias détourna les yeux, le silence s'étirant entre nous.
— Ils veulent que je reprenne ma place. Que je devienne à nouveau leur chien de garde, leur exécutant. Mais ce n'est pas seulement ça... Ils veulent me punir pour avoir tenté de m'échapper.
Je croisai les bras, réfléchissant rapidement.
— Alors il faut les empêcher de vous atteindre.
Il éclata d'un rire amer.
— Et comment proposes-tu de faire ça ? Ils ont des yeux partout. Ils savent où je suis. Si je tente de fuir à nouveau, ils me retrouveront. Et toi avec.
Je posai une main sur son bras, le forçant à croiser mon regard.
— Alors on les combat autrement. Vous n'avez jamais essayé de les affronter directement, si ? Pas vraiment. Vous vous êtes contenté de fuir, et c'est ce qu'ils attendent. Mais si on leur montre que vous n'êtes pas seul... que vous êtes prêt à riposter...
Élias secoua la tête, sceptique.
— Tu ne comprends pas. Ces hommes ne fonctionnent pas comme ça. Ils ne se laissent pas intimider.
Mais je ne baissai pas les yeux.
— Alors trouvons leur point faible. Tout le monde en a un.
Il me regarda longuement, comme s'il pesait mes mots. Il n'était pas sûr que mon idée puisse fonctionner, mais une partie de lui voulait croire que j'avais raison.
(POV Élias)
Nous retournâmes à la cabane, l'atmosphère entre nous plus tendue que jamais. J'allumai une bougie, le léger crépitement de la flamme brisant le silence oppressant. Je posai mes mains sur la table, le regard perdu.
— Il y a peut-être une solution, finis-je par dire.
Anaïs s'approcha, attentive.
— Qu'est-ce que vous avez en tête ?
Je relevai les yeux vers elle, une lueur sombre dans mon regard.
— Ces hommes sont protégés parce qu'ils ont des gens influents derrière eux. Des politiciens, des hommes d'affaires. Mais si on trouve quelque chose pour les faire tomber... si on trouve une faiblesse, un lien qu'ils ne veulent pas exposer... alors peut-être qu'on pourrait les forcer à reculer.
Anaïs hocha la tête, une lueur d'espoir naissant dans ses yeux.
— Vous savez où chercher ?
J'hésitai avant de répondre.
— J'ai travaillé pour eux pendant des années. J'ai vu des choses, entendu des conversations... Mais c'était il y a longtemps. Je ne sais pas si c'est suffisant.
— Alors il faut creuser. Trouver des preuves. Vous n'êtes pas seul dans cette bataille, Élias.
Ses paroles résonnèrent en moi. Peut-être qu'elle avait raison. Peut-être qu'il était temps d'arrêter de fuir.
Mais une part de moi savait que c'était un pari risqué. Très risqué.
(Retour POV Anaïs)
La nuit avançait, et je m'assis près de la cheminée, regardant Élias rassembler ses pensées. Je voyais bien qu'il luttait contre lui-même, partagé entre l'envie de tout abandonner et celle de se battre.
Je pris une profonde inspiration avant de parler.
— Je crois en vous, Élias. Vous êtes plus fort que vous ne le pensez. Et je suis avec vous, quoi qu'il arrive.
Il releva la tête vers moi, surpris par mes mots.
— Pourquoi ? demanda-t-il. Pourquoi me faire confiance, après tout ce que tu sais de moi ?
Je souris légèrement, mon regard adoucissant l'atmosphère.
— Parce que je vois qui vous êtes vraiment. Et ce que je vois me donne envie de rester.
Pour la première fois depuis des jours, Élias sembla relâcher une partie de sa tension.
— Merci, murmura-t-il, presque inaudible.
La tempête en nous ne s'était pas encore calmée, mais au moins, nous avions trouvé une lueur dans l'obscurité.
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Entre l'Ombre et le Feu
RomantizmAnaïs Morel, une serveuse solitaire d'un village isolé, rencontre Élias Delorme, un homme mystérieux et taciturne qui semble fuir son passé. Intriguée, Anaïs s'approche de lui malgré sa froideur, découvrant peu à peu que Élias est en fuite, poursuiv...