De nuit, bringuebalé dans un carrosse étroit et entouré d'une foule aux intentions indéterminées, le premier contact de Saule avec les rues de la capitale n'avait rien eu de mémorable, sinon l'angoisse qu'il avait provoqué.
Maintenant, à la lueur du jour et sous un ciel d'azur, tout était différent. Encadrant les rues larges, les façades de pierre exhibaient fièrement couleurs fraîches et corniches sculptées de feuilles d'acanthe. Les artères grouillaient de vie. Les pavés résonnaient des roues des carrosses, des chariots et des sabots des cavaliers.
Les deux princes étaient entourés d'un groupe disparate de gardes des deux nationalités auxquels s'était ajoutée Nérine, qui prenait très à cœur le rôle de garde du corps personnel qu'elle s'était elle-même assigné.
Le seul autre Crépusculaire à avoir manifesté de l'intérêt pour cette escapade était le Maître Tailleur Santal. Dame Gardénia avait estimé qu'elle ne pouvait se préparer correctement sur un délai aussi court et n'avait pas laissé à Jacinthe le choix d'exprimer un autre avis que le sien, surtout lorsqu'elle avait appris qu'Acacia ne viendrait pas.
La préparation n'avait pourtant représenté aucun obstacle pour Maître Santal. Il ne lui avait fallu que quelques minutes pour enfourner ses échantillons dans une grande sacoche et se vêtir de ses plus beaux atours. Si la sagesse populaire prétend que les cordonniers sont les plus mal chaussés, cet adage ne s'applique visiblement pas aux tailleurs. Maître Santal était la promotion vivante de son corps de métier. Ses vêtements étaient toujours taillés à la perfection dans les plus beaux tissus. Quant aux broderies, elles étaient magnifiques. Saule n'avait jamais vu ce style de motif compliqué ailleurs. Pourtant il avait l'œil pour ce genre de détail.
Leur escorte les faisait progresser à vive allure, tout en tenant les curieux à distance. Saule n'en apprécia pas moins la visite. Cependant, elle était loin de correspondre à l'idée qu'il se faisait d'une rencontre avec le peuple. De temps en temps, des citadins interpellaient Jaspe joyeusement.
— Bonjour, Votre Altesse !
— Félicitations pour votre mariage !
— Il faudra nous présenter vot'fiancée !
À tous, Jaspe répondait d'un signe de main amical. De loin.
Dès qu'ils s'éloignèrent des quartiers résidentiels, cris et invectives vigoureuses se multiplièrent. De nombreuses charrettes chargées de caisses et de tonneaux stationnaient sur les trottoirs pendant que les commerces se faisaient livrer leurs marchandises. Les passants qui tentaient de se frayer un chemin dans ce chaos n'hésitaient pas à exprimer haut et fort leur mécontentement.
— Rentrons dans cette échoppe. Au vu de celles que vous m'aviez fait visiter quand nous étions à Iridièn, je pense qu'elle devrait vous plaire, Saule, dit soudain Jaspe en indiquant un bâtiment triangulaire qui occupait l'angle entre deux avenues bordées de vénérables platanes. À vous aussi, Maître Santal.
Une belle enseigne métallique sur laquelle étaient gravés un ciseau et une bobine dorés signalait son activité. La devanture plaquée de bois était chaleureuse, et une vitrine surchargée montrait des capes fourrées et des robes accrochées à des mannequins noyés dans un océan de gants de fourrure douce, de toques en velours, de voiles vaporeux et de gilets de toutes les couleurs. L'intérieur était aussi encombré que la vitrine et à l'exception de Nérine et de deux gardes aubéens, l'escorte resta à l'extérieur. Leur apparition provoqua la panique à laquelle il fallait s'attendre.
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Conte de l'Aube et du Crépuscule
Fantasy"Il était une fois deux royaumes, en guerre depuis des siècles. Deux royaumes que tout opposait sinon les souffrances nées du conflit. Il était une fois un roi et une reine, las de la guerre. Un roi et une reine qui surent mettre de côté la rancœur...