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Amos

La journée se poursuivait et, comme prévu, Lorenzo continuait d'être une catastrophe ambulante. Chaque descente était un mélange de rires et de cris de panique de sa part. À un moment donné, il s'est complètement étalé, perdant ses skis et dévalant une bonne partie de la piste sur le cul. Diego était plié en deux, son rire résonnant dans l'air froid, et même Louna ne pouvait s'empêcher de glousser.

— Mec, t'es sûr que t'as pas une malédiction ? railla Diego en le rejoignant, essuyant une larme de rire. Sérieux, même un gosse de cinq ans fait mieux que toi !

— Va te faire foutre, grogna Lorenzo, tout rouge. Je suis juste... en phase d'apprentissage, okay ?

— Phase d'apprentissage, répéta Diego en ricanant. Mec, t'es un sketch vivant.

Moi, je regardais tout ça en silence, un sourire en coin. Lorenzo, c'était le clown de service aujourd'hui. Mais mon regard revenait sans cesse vers Zélia, que j'essayais de ne pas mater comme un obsédé. Pas simple, putain. Elle était là, à quelques mètres, en train de rigoler avec Louna. Ses mouvements étaient fluides, précis, presque hypnotiques. Elle avait ce putain de sourire qui illuminait tout, même cette putain de montagne glacée.

— T'es sûr que ça va, Amos ? lança Diego en me tapant sur l'épaule. T'as l'air ailleurs.

Je haussai les épaules, jouant les mecs détendus.

— Ouais, t'inquiète. Juste concentré, tu vois ?

— Concentré sur quoi ? demanda Lorenzo en ajustant enfin ses skis. Sur Zélia ? ajouta-t-il, un sourire en coin.

Je lui lançai un regard qui aurait pu le faire se taire à vie. Mais, évidemment, Lorenzo était du genre à ne jamais savoir quand la fermer.

— Sérieusement, t'es bizarre aujourd'hui, mec. C'est quoi ton problème ? poursuivit-il.

— Mon problème ? répliquai-je, un peu trop brusquement. Mon problème, c'est que toi, tu passes plus de temps à ramasser tes skis qu'à skier.

Lorenzo leva les mains en signe de paix, mais Diego éclata de rire.

— Hé, hé, calme, Amos. T'es tendu, là. Faut te détendre.

Je savais qu'ils plaisantaient, mais putain, ça me montait à la tête. Parce que ouais, j'étais tendu. Depuis ce matin, je faisais tout pour ignorer Zélia, pour rester dans mon putain de rôle de mec cool qui n'a aucun problème. Mais c'était un mensonge. Elle me rendait fou.

— Je vais faire une descente, grognai-je en m'éloignant. Histoire de me "détendre", comme vous dites.

Je calai mes lunettes, attachai mes skis et pris la piste, laissant leur rire derrière moi. Le vent glacé sur mon visage m'aida à remettre mes idées en place. Mais, bordel, elle était toujours là, dans ma tête. Chaque putain de sourire, chaque mouvement, chaque fois qu'elle passait une mèche de cheveux derrière son oreille... Tout. Ça me rendait dingue.

Après une journée à skier comme des tarés, je pensais qu'on allait se poser tranquille, boire un verre au chalet et se foutre la paix. Mais évidemment, Diego avait une autre idée.

— Ce soir, on sort. Y'a un bar au pied des pistes qui est dingue, paraît-il, lança-t-il en éclatant de rire.

Lorenzo était déjà partant, évidemment. Ce mec était toujours prêt pour une connerie. Louna sautilla presque sur place, visiblement ravie de l'idée. Moi, je grognai en silence. Une soirée au bar, entouré de mecs bourrés et de nanas en chaleur, c'était pas vraiment mon truc. Enfin, pas ce soir. Mais Diego ne lâchait jamais.

De retour au chalet, tout le monde se préparait. Lorenzo chantait sous la douche, Louna passait une heure à choisir entre deux robes presque identiques, et Diego était déjà en train de se servir un verre en attendant qu'on parte. Moi, j'étais prêt en cinq minutes, un t-shirt noir, un jean et ma veste en cuir. Simple et efficace.

Mais quand Zélia sortit de sa chambre, bordel, j'aurais dû m'asseoir.

Elle portait une robe noire qui épousait son corps à la perfection, avec une fente sur le côté qui laissait entrevoir juste ce qu'il fallait. Ses cheveux étaient lâchés, légèrement ondulés, et ses lèvres avaient cette teinte rouge qui hurlait "regarde-moi, mais touche pas". Mes doigts se crispèrent sur le verre que je tenais, et je détournai les yeux avant qu'elle ne capte que je la matais comme un mec en manque.

— T'es sûre que t'as pas oublié de mettre un manteau ? grognai-je, plus pour moi-même que pour elle.

Elle tourna la tête vers moi, un sourire narquois sur les lèvres.

— Je suis bien comme ça, merci, répondit-elle avant de descendre rejoindre les autres.

Putain. J'étais foutu.

Le bar était bondé. Des gens partout, des rires, des cris, de la musique à s'en exploser les tympans. Une ambiance de station de ski classique, quoi. Des groupes de potes éméchés, des touristes trop heureux, et des locaux qui regardaient tout ce cirque avec amusement. Moi, j'étais déjà sur les nerfs.

Lorenzo et Diego s'étaient jetés au bar, Louna les suivant de près. Zélia, elle, était déjà attirée par la piste de danse. Elle et Louna s'étaient mises à danser ensemble peu de temps après.

Mon regard ne quittait pas Zélia. Pas une putain de seconde. Elle bougeait avec une fluidité naturelle, comme si la musique coulait dans ses veines. Les autres types dans le bar l'avaient remarqué aussi, évidemment. Comment ne pas la remarquer dans cette robe ? Ça me bouffait de l'intérieur. J'avais envie de lui dire d'arrêter, de lui dire de se calmer.

Des filles s'approchaient de moi, mais je les ignorais toutes. C'était comme si elles n'existaient pas.

— Salut, t'es mignon toi, me dis l'une d'entre elles.

— Oui mais pas intéressé.

Mon attention était verrouillée sur Zélia, et ça me foutait en rogne. Comment elle pouvait s'amuser comme ça, comme si de rien n'était, alors que moi, j'étais en train de perdre le contrôle ?

Lorenzo finit par rejoindre Louna sur la piste, et ils commencèrent à danser ensemble, leur complicité évidente. Zélia se retrouva seule, mais elle ne s'arrêta pas. Au contraire, elle sembla encore plus à l'aise, laissant la musique la guider. Et c'est là que je le vis.

Un type, assis non loin, qui la matait. Son regard était collé sur elle, comme s'il cherchait le moment parfait pour s'approcher. Ma mâchoire se serra, et mon poing se crispa autour de mon verre. Pas question que ce mec tente quoi que ce soit.

Sans perdre une seconde, je posai mon verre sur la table et me levai. Je traversa la foule en quelques pas, mes épaules bousculant ceux qui se mettaient sur mon chemin. Quand j'arriva près d'elle, je n'hésitai pas une seconde. Je posa ma main sur sa taille et la tira doucement vers moi.

— Tu joues à quoi, Amos ? demanda-t-elle, son regard surpris planté dans le mien.

— À rien, répondis-je, ma voix grave. Juste à te rappeler que t'es pas toute seule ici.

Elle fronça les sourcils, mais je vis l'éclat dans ses yeux. Ce mélange de défi et de quelque chose d'autre, de plus profond, qui me hante depuis des semaines.

— J'ai pas besoin de toi pour ça, rétorqua-t-elle, sa voix tranchante, mais pas assez pour me repousser.

Je me pencha légèrement, mon souffle effleurant son oreille.

— Peut-être. Mais moi, j'ai besoin de m'assurer que personne d'autre ne s'approche, murmurai-je, un sourire narquois étirant mes lèvres.

Elle recula légèrement, mais je garda ma main sur sa taille, la chaleur de son corps traversant mes doigts. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais Louna arriva à cet instant, interrompant notre échange.

— Hé, Zélia, viens, on danse encore ! cria-t-elle, ignorant totalement la tension entre nous.

Zélia me lança un dernier regard, mélange de frustration et d'incrédulité, avant de s'éloigner. Moi, je resta planté là, les mains dans les poches, mon cœur battant plus vite, sans savoir pourquoi. 

Sous les néons de l'interditOù les histoires vivent. Découvrez maintenant