CHAPITRE XXXVI

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Dimanche 13 février, Madrid

Installée dans la salle attenante au studio de la station de radio qui reçoit James depuis presque trois heures maintenant, j'attends patiemment qu'il finisse son interview. La radio espagnole a négocié avec sa maison de disques pour avoir la prestation totale, comme James me l'avait expliqué. Cela signifie la présence de l'artiste pour une rencontre avec des fans, un mini-concert, des photos pour leurs réseaux sociaux ainsi qu'une interview de plus d'une heure avec jeux et défis au programme.

Puisqu'elle n'a commencé que depuis à peine dix minutes, je sais que j'ai encore une bonne heure à patienter.

Je suis venue pour faire des photos de la rencontre et du concert puis de l'interview, mais le dirigeant de la station de radio a refusé ma présence, car il a un photographe officiel qui gère tout. Le seul cliché, qu'on m'a autorisé, est une photo de l'équipe avec James pour la poster sur l'Instagram de la tournée en mentionnant la radio et tous les chroniqueurs présents.

— On va jouer à un petit jeu, sourit Juan, l'animateur vedette. Un cap ou pas cap. Ça vous dit ?

— D'accord, répond James amusé après que l'interprète le lui a traduit.

Grâce à la vitre donnant sur le studio, je profite de l'interview de James. Comme pour absolument toutes les interviews qu'il a pu faire, il a encore eu droit aux questions bateaux. Est-il content de jouer deux soirs de suite à guichets fermés à Madrid ? Bien sûr. Est-il vrai qu'il est toujours célibataire ? Effectivement. Comment se sent-il après presque quatre mois sur les routes ? Fatigué, mais heureux. Et j'en passe et des meilleures.

— Premier cap ou pas cap, annonce Sofiana, l'une des chroniqueuses. Vous nous avez confirmé votre célibat tout à l'heure...

— Tu recommences avec ça, rigole Juan en la coupant. Je crois qu'elle est amoureuse.

— Ça ne serait pas la seule, confirme Magdalena, l'interprète de James.

— Donc, reprend Sofiana, cap ou pas cap de m'embrasser ?

— Sur la joue. Cap, sourit James en tournant la tête vers moi.

Je la vois se lever de sa chaise et elle rejoint James avec une démarche féline. Et elle plaque ses lèvres sur celles de mon petit ami alors que je grimace de contrariété.

Depuis un peu plus d'un mois, on a repris la route avec le tour bus et on n'a eu aucun moment que tous les deux. À croire qu'ils se sont donné le mot pour nous pourrir la vie. Avant qu'on se fréquente, il nous arrivait assez souvent d'être un peu seuls. Avant, Ryan et les musiciens sortaient en boîte de nuit après les concerts. Avant, sa loge était déserte avant le concert.

Mais depuis un mois, il y en a toujours un pour ne pas vouloir y aller et sa loge est devenue un véritable moulin. On n'est jamais tranquille. Et ça commence sérieusement à me peser. Ses baisers me manquent. Sa peau contre la mienne me manque. La manifestation de son amour pour moi me manque. Il m'arrive souvent la nuit de me réveiller en sursaut, car j'ai l'impression de sentir ses lèvres sur ma peau. Combien de fois j'ai rêvé que je le rejoignais sur sa couchette ? Combien de fois j'ai rêvé qu'on se planquait dans un placard à balai pour avoir une minute rien que pour nous ? Je ne les compte même plus.

— Pour nos auditeurs et auditrices, rigole Juan, Sofiana vient d'embrasser James sur la bouche. Et ça n'avait pas l'air de lui déplaire, dit-il alors que je vois James me lancer un regard désolé. J'ai donc un cap ou pas cap, moi aussi. James, comme tout le monde le sait, demain, c'est la Saint-Valentin. Donc cap ou pas cap, d'inviter Sofiana pour un rendez-vous galant.

Deviens ma plus belle chansonOù les histoires vivent. Découvrez maintenant