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P.D.V Souleymane

Je rentre chez moi ce soir-là, fatigué, vidé. Ma vie est devenue une routine mécanique, sans saveur, sans couleur. Le travail, la maison, le regard inquiet de ma mère, le silence oppressant qui règne entre nous depuis des semaines. Depuis Siham. Depuis que j'ai accepté l'inacceptable.

Je suis assis à table, jouant distraitement avec mon repas, lorsque les mots tombent, lourds et tranchants.

- Demain soir, nous sommes invités chez les parents de Siham. C'est officiel. Ils vont lui présenter son futur mari, annonce ma mère d'une voix calme, comme si elle parlait de la météo.

Je relève brusquement la tête. Mon cœur rate un battement.

- Moi : Quoi ?

Mon ton est plus dur que je ne l'aurais voulu, mais je m'en fiche. Mon regard accroche celui de ma mère, cherchant désespérément à déceler une trace d'hésitation, un signe que j'ai mal compris. Mais non. Son expression est neutre, presque résignée.

- Son père a trouvé quelqu'un pour elle. Un bon parti, un Algérien, bien sous tous rapports, poursuit mon oncle, assis en face de moi. Tu sais comment sont ces choses-là. Les familles doivent avancer, Souleymane.

Avancer ? Mon sang bout dans mes veines. Ils veulent que j'accepte ça, comme si c'était normal. Comme si Siham n'était qu'un pion qu'on peut déplacer selon les règles établies.

Je jette ma fourchette bruyamment sur la table.

- Moi : Vous voulez que j'assiste à ça ? Vous voulez que je sois là, à regarder un autre homme prendre la place qui me revient ?

Ma mère soupire.

- Souleymane... Tu savais que ça arriverait. C'était écrit.

Je me lève d'un bond, la chaise raclant brutalement le sol. Mon souffle est court, mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine.

- Moi : Non... Non, c'est pas écrit. Vous m'avez forcé la main, vous m'avez volé ma vie. Vous m'avez volé Siham ! Cette dette, ce n'est pas la mienne, et pourtant c'est moi qui paie le prix.

Ma voix tremble, la colère et la douleur s'entrelacent dans ma gorge.

- Moi : Mais je vous le dis, je ne vivrai pas sans elle !

Ma mère se lève à son tour, tentant de me calmer, posant une main tremblante sur mon bras.

- Mon fils, écoute-moi... Tu crois que c'est facile pour moi ? Je te vois souffrir chaque jour, mais nous devons penser à l'honneur de la famille.

Je repousse sa main doucement mais fermement.

- Moi : L'honneur de la famille ? Et moi alors ? Mon cœur, ma vie, mes rêves, ça compte pas ? Je refuse de vivre comme ça, maman. Je refuse de la laisser partir.

Mon oncle intervient, son regard sombre.

- Tu oublies tes responsabilités, Souleymane. Cette dette...

Je le coupe net, la rage montant en moi.

- Moi : Cette dette, je m'en fiche ! Je suis fatigué de porter le poids des erreurs des autres ! Si vous voulez la payer, trouvez un autre moyen. Mais moi, je vais me battre pour Siham, que ça vous plaise ou non.

Le silence s'abat dans la pièce. Je vois les larmes perler aux yeux de ma mère, mais je n'ai plus la force de m'excuser. Mon regard se durcit.

- Moi : J'suis plus le gamin obéissant que vous avez façonné.

Sans attendre de réponse, je prends ma veste et quitte la maison en claquant la porte derrière moi.

L'air est glacial, mais je ne le ressens pas. Mon corps est en feu, consumé par la rage et la frustration. Mes pas me mènent sans réfléchir vers le quartier où je traînais avant, là où tout semblait plus simple autrefois.

Un amour inattendu Où les histoires vivent. Découvrez maintenant