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La route défilait sous nos yeux, le moteur rugissant dans le silence pesant de la voiture. Souleymane conduisait sans un mot, ses mains crispées sur le volant. À chaque virage, chaque secousse de la voiture, mon cœur battait un peu plus fort, un peu plus vite. Il y avait une tension dans l'air, palpable, une sensation d'urgence que je n'arrivais pas à faire disparaître.

Les lumières des phares semblaient se dissiper dans l'obscurité totale qui nous entourait, comme si le monde entier nous rejetait. Je regardais par la fenêtre, tentant de me distraire, mais tout semblait irréel. Ce voyage, cette fuite, ce rêve d'une vie nouvelle... tout cela se heurtait à la réalité du moment présent. Je ne savais pas combien de temps cela durerait, combien de temps on pourrait maintenir cette illusion.

- Souleymane : T'inquiète pas, ça va aller, zina.

Il avait dit cela d'une voix grave, mais je pouvais entendre l'hésitation dans ses mots. Lui aussi doutait. Peut-être plus que moi.

Parce que même s'il avait l'air déterminé, je voyais le regard nerveux qu'il jetait de temps en temps dans le rétroviseur.

Il n'était pas seulement inquiet de ce qu'on fuyait, il était effrayé par ce qu'on allait trouver. Ou ne pas trouver.

- Moi : Et si on n'arrive pas à tout reconstruire, Souleymane ? Si on échoue...

Il tourna brièvement la tête vers moi, son regard dur et froid, mais une sorte de tristesse passait brièvement dans ses yeux.

- Souleymane : On échouera pas, d'accord ? Il n'y a pas de retour en arrière maintenant. Si tu veux vraiment qu'on parte, on doit y croire.

C'était facile à dire, mais... plus je pensais à tout ça, plus je me sentais perdue. À chaque minute qui passait, je m'éloignais un peu plus de ma famille, de tout ce que je connaissais. Et je me rapprochais de ce futur incertain.

Mais il n'y avait pas d'autre choix, pas de solution. Et puis, il était là. Avec moi. Alors je me disais que, peut-être... peut-être qu'on pourrait s'en sortir.

La route devint plus sinueuse, et un vent froid soufflait violemment contre les vitres de la voiture. Souleymane appuya sur l'accélérateur, ses yeux fixés sur l'horizon.

Le bruit du moteur couvrait le silence lourd qui s'était installé entre nous. La tension était à son comble. Nous nous dirigions droit vers l'inconnu. Mais ce n'était plus une simple fuite. C'était une promesse.

Mais tout à coup, une lumière apparut dans le rétroviseur. Un faisceau brillant qui se rapprochait rapidement.

- Souleymane : Merde, putain !

Il jura et serra le volant plus fort, accélérant encore. Je l'attrapai par le bras, sentant ma gorge se serrer.

- Moi : Souleymane, qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi tu...

- Souleymane : Chut, laisse-moi conduire !

Je le sentais de plus en plus tendu, sa respiration rapide et bruyante. La lumière derrière nous grandissait de seconde en seconde. Le cœur battant à toute vitesse, je comprenais maintenant ce qu'il avait vu.

Un autre véhicule. Un 4x4. Un tout-terrain. Et il était de plus en plus près.

- Moi : Qu'est-ce qu'on va faire ? Qu'est-ce qu'on fait ?

Il ne répondit pas, son regard fixé sur la route. Je pouvais sentir son angoisse. Mais la voiture du derrière ne cessait de se rapprocher, comme un prédateur.

Puis, d'un coup, elle nous doubla. Je vis le conducteur jeter un regard furieux dans notre direction avant de repartir en trombe, nous dépassant brutalement.

Un amour inattendu Où les histoires vivent. Découvrez maintenant