Chapitre 31

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Lauren remplit sa tasse de café pour la cinquième fois en moins de trois heures. Il était presque quatre heures du matin et elle n'avait pas arrêté une seule seconde depuis qu'Eddy l'avait déposée. Elle s'était installée avec ses notes et son ordi sur son canapé, comme à son habitude.

Elle venait enfin de terminer les plus gros axes du profil. Il ne lui restait désormais plus qu'à tout mettre bout à bout en incorporant des liaisons.

Elle savait que le type s'attaquait à ses victimes chez elles. Toutefois, ce mode opératoire ne collait pas avec son allure de copy cat. Comme elle ne faisait que de le répéter, ces deux attitudes étaient parfaitement paradoxales. Elle devait trouver ce qui lui permettait de prendre une telle confiance dans un lieu qu'il ne connaissait pas.

L'étude de la victimologie lui avait également appris que toutes ces femmes – bien qu'elle n'avait pas la moindre habitude en commun – avait toutefois une similarité : leur couleur de cheveux. Lauren supposa donc que celui qu'elle cherchait devait avoir un passif houleux avec une femme brune. Une femme qui serait à l'origine d'un traumatisme passé. Lauren devait trouver quel élément avait pu déclencher le passage à l'acte de cet homme, un autre traumatisme qui aurait été la goutte d'eau faisant déborder le vase.

Les femmes, c'était aussi le seul point sur lequel le tueur prenait ses libertés. Il n'avait fait que tuer des femmes depuis le début, même dans le cas où le tueur qu'il imitait – notamment Jeffrey Dahmer – agressait des hommes.

Lauren avait également relevé que toutes les victimes, sans la moindre exception, avaient été violées. Pourtant, Pont Dorothée n'était pas connue pour violer ses victimes. Cela pouvait signifier que leur type avait pu subir un viol. Par ailleurs, Lauren était surprise de constater que cet homme qui semblait vouer une haine sans commune mesure aux femmes, se soit inspiré de l'une d'elles pour ses crimes. Mais en effectuant quelques recherches, elle s'est rendu compte que cette femme s'était teint les cheveux en blond en vieillissant. Ce détail confirma à Lauren que le tueur apportait une importance capitale à la couleur actuelle des cheveux des femmes. Peu lui importait qu'une femme soit blonde ou brune de nature, ce qui comptait pour lui, c'était la couleur de cheveux qu'elle possédait aujourd'hui.

Lauren eut un pincement au cœur alors qu'elle pensait au viol. Son esprit lui renvoya automatiquement les images de cette pauvre gamine, Laura, avec qui le tueur avait été particulièrement violent. Et en épluchant le meurtre équivalent à celui de la fillette dans les affaires de Los Angeles, la flic avait constaté que le coupable avait usé du même degré de sauvagerie. Ce n'était pas anodin. Et si c'était parce que ce monstre s'était revu en ces gamines lorsqu'il les violait ? Et si c'était parce qu'au fond, l'enfance était la période pour laquelle il éprouvait le plus de haine.

Il aurait donc été violé dans son enfance par une femme brune ? supposa-t-elle. Sa mère ? Sa belle-mère ? Une enseignante ? Une entraîneuse ?

Lauren sentait qu'il ne lui manquait pas grand-chose.

Il y avait autre chose qu'elle devait prendre en compte, que le tueur ne faisait pas sans raison. Pourquoi reproduisait-il tous ces meurtres en chronologie inverse ?

L'image du miroir lui revint. Et si ça venait de là ? Ce qui était au premier plan représentait le présent ? Plus les éléments s'éloignaient, plus ça appartenait au passé ?

Non, elle ne cherchait pas au bon endroit, pas de la bonne façon.

Que représentait le miroir ? De quelle valeur était-il le symbole ?

— La vérité... comprit-elle à voix haute. Il aurait été victime d'une injustice ? Et ça aurait justement un lien avec cette hypothèse de viol ? L'affaire aurait été étouffée ?

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