Chapitre 43

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Un brouhaha sans nom résonnait dans le commissariat. Les policiers sous les ordres de Johnson couraient dans tous les sens, s'équipant pour l'opération imminente.

Il avait suffi de seulement quelques minutes à Alexander pour obtenir le dernier point de bornage du téléphone de Stangness. Cet idiot était tranquillement chez lui cinq minutes auparavant. C'était comme s'il était à mille lieues de se douter qu'il était fait comme un rat. Pourtant, les journalistes ne s'étaient pas dérangés pour écrire un article sur Lauren et son accident, ce qui avait par conséquent agacé cette dernière. Cette manie qu'avaient les journalistes de fourrer leur nez absolument partout et en particulier lors des enquêtes d'une telle envergure avait le don de la mettre hors d'elle.

— C'est quand même dingue que cet abruti ait tout ce qu'il faut pour nous devancer mais qu'il ne prenne pas la peine de saisir cette opportunité, se moqua Thomas en terminant de s'équiper de son gilet pare-balle. Il pourrait nous niquer en se barrant dans un autre État, mais non, monsieur préfère rester sagement chez lui. Il est résigné ou quoi ?

— Le mec est calculateur, le rappela à l'ordre Lauren. Évite de perdre ça de vue. Il a parfaitement conscience qu'il doit avoir tout un commissariat collé à ses basques. Je vois donc deux possibilités. Soit il sait qu'il est coincé et tente donc de s'en sortir comme il le peut en faisant borner son téléphone intentionnellement pour nous induire en erreur, soit il se fiche pertinemment qu'on sache où se trouve son téléphone parce qu'il sait qu'il va nous devancer dans tous les cas. Autrement dit, méfiez-vous, ça peut être un piège.

Lauren rongeait son frein. La frustration de ne pas pouvoir assister aller sur le terrain se lisait aisément sur son visage. Pour elle qui ne vivait que pour l'action, il n'y avait pas pire punition existante. Thomas redescendit en pression, regagnant cette concentration que ses collègues lui connaissaient habituellement. Et de toute façon, vu l'humeur de sa collègue, il ne voulait pas se risquer à la contredire.

Johnson masqua difficilement son sourire satisfait en voyant que ses deux subordonnés étaient enfin capables de travailler sans se tirer mutuellement dans les pieds.

— Comme convenu, ajouta amèrement Lauren, je vous guiderai à distance. Tâchez de rester attentifs et d'obéir à mes ordres de sorte à ne pas faire capoter la mission. C'est bien clair ?

Eddy se retint de ricaner. Il était culotté de la part de sa collègue de tenir ce genre de propos alors même qu'elle avait retiré son oreillette trois jours auparavant pendant que Johnson lui donnait des instructions.

— On est pas tous aussi borné que toi, finit-il par rétorquer dans un rictus provocateur.

Bridée par la présence de son supérieur, Lauren ne put pas répondre à son collègue comme elle avait pris l'habitude de le faire, en usant de son majeur. Elle se contenta alors d'un regard insistant, espérant qu'Eddy verrait le geste qu'elle lui réservait dans ses pensées.

— Ne tentez pas de folie, décrivez-moi bien tout ce que vous voyez, et à la moindre chose suspecte faites machine arrière. Ne perdez pas de vue que je ne l'ai pas encore parfaitement percé à jour et que c'est de toute façon impossible à faire. J'ignore s'il aurait été capable de poser des mines chez lui pour nous nuire ou non. Alors, restez vigilants.

— On a compris Lau, la rassura calmement Eddy. Ça fait au moins trois fois que tu nous le répète.

La flic gonfla les joues sans rien ajouter. Elle se contenta d'observer le commissariat se vider progressivement de ses officiers. Eddy continuait de la fixer, jusqu'à être le dernier intervenant à devoir quitter les lieux.

— Bonne chance, lui souhaita Lauren alors qu'elle faisait demi-tour pour s'installer en face de la radio.

Eddy acquiesça puis rejoignit ses collègues, une boule d'angoisse inexpliquée naissant dans son ventre.

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