Je roule sur le côté, et la lumière qui filtre à travers les rideaux m'arrache une grimace. Quelle quantité j'ai bue, hier soir, exactement ? Trop, visiblement.
- Bonjour, ma belle ! s'exclame Kay en refermant du pied la porte de la chambre.
- Non, on peut pas vraiment dire que c'est un bon jour, je réplique en plongeant de nouveau sous ma couverture.
- J'ai du café et des muffins !Elle tire sur la couverture et j'ouvre les yeux avec un grognement.
- Pourquoi ? Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi j'ai l'impression qu'un troupeau de gnous m'est passé sur le corps ?
- D'une, je vois pas trop le rapport avec les genoux, et de deux, on appelle ça la gueule de bois.Kay me tend un gobelet de chez Starbucks et mon muffin préféré à la myrtille.
Je m'assois.
- Merci. Et toi, comment tu fais pour être en pleine forme ?
- Je fais partie des chanceuses. (Elle glousse et se jette sur son lit.) Moi, la gueule de bois, je connais pas. Toi par contre, on dirait que si. Meg est comme toi. En général elle est clouée au lit toute la journée.
- Ça me tente bien.Je bois une gorgée de café.
- Mais pas aujourd'hui, gazouille-t-elle. Aujourd'hui, on se met au boulot.- Quel boulot ?
Elle lève un sourcil vers moi.
- Tu te rappelles du marché qu'on a passé hier soir ? Ta mission, Miss Bond ?
Ah. L'Opération Piéger le Joueur.
- Je pensais qu'on plaisantait.
- Tu m'as déjà vue plaisanter sur un sujet aussi sérieux que le sexe ?
- D'accord, d'accord. (Je pousse un soupir.) Qu'est-ce que tu entends par se mettre au boulot ?
- On doit élaborer un plan d'attaque !Elle croise les jambes, à l'indienne, et rebondit deux fois sur le lit.
- Un plan d'attaque, je répète bêtement.
- Ben oui, tu crois qu'on va se lancer là-dedans à l'aveugle ? Oh non, chérie. (Elle secoue la tête.) Justin Bieber a nettement plus de charme qu'un farfadet.
- Qui sont des créatures imaginaires.- Et c'est bien pour ça qu'il est dangereux. Tu essaies de le séduire, mais si jamais il met le paquet, c'est toi qui pourrais finir par tomber amoureuse de lui.
-Et alors, ni baise ni largage, et toute l'Opération Piéger le Joueur tomberait à l'eau.Je soupire.
- Précisément ! (Elle tape dans ses mains.) Alors on doit mettre au point un plan infaillible pour s'assurer qu'il te donne son cœur sans que toi, tu donnes le tien. Ce serait tout simplement désastreux.
- Kay, je ne sais pas. (Je soupire de nouveau.) Justin Bieber ne tombe pas amoureux. S'il a bien une règle, c'est celle-là, juste au-dessus de la règle qui dit que les règles sont réservées aux losers. J'ai un mois pour y arriver, c'est ça ? Je ne vois pas comment c'est possible.
- Rien n'est impossible si tu y crois vraiment.
- Mais je ne sais pas si j'y crois.
-Ça viendra, dit-elle avec assurance. Ça viendra.
- J'espère que tu as raison. Parce que ça sent l'échec avant même d'avoir commencé.
- Toc, toc, toc, les coloc !Lila ouvre la porte et entre, accompagnée de Megan, un grand rouleau de papier et des marqueurs sous le bras.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? je leur demande.
- L'Opération Piéger le Joueur, répond Megan en s'asseyant par terre entre nos deux lits.Elle déroule le papier, pose un livre à chaque extrémité pour le maintenir à plat, et écrit « OPLJ - Opération Piéger le Joueur » en haut de la feuille.
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