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J'ai eu la chance de pouvoir faire de magnifiques photos d'intérieur, mais je ne pus m'empêcher de photographier Romy plusieurs fois. Elle était si belle, je ne m'en étais pas réellement rendu compte les premières heures, mais plus le temps passé, plus sa beauté se ressentait.

Je n'ai pas pu faire de photo d'extérieur ce jour-là, il s'était mis à pleuvoir à torrents. D'un coup. Je ne pouvais plus sortir du manoir, la pluie aurait abîmé mon appareil photo et mon ordinateur malgré les sacs. Je m'installai alors à la table basse, assis par terre, je sortie mon ordinateur portable, ma souris, mes clés USB, mon appareil photo et toute mes affaires utiles.

Romy s'était changée, elle portait maintenant un short de pyjama, des chaussettes mi-hautes, et un tee-shirt de groupe de musique. Il fallait l'avouer, cela la rendait vachement sexy. Elle s'était d'abord assise derrière moi en tailleur. Je sentais encore son parfum, pêche et mangue.

Elle commentait les photos au fur et à mesure que je les faisais défiler sur l'écran. J'allumai mes logiciels de retouches et me mit à travailler.

Elle alluma la télévision,regarda FRIENDS, une dizaine de minutes et se leva. Elle n'éteint pas la télé et se mit à peindre. Elle crachait des couleurs sombres sur une toile déjà noire.

 La pièce sentait maintenant la peinture.

-Tu peins depuis longtemps ?

-Assez, oui. 5 ans en réalité, pourquoi ?

-Parce que tu as du talent.

Je la vis rougir depuis mon ordinateur.

-Tu as acheté le manoir ?

-Non, je l'ai hérité de mon oncle, il est mort il y a sept mois. Je n'étais pas vraiment proche de lui, je le voyais à Noël, quand il venait. Mais je n'ai pas beaucoup de famille et il m'a toujours bien aimé, je crois. Je n'en voulais pas vraiment en fait, mais je n'avais pas le choix.

-Tu habitais où avant ?

J'ai commencé à la tutoyer sans m'en rendre compte. C'était devenu naturel.

-Lyon, j'avais prévu de déménager, mais je m'imaginais plus dans un petit appartement dans la capitale, pas vraiment dans un vieux manoir flippant.

-Pourquoi tu ne le vends pas ?

-Je ne peux pas, j'ai promis à mon oncle de garder ce manoir peu importe ce qui se passe.

-Alors, tu n'as qu'à louer des chambres, non ?

-Tu as vu toutes les rénovations à faire ? Cela va me coûter un bras.

-Tu as déjà un ouvrier. lui dis-je en souriant.

Je voulais lui remonter le moral, parce que je me sentais proche d'elle, j'avais l'impression de la connaitre. Et solitaire comme j'ai l'habitude d'être, une amie ne peut pas me faire de mal, surtout si elle devient plus qu'une amie.

Elle sourit.

-Tu es gentil, Luc.

Je me levai et m'assis sur le canapé.

-Viens voir. Lui ai-je crié, j'ai fini la première.

-Tu n'en es qu'à la première ? Mais c'est long.

Elle se moquait de moi, la garce, j'avais envie de l'embrasser.

Elle s'assit à côté de moi et regarda la photo. La pièce même où nous nous trouvons. Elle était assise en train de verser du thé dans sa tasse ( on a bu quatre thés et une tisane de toute la journée). Je n'avais pas changé grand-chose, sauf une pointe de luminosité. J'avais  pris du temps parce que je la regardais peindre.

-C'est magnifique.

-Oui, j'avoue, c'est pas mal.

Elle me regarda dans les yeux, avec un sourire aussi grand que lorsqu'une enfant reçoit une sucette.

-Pas mal ? Non c'est pas "pas mal",c'est extraordinaire, il y a tellement de détail, de précision, de couleurs et on voit mes toiles. Elles sont beaucoup plus jolies comme cela. Mais pourquoi tu n'as pas attendu que je sois hors du champ de prise de vues ?

Je ne m'attendais pas à cette question, j'avais envie de lui dire que c'est parce qu'elle est magnifique, que j'aime la prendre en photo. Mais au lieu de cela...

-Ça rendait bien, je trouve.

Son sourire tomba, puis se releva pour faire mine de ne pas être déçu, mais je le voyais bien qu'elle l'était. Elle voulait que je lui dise qu'elle était magnifique.

-Et... Parce que tu es jolie, Romy.

J'ai osé ?

Ses yeux se sont redressés sur moi, pleins de paillettes, elle voulait que je lui dise et c'est sincère.

Ses joues avaient rougi lui donnant un côté d'enfant.

Elle rebaissa la tête, d'un coup et je vis à travers ses cheveux bruns son sourire s'éloigner. Elle s'empêchait d'être heureuse, elle s'empêchait de vivre parce qu'elle avait promis à un presque inconnu de ne jamais vendre cette maison.

Elle reste une simple demeure, oui familiale, mais je ne pense pas qu'elle vaille la peine de se bousiller la vie pour elle. Et je pense aussi que si son oncle l'appréciait vraiment, il ne lui en voudrait pas.

-Je vais rentrer.

-Il pleut à torrents, il ne faut pas que tu rentres. Enfin, si tu veux, tu peux y aller mais c'est dangereux pour tes appareils.

Elle paraissait gênée, elle avait peur, mais pas de moi. D'être seule ?

-Je vais rester encore un peu alors, tu sais si la pluie va s'arrêter cette nuit ?

Toujours la tête baissée, elle m'informa qu'il devait pleuvoir et avoir de l'orage jusqu'à demain matin.

-Je vais prendre un bain, travaille bien. La cuisine est à côté si tu as faim, n'hésite pas.

J'entendis l'eau d'un bain coulé, la salle de bain ne devait pas être loin non plus. C'est du gâchis, cette maison est si grande.

La cuisine était effectivement à côté. Le même carrelage que partout sauf tachait d'un immense tapis. Un truc de style oriental. Une table en bois et quatre chaises tronnaient au milieu du tapis. Une cuisine spacieuse mais vieille. Très vieille.

J'ouvris une armoire, en quête de vaisselle, ici rien. La deuxième non plus mais la troisième contenait des assiettes, des verres et des bols. Les couverts n'étaient pas loin, le tiroir à côté. Celui en dessous des fourchettes contenait des pâtes, du riz, de la sauce tomate, des boîtes de conserve et d'autre chose que je n'ai pas pris le temps de voir. J'ai sorti un sachet de spaghettis, cuites en trois minutes à en croire l'emballage,et une boite de sauce tomate. Cuisiner, c'est mon atout, j'adore ça.

J'ai chauffé les pâtes, préparé la sauce tomate et mis la table en quinze minutes. La cuisson des spaghettis n'a pas dépassé les trois minutes, je l'avoue le paquet avait raison. 



Le noir n'est pas triste, il est poétique.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant