Chapitre 3

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Ce matin ci, à son réveil, il se sentait étonnement détendu, sans même y trouver de raison. Son regard vif se posa alors sur l'horloge qui décorait le mur de sa petite chambre et ses yeux s'écarquillèrent de surprise. Il était en avance, comme poussé à sortir du lit par une force mystérieuse. Une heure de marge était devant lui. Son habitude était donc décalée, mais un sourire gai orna son visage. Son esprit s'était orienté en un quart de tour vers une seule et unique chose: Peut être aurait-il le temps d'aller à la plage avant les cours. Beaucoup de personnes se seraient simplement rendormies. Elles auraient regardé la télévision, pris une longue douche afin de chasser les dernières bribes de sommeil. Il ne déviait pas ses priorités, lui, seul un bon air marin dans ses poumons lui permettrait d'entamer la journée sur une note positive. Tandis qu'il préparait son petit déjeuner, simple assortiment de tartines accompagnées d'un bol de lait des plus communs, il regardait les informations défiler silencieusement sur l'écran qu'il avait allumé. À dire vrai, cela aurait pu être important qu'il n'y aurait pas porté une attention plus accrue. Contrairement à son habitude de s'éjecter de la chaise en seulement cinq minutes, il prit le temps ce jour ci de grignoter comme il se le devait ce qu'il avait préparé sans soin particulier. Cela lui parut durer une douce et agréable éternité , même s'il n'y passa guère plus d'un petit quart d'heure. Il sauta l'étape de la douche, comme chaque matin, car il était de ceux qui préférait la prendre le soir pour se détendre. En conséquence, il s'habilla rapidement, dans ce genre d'accoutrement de mi-saison qui permet d'alterner entre les couches de vêtements pour trouver la température adéquate à l'extérieur. Le mois d'Octobre pouvait s'il le souhaitait se révéler mordant et il en gardait un très mauvais souvenir. La porte de son appartement claqua dans un courant d'air lorsqu'il sortit avec un peu trop d'enthousiasme et une grimace large déforma ses traits. Il sentait venir les commentaires des voisins gros comme une montagne. Il eut l'impression que le son explosa de longues minutes dans le silence des couloirs et il ne pût que s'échapper a pas de velours dès qu'il eut tourné la clef dans la serrure.

Il bondissait dans les ruelles avec la joie d'un miraculé, il sautillait presque parmi les passants qui, maussades, devaient sans doute se rendre à leur propre travail. Il croisait des étudiants à l'air morne, des adultes aux cernes marquées, toute cette communauté de personnes qui se devaient de se lever tôt pour arriver à l'heure dans un établissement trop éloigné pour eux. Ses pas claquaient sur le béton, il ne se souciait plus réellement d'autre chose que de sa visite surprise à sa plage de prédilection. Il souriait, lui, petit éclat de soleil au milieu des ruelles grises et de la tristesse de la monotonie des immeubles. Il aurait pu se faire écraser par deux fois s'il n'avait pas émergé brutalement de ses rêveries incessantes, et par deux fois il manqua de percuter une personne aussi pressée que lui. Peu lui importait, ces accidents étaient oubliés la seconde suivante. Car il était heureux, de pouvoir profiter de quelques minutes de détente sur la plage. Son bus passait à sept heures dix, très exactement, chaque matin, et il n'était que six heures trente. Il était largement dans les temps. Du moins, il trouvait qu'il l'était. Ses poumons se gonflèrent avidement dès que l'air marin lui parvint aux narines. L'iode, la mer, encore et toujours... Les nuages menaçants de la veille avaient fait leur retour, chargés de pluie qui pourtant ne voulait toujours pas se déverser sur la ville. C'était pour lui une véritable aubaine que d'échapper à l'averse une journée de plus. Il souriait, et accéléra encore son pas pourtant déjà empressé. Pourtant, ses sourcils se froncèrent lorsqu'il aborda la plage. L'eau était déchaînée. Il n'y avait pas d'autres mots pour définir l'état dans lequel elle se trouvait. Des rouleaux violents agitaient les flots, les vagues s'écrasaient contre les rochers, les courants paraissaient tous s'entrechoquer. Il fut quelques pas hésitants sur le sable. Jamais il n'avait vu pareil phénomène aux alentours: Il n'y avait pourtant pas de vent. Et pourtant, le monstre créait un véritable chaos sur la côte. Il réalisa soudainement qu'il était le seul à s'être autant approché. Les passants restaient auprès des bâtiments, jetaient des regards contrariés à l'eau, évitaient de s'en approcher. Il ne comprenait plus rien. Pourquoi donc la mer, si douce d'ordinaire, devenait subitement un tourbillon incontrôlable?

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⏰ Dernière mise à jour : Jan 01, 2016 ⏰

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