Nicholas Wilde et le désert du Dieu-Soleil

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La première chose que vit Nicholas Wilde en arrivant fut la lumière. Une lumière explosive, et pas très agréable à contempler. Il grogna et ferma ses paupières, attendant que ses globes oculaires s'habituent à la luminosité environnante. Lorsqu'il les rouvrit enfin, il crut que son transfert n'avait pas marché. Il faisait terriblement chaud, et le soleil déposait ses rayons ardents sur un vaste désert de sable, qui semblait s'étendre à l'infini.
- Bigre, grommela-t-il, suis-je toujours en Égypte antique ?
Il regarda autour de lui. Il était seul. Pas une habitation aux alentours. Le jeune homme s'épongea le front quelques instants. Il fallait se débarrasser de tout cet accoutrement...
À contre coeur, il déposa son haut de forme ainsi que son grand manteau noir au sol. Il déboutonna un peu sa chemise blanc cassée et retira ses chaussures. Désormais pieds nus dans le sable brûlant, il commença sa longue marche à travers les dunes. Sans aucun regard en arrière, il abandonna ses attributs, qu'il retrouverait de toute façon au prochain transfert. Ne restait qu'avec lui son revolver et sa canne au pommeau d'émeraude qu'il ne quittait jamais.
Nicholas se retrouva vite à bout de souffle. Il n'avait pas l'habitude de vagabonder de la sorte et sa vision commença à se troubler. Chancelant, il s'assit au sol avec toute l'élégance qui lui semblait requise en ces lieux. La chaleur n'en finissait pas d'augmenter et ses lèvres devinrent aussi sèches et craquelées que celles des Inuits en basse saison. Lentement, il tourna la tête vers le ciel. Un ciel étrange. Bleu, rose et parfois magenta vers la droite, sans aucun nuage mais dont la couleur semblait factice, irréelle. Comme si les couleurs vibraient et résonnaient. Ce doit être une aurore boréale, pensa-t-il, avant de se rendre compte de sa bétise.
- Je dois... je... de l'eau...
Il perdait la tête. Le désert le faisait halluciner. Il avait chaud, il avait terriblement soif, il ne savait pas où aller et surtout, il savait pas pourquoi il était ici.
Rassemblant ses dernières forces, il enleva sa chemise, révélant un torse puissant mais trempé et rouge, supportant mal les températures extrêmes. Il s'essuya la base du crâne avec et l'entoura autour de ses cheveux de feu.
Sa tête lui faisait souffrir le martyre. S'allongeant dans le sable qui lui paraissait maintenant froid, il pensa que c'était la première fois où il se révèlait être aussi inefficace.
Puis, il sombra.

- Nicholas, Nicholas ! Mr. Wilde... Nicholas !!
Une voix l'appelait au dehors. Une voix, légèrement teintée d'un accent du Sud, comme si elle aussi avait trop vu le soleil. Une voix qui accentuait la dernière syllabe de son prénom et qui avait manifestement du mal avec les "w".
Nicholas cligna doucement des paupières et ouvrit les yeux. D'abord, il ne vit rien et entendit seulement une injonction en langue turc lui semblait-il. Il parlait tout naturellement couramment le turc mais la voix paraissait effrayée et le langage une sorte de dialecte inaudible. Alors, il retrouva peu à peu la vision.
Il se trouvait toujours au même endroit. Ceci étant dit, il aurait pu être dix kilomètres plus au Nord qu'il ne l'aurait pas remarqué. Ces dunes se ressemblaient toutes.
Se redressant un peu, il remarqua que le ciel avait retrouvé sa couleur originale. Il grimaça. Son torse était écarlate et le faisait souffrir. Néanmoins, il n'avait plus soif et sa tête ne tambourinait plus comme si une fanfare se trouvait à l'intérieur. Il porta alors un regard vers l'homme qui se tenait près de lui.
Petit, trapu et un peu enrobé, il était de ses êtres qui possédaient une peau d'ébène et des dents blanches comme le marbre. Il camouflait son épaisse crinière sombre sous un turban jaune vif, assorti à la tunique ample qui lui couvrait tout le corps. Sa barbe parsemée de grains de sable lui arrivait au nombril et il portait plusieurs bijoux à son bras gauche. Enfin, Nicholas remarqua qu'il avait à ses pieds une paire de babouches, jaunes elles aussi. Il pensa, un peu moqueur, que ce petit homme était son exact opposé.
Lorsqu'il se sentit observé, l'intéressé s'écarta vivement de Nicholas et baragnouina quelque chose d'incompréhensible pour le jeune homme. Il cacha avec frayeur ses yeux de sa main droite et pointa d'un geste accusateur Nicholas à l'aide de l'autre. Dans son mouvement précipité, il laissa tomber ce que devait ressembler à une gourde dans le sable.
Interloqué, et encore un peu sonné, Nicholas tenta de comprendre la réaction du petit bonhomme. Avait-il peur de lui ? Il se leva doucement, mettant ainsi une bonne distance causée par sa taille entre lui et son interlocuteur. Il s'épousta et entreprit de défaire son bandage de fortune à la tête. Soudainement, le petit personnage couina un quelque chose et regarda prudemment Nicholas à travers ses doigts. Il se racla la gorge.
- Non Étranger, toi pas enlever ça ! Toi être touché par Dieu-Soleil ! Danger !
Et aussitôt dit, il s'écarta encore de quelques pas.
- Ainsi donc, tu sais parler ma langue, commença Nicholas d'une voix un peu rauque. Pourquoi as-tu peur de moi ?
Voyant que l'inconnu ne bougeait pas, sûrement effrayé, Nicholas se mit à rire doucement.
- Allons, je ne te veux pas de mal, je veux juste comprendre. Approche, nous pourrons en discuter.
En tremblant et en se cachant toujours les yeux, le petit homme désigna le revolver à la ceinture du jeune homme.
- Oh ça ? Je ne l'utiliserais pas, ne t'inquiètes pas. Et puis, je peux me passer de cela aussi pour l'instant.
Joignant le geste à la parole, il jeta son arme et sa canne un peu plus loin dans le sable et reporta son attention sur celui qui devait manifestement être son sauveur.
- Maintenant dis-moi, reprit-il d'une voix douce, comment connais-tu mon nom et pourquoi sembles-tu avoir peur de moi ?
Le petit homme hésita encore un instant. Nicholas se rassit dans le sable et l'encouragea d'un sourire. Alors, l'inconnu prit la parole et s'approcha lentement de lui.
- Toi parler dans ton sommeil Étranger. Toi avoir dit "Je m'appelle Nicholas Wilde !" et toi l'avoir répété beaucoup de fois. Toi être tout seul endormi dans le Grand Désert. Danger, ça, grand danger ! -il secoua la tête et se rapprocha encore- Alors le Marchand a trouvé toi et a donné de l'eau. Le Marchand attendre ton réveil avec grande impatience mais lorsqu'Étranger est sorti de son sommeil, le Marchand a vu ses yeux ! S'écria-t-il d'effroi
En réaction à ce commentaire désobligeant, Nicholas plissa ses fameux yeux. Son interlocuteur se remit à trembler.
- Mais qu'est-ce que vous avez donc tous avec mes yeux, murmura le jeune homme un poil exaspéré, où -et quand se retient-il d'ajouter- que je sois, on est toujours intrigué par mes yeux. Ils ne sont pourtant pas si laids que ça !
- Ça pas être laid Étranger, ça être fruit du Démon ! Toi être resté trop longtemps avec le Dieu-Soleil et Il a brûlé tes cheveux et ton regard ! Toi être maintenant... un...
Et il chuchota un mot si effrayant qu'il ne put le dire autrement que dans sa langue maternelle.
Le prétendu démon soupira et passa une main dans sa chevelure rousse. Ses yeux, il ne les avait pas choisi et quoiqu'il fasse, ils lui portaient malheur. Il déglutit. Cela avait été un des nombreux prix à payer pour l'horreur qu'il avait commise par le passé.
Chassant ces mauvais souvenirs de son esprit, il se reconcentra sur le Marchand qui semblait attendre sa réaction.
- Très bien, déclara-t-il, je vais fermer mes yeux si c'est ce que tu souhaites. En échange, je veux que tu me conduises à ta maison, tu dois bien en avoir une dans le coin non ?
Le Marchand hocha prudemment de la tête.
- Parfait, alors mettons nous en route !
Pendant qu'il ramassait sa canne et son Glock 45 et qu'il les rattachait à sa ceinture, Nicholas espéra très fortement qu'il ne s'agisse pas d'un piège. Affaibli et perdu, il n'aurait pas la moindre chance si des malfaiteurs venaient à lui tendre une embuscade. Quant à ce mystérieux Marchand, qui était-il ? Mais surtout, d'où venait-il ?
C'est l'esprit assailli d'interrogations que Nicholas Wilde, justicier du Temps maintenant aveugle, suivit le Marchand au-delà de la dune.

Les Fabuleuses Aventures De Nicholas WildeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant