CHAPITRE 2 PARTIE 1

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Evelyn, écrit par Aurélie

C'est étrange.
Quand j'ouvre les yeux, ce n'est pas un monstre au cornes rouge et à la queue poilue qui apparaît.

Ce qui est devant moi n'est vraiment pas ce à quoi je m'attendais ; mais vraiment pas.
Tout compte fait, c'est un peu la même chose.
Une blonde au regard mauvais me scrute avec ses yeux bleus glacials.
Elle claque de ses doigts manicurés et fait une moue dégoûtée.

- C'est sérieux ? Comment je me suis retrouvée avec une pouf comme toi dans cette chambre de merde ? Pff, je pense bien que la vodka de Maia n'était pas de marque...

Sans m'en rendre compte je me rue sur elle et je la prends dans mes bras, peu importe comment elle est arrivée là, c'est une humaine ! Un être vivant... Même si son contact me donne des frissons sur les bras, je ne peux m'empêcher de l'étreintre.
Elle hurle de frayeur et se recule brusquement.

- NON MAIS ALLÔ ? POUR QUI TU TE PRENDS ?

J'essaye de lui répondre mais rien ne sort de ma bouche.

- Pff, une malade mentale, c'est ce qui me manquait ! Et ne me touche plus JAMAIS ! C'est compris ?

Étrangement, ma voix ne semble plus fonctionner, comme si je n'avais pas parlé pendant plusieures années. Je tousse bruyamment et prononce avec difficulté un mot.
"Humain."

Elle me scrute avec horreur et hurle à pleine gorge ; je lui mets fermement ma main sur sa bouche pour qu'elle se taise mais elle commence à me mordre. Je l'enlève et lui prend le bras de mes deux mains mais elle l'arrache froidement de moi. Dès qu'elle est hors de ma prise elle cours et sors de la chambre en claquant la porte. Elle était partie aussi vite qu'elle était venue.
Je sors de la chambre et cours derrière elle, mais quelque chose a changé. Une présence de plus est là.
Mon instinct me dit de ne pas la suivre et de me cacher dans la chambre, le temps que la nuit tombe et qu'Alcide réapparaisse, mais je sens encore le contact humain sur ma peau. Cela m'avait manqué.
Je regarde autour de moi mais il n'y a rien ; le silence s'est installé dans les couloirs alors que la blonde courait avec ses talons aiguisés. C'est trop silencieux. Je prend une posture féline et me cache de manière indiscrète derrière une porte délabrée et attend que la présence se manifeste. J'entends les pas lourds d'un homme, je ne sais pas comment j'ai pu le reconnaître mais le son de sa démarche m'était familière. Beaucoup trop familière.

Il s'arrête un moment et je vois des bottes noir abîmées sous la porte devant moi. J'essaye d'empêcher le gémissement de sortir de ma bouche mais c'est trop tard. Je sens les larmes couler sur mes joues. Le tueur était revenu après un an à me laisser pourrir ici. Il était revenu pour finir le travail.

J'essaye de trouver une issue sans faire de bruit mais je me rends compte que c'est perdu d'avance ; il me savait là. Il attendait juste que j'essaye de m'enfuir pour pouvoir s'amuser comme un chat torturant une souris, comme simple plaisir.
Cette pièce était vide et sinistre, il n'y avait aucune cachette qui pourrait me sauver de ce monstre.
Je sursaute en sentant une présence à côté de moi et je m'apprête à hurler quand j'entends la voix rassurante d'Alcide. Je sers fort ma main sur son bras pour essayer de me rassurer, avec lui à mes côtés, j'allais survivre et le tueur pourrait trouver quelqu'un d'autre avec qui jouer.
Il me chuchote à l'oreille une phrase qui n'a aucun sens, je fronce les sourcils et lève ma main pour lui montrer que je ne comprend rien. C'est alors qu'il met sa main sur sa gorge et ouvre la bouche comme pour me dire de réciter. Je le scrute avec effroi en pensant qu'il était fou ; ça n'attiserait que la colère du tueur.
Il me regarde droit dans les yeux avec un sérieux que je ne lui connaissais pas. Mais je savais que je pouvais lui faire confiance alors avec prudence je récitai ces mots.

Le dernier homme sur terre était assis seul dans une pièce.
Quand on frappa à la porte.

C'était une phrase étrange mais je savais que si Alcide me l'avait fait dire, c'est sûrement que c'était un sortilège qui était censé faire fuir le démon.
J'entends derrière la porte un rire rocailleux et les bottes faire des pas en arrière. Je sens mon coeur se calmer ; j'avais frôlé la mort !

Aussi, pourquoi le tueur rirait il ? Serait-il parti simplement car il ne voulait plus attendre ? Il aurait très bien pu briser la fine couche de bois qui nous séparait si mal.

Nous attendons bien deux ou trois heures pour être sûrs qu'il ne nous a pas tendu un piège et nous courons vers la chambre, notre repère à nous. Après avoir fermé à clé, Alcide ouvre l'amoire pour prendre une boîte de conserve à manger. Devant sa mine horrifiée, je prend peur.

- Qu'y-a-t-il ?

Ma voix n'était plus cassée mais c'était le dernier de mes problèmes aujourd'hui. Ne répondant pas, je m'approche de lui, mais il me prend dans ses bras sans me laisser voir dans l'armoire.

- Alcide, que se passe t'il ?
Il bégayai, mais me répondit quand même.
- Evelyn, (il ne m'appelait que par mon prénom dans des cas sérieux) Je ne pense pas que tu veuilles savoir.

Gentiment mais fermement, je pousse sur son torse pour qu'il me laisse passer. Il résiste mais je lui adresse un regard grave. Si nous nous faisions pas confiance, autant se donner en cadeau à la créature.
J'ouvre lentement l'armoire et hurle à plein poumons. Il se trouvait que c'était un corps dont la tête manquait. Je ne remarqua qu'à ce moment le sang sur le sol, il s'était répandu de l'armoire jusqu'au reste de la pièce. Les traces de pas d'Alcide étaient rouge bordeaux, ainsi que les miens à présent. Je pris mon visage dans les mains et essayai de calmer mon hystérie .
Quand je levai mon regard vers le haut de l'amoire je vis que la tête avait été attachée par les cheveux au vieux cintre. Le visage de cette fille me regardait de ses yeux vides. Sa bouche était entrouverte et elle était encore rosée, comme fraîchement tuée.
Ce spectacle m'était insupportable, ça aurait pu être moi. Ça aurait du être moi. Je me tourne vers Alcide et je m'approche de lui. Nous sommes tout les deux crispés par la scène que nous venions de vivre. Il met ses bras autour de ma taille et je repose ma tête sur son torse. Je me demande toujours comment nous allions faire car il était hors de question que je revoie cette pauvre fille.

Cela dit, j'étais trop attristée pour me rendre compte que seul un humain pouvait mourir.

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