Chapitre 5 - Partie 3

7 1 3
                                    

Comment sortir de cette impasse sans le vexer d'autant plus que j'avais encore une chose à lui demander ? Et puis, soudainement, je pris la décision de me servir de la situation et d'en tirer avantage.

- Je vous promets d'y réfléchir, mentis-je.

- Vraiment ?

- Oui, mais en attendant que je prenne ma décision j'ai un truc à vous demander.

- Pourquoi faut-il encore que tu réfléchisses ? s'agaça-t-il.

- C'est une décision importante, tous mes souvenirs sont là-bas, lui expliquai-je. Ne me pressez pas ou je n'y songerai même pas.

- Très bien, se radoucit-il pour ne pas prendre le risque de me braquer. Que voulais-tu me demander ?

- J'aimerais pouvoir emporter certains médicaments chez moi !

- Pourquoi ? Tu es malade ? s'empressa-t-il de me questionner.

Il se leva de son siège et vint poser le dos de sa main sur mon front. Ce contact physique me gêna terriblement et me raidit. Jamais avant ce jour il n'avait osé franchir cette barrière qui me permettait d'être à l'aise avec lui. Il me semblait qu'il mettait plus de temps que nécessaire pour jauger ma température mais je n'osai pas le repousser.

- Je vais très bien, bredouillai-je.

Il relâcha mon front et s'assit sur la table basse pile face à moi pour me jauger plus facilement et posa ses deux grandes mains sur mes genoux. Des frissons de malaise m'envahirent, mais je ne pus rien faire pour lui faire comprendre que son attitude dépassait de loin les limites de ce que je pouvais supporter venant de lui. Mon Self Control m'impressionna.

Si j'acceptai tout ça sans broncher c'était pour Sam. Nous avions besoin de ces médicaments et Monsieur Acido, aussi gentil soit-il, réclamerait une compensation. Pourvu que le prix ne soit pas trop élevé...

- Ça va, tu n'as pas l'air d'avoir de fièvre !

- Normal puisque je ne suis pas malade, lui expliquai-je.

Afin que ses mains cessent de me toucher, je me levai du canapé pour faire mine de venir me réchauffer les mains auprès de la cheminée. Il ne me suivit pas, se contentant d'un demi-tour sur lui-même pour me garder dans son champ de vision.

- Alors pourquoi tu veux des médicaments ? Tu sais qu'ils sont précieux, on ne doit pas les gaspiller, me fit-il la leçon comme si j'étais encore son élève.

- C'est juste que je voudrais en avoir au cas où !

- Au cas où quoi ?

- On ne sait jamais. Vous habitez à vingt minutes de marche de chez moi et la nuit peut parfois être longue. Je tiens plus que tout à mon indépendance et j'imagine que vous l'avez remarqué mais je suis une adulte maintenant.

- Ça oui, je l'avais remarqué, souffla-t-il en m'observant de haut en bas.

Mais que lui prenait-il à la fin ? Jamais il n'avait été aussi entreprenant, aussi transparent sur ses intentions. Je n'arrêtai pas de me répéter en mon for intérieur, "reste calme, fait le pour Sam", mais l'entreprise devenait de plus en plus difficile.

- Si je te permets d'être autonome Molly tu ne viendras plus me voir...

- Quoi ? grognai-je ahurie.

Je n'étais pas dupe, je voyais bien ce qu'il essayait de faire. Il essayait de me garder auprès de lui et dans peu de temps nous en arriverons aux contreparties. Hors de question de jouer ce petit jeu plus longtemps, ça allait trop loin. Je devais le rassurer, mais lui faire comprendre qu'il ne gagnerait pas mon affection en se comportant de cette manière.

- Bien sûr que si je continuerai à venir vous voir. Nous sommes amis pas vrai ?

Il réfléchit à la question pendant un moment, assit sur la table basse, tout penaud.

- Si vous voulez que je continue à venir et à considérer plus franchement votre offre d'installation vous feriez bien de me donner ce que je vous demande, lui dis-je plus sûre de moi.

Après tout, je n'avais plus rien à perdre. Il sembla choqué que ce soit moi qui lui pose un ultimatum et en resta coi quelques instants avant de reconsidérer à son tour mon offre.

- Très bien, capitula-t-il. Viens avec moi !

Il ouvrit une armoire et mit dans un sac tout ce qui pourrait servir en cas de fièvre, de rhume et de vomissements. Il me donna même des boîtes d'antibiotiques. Il fut plutôt généreux sur ce coup-là et m'en donna plus que ce que j'aurais pu espérer.

Il me tendit le sac et, lorsque j'attrapai l'anse il attendit un peu avant de me le céder totalement.

- Quand aurai-je une réponse de ta part ? demanda-t-il en redevenant sérieux.

- Donnez-moi un ou deux jours !

- Il faut quand même que tu saches que je n'admettrais pas que tu te sois moquée de moi, ajouta-t-il en lâchant enfin le sac.

J'étais très mal à l'aise, mais souriais comme si je ne voyais pas du tout de quoi il parlait. Il me raccompagna sur le perron et lorsque je lui fis un petit signe de la main pour lui dire au revoir il fit un pas en avant et écrasa sa bouche sur ma joue, le plus près possible de mes lèvres.

- Prends soin de toi jusqu'à demain !

Sous entendu, "Tu as intérêt à être là demain ", compris-je. J'étais franchement soulagée de sortir d'ici. La situation m'avait totalement échappé et maintenant qu'il m'avait enfin fait comprendre ses véritables intentions il ne lâchera pas l'affaire de sitôt.

Jamais je n'aurai pensé qu'il soit amoureux de moi, si tant est que c'était de l'amour. J'en avais encore froid dans le dos rien que d'y penser. Et dire qu'il faudra y retourner demain...

S.A.MOù les histoires vivent. Découvrez maintenant