Les trois mois de vacances que j'ai passé avec grand-mére sont sûrement l'un de mes meilleurs souvenirs actuels.
Que j'ai bien profité de cette liberté dont j'étais privée chez mon pére!
Là bas je ne sortais jamais ni pour me promener ni même pour aller voir Fatou et elle ne venait me voir que trés rarement à cause de mon pére qu'elle taxe de loup-garou. J'en riais aux éclats ces moments là.
Chez grand- mére par contre, même si elle craignait de me laisser sortir pout ne pas frustrer papa,elle m'amenait partout où elle allait et me mêlait au moindre moment qu'elle vivait pour que j'en prenne une once de graine.
Avec l'argent que papa lui envoyait par quinzaine pour mes besoins, elle m'amenait au marché et m'achetait une bonne tonne de vêtements avant de me demander de quoi j'avais encore besoin. Je lui disais toujours que ça allait, que je n'avais besoin de rien. Elle m'embrassait et on retournait à la maison satisfaites réciproquement.J'avais chez ma grand-mére une piéce qui n'était pas une salle à proprement dire mais qui était presque autant spacieuse.
Elle était aménagée comme ma piéce-loisir et était remplie de Matériels ludiques à satiétié.
Il va sans dire que c'est mon pére qui a eu cette idée. Je crois qu'il ne désirait pas que ma petite vie de bourgeoise me manque. Ce qu'il ne comprenait pas c'est que cela n'aurait jamais été le cas de toute façon.
Je préférais de loin la vie que je menais chez grand-mére car elle était simple et dénudée de toute artifice et de toute contrainte.
J'étais moi même en ces lieux même si c'était uniquement avec grand-mére. Elle m'écoutait, me comprenait et ne s'offusquait jamais lorsque je disais une bétise même si elle vivait dans la crainte permanente d'offenser mon pére en me laissant trop de liberté.
Papa, par contre, était proche de moi mais je crois que c'était à cause de ma ressemblance avec maman.
Il me regardait en souriant et répondait à mes moindres besoins et même aux besoins qui m'étaient encore étrangers et qu'il jugait nécéssaire de m'offrir.
Il tenait coute que coute à m'éloigner de tout contact exterieur, chose que je me refusais à comprendre.
La vérité c'est qu'il n'avait confiance pour mon confort qu'en lui-même.Ce que je pouvais me sentir mal lorsqu'il disait à Fatou qui venait parfois me voir que je n'étais pas là alors que j'étais assise dans ma chambre à écouter leur échange sans pouvoir intervenir.
Combien de fois m'était il arrivé d'en vouloir à mort à mon pére parcequ'il m'interdisait de côtoyer quelque élève que ce soit à l'école et était même allé jusqu'à demander au chauffeur de m'amener et de me ramener, tout ça pour ne pas que je chemine côte à côte prés de mes camarades?
Seulement, il ne peut pas disposer de gardes du corps qui seront placés de chaque bout de mon école juste pour me surveiller et m'empêcher d'avoir une quelconque affinité avec mes semblables. Du coup, je profitais de cette impuissance pour braver son interdiction à chaque fois que j'étais au sein de mon établissement.Je me rappelle qu'une fois le chauffeur qui revenait me chercher me trouva en train de discuter avec un groupe d'amis devant le portail. Il n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'en aviser mon pére et ce jour là il s'est mis dans une colére noire, m'a crié dessus et est même allé jusqu'à me menacer de me retirer de l'école afin que mes cours me soient dispensés par des professeurs à domicile.
Seigneur! Ce jour là j'ai eu la pire frayeur de toute ma vie. Mon école était le trait d'union entre l'exterieur et moi donc je ne concevais pas la quitter.
Heureusement, mon pére avait dit ça sous le coup de la colére et ne m'en a jamais reparlé. Il faudra aussi dire que je n'ai plus jamais rien fait qui ne mérite qu'il mette sa menace à éxécution du moins plus devant le chauffeur ou quelqu'un qui connaissait mon péreJe pouvais comprendre que ma ressemblance avec ma mére rendait tout le monde nostalgique mais pas au point de vouloir m'identifier comme étant elle.
Je perdais mon identité pour revêtir celle de ma mére par la force.
Tout le monde voulait la voir en me regardant, seulement je n'étais pas elle même si je me sentais trés proche d'elle. Peut être est ce à cause de ce contact qu'elle a voulu avoir avec moi avant de trépasser.
En tout cas même si je ne l'ai jamais connu, elle me manque terriblement ces moments ci et je sais qu'elle ne serait jamais d'accord pour qu'on me vole ma vie pour la substituer à la sienne; elle ne serait jamais d'accord pour qu'on m'attribue un caractére qui n'est pas mien; elle ne serait jamais d'accord pour qu'on m'interdisse malgré moi ce qu'elle ne voulait pas de plein gré.Si elle était encore là, maman comprendrait que je veuille avoir des amis; elle comprendrait que je veuille être sociable parce que moi contrairement à elle, je n'ai pas eu une enfance douloureuse où j'ai dut me battre seule avec ma mére sans moyens et sans proches parents pour m'épauler.
Pourquoi alors devrais je me dévêtir de toute sociabilité alors que je n'ai vécut aucun événement pouvant le justifier?Malheureusement pour moi, personne ne me comprenait et j'ai été obligée de vivre avec ça trop longtemps.
Vint la fin des vacances, période pendant lequel je devais quitter grand-mére pour retourner chez papa.
Ce dernier vint me chercher le jour venu. Je me jetai dans ses bras et l'embrassai partout parceque malgré tout il m'avait beaucoup manqué. Il me serra longuement dans ses bras puis serra la main de grand-mére.
On entra ensemble dans le salon.
Aprés les salutations d'usage, papa s'adressa à moi en ces termes:
- mariane, pourrais tu me laisser seul avec ta grand-mére? Je voudrais m'entretenir avec elle.
- oui papa.
Je sortis et alla dans ma piéce-loisir.
Quelques instants aprés, ils ressortirent ensemble et je me rendis compte que grand-mére avait pleuré
Pourquoi avait elle pleuré?
Je ne le saurais sans doute jamais.
Toujours était il que papa ordonna au chauffeur de prendre mes affaires et me demanda de me dépécher en s'engouffrant dans sa voiture sans démarrer.Je restai seule avec grand- mére et l'observai attentivement sans pouvoir bouger d'un point car il était rare que je l'aie vu dans cet état.
Avant que je ne fasse un mouvement elle m'attira à elle et me sérra dans ses bras comme si c'était la derniére fois.
- maria, ma maria...
Je commencais aussi à pleurer sans savoir pourquoi.
- ma petite perle sache que je t'aime. Je t'aime plus que ma vie. Tu es devenue mon tout et jamais au plus grand jamais je ne me résignerai à être loin de toi.
J'étais toujours entre les bras de mamy et on pleurait ensemble. J'aurais aimé lui demander ce qui lui arrivait, j'aurais aimé savoir pourquoi elle disait tout ça mais je n'eus pas la force de lui demander.On se sépara à contre cœur et elle resta debout à me regarder. Je dus partir avec papa, l'image de grand-mére collée à mon esprit.
En ce moment, jamais je n'aurais deviné que je ne la reverrai plus jamais.
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Sombre Réalité (Terminé)
Non-FictionMariane,jeune fille sénégalaise de seize ans,orpheline de mére a 1 mois,issue d'une famille riche (enfin c'est uniquement son pére qui l'est) voit sa vie virer au cauchemard lorsque ce dernier, dans une sorte de perte de mémoire inexplicable, s'év...