Les larmes de l'assassin.

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Les hululements du hibou étaient le seul bruit brisant le silence inquiétant de la nuit. Impossible de distinguer les pas feutrés de cette ombre furtive. Elle était d'une agilité étonnante. Sautant par dessus les murs, se réceptionnant sans aucun craquement, zigzaguant entre les arbres en un simple courant d'air. Et quand quelqu'un pensait l'apercevoir, il était incapable de le retrouver ou même de se persuader que cette ombre soit autre chose qu'une illusion. Sa grande cape noire était certainement d'une grande utilité pour se dissimuler dans la nuit profonde. L'homme se cachant sous cette ample capuche était comme un caméléon, il s'adaptait à tous les milieux et parvenait à se camoufler. La discrétion était son métier et un équilibre à ne pas briser.

De sa poche, il sortit un vieux papier qu'il défroissa. D'une écriture fine et gracieuse, trois mots étaient inscrit, trois noms. Trois noms de jeunes gens innocents ou ayant importuné la mauvaise personne. Trois noms qui seraient, aux aurores, énoncés dans les journaux et pleurés par leur famille. Ils n'avaient rien demandé mais pour un homme puissant ils n'étaient que des insectes nuisibles qu'il fallait écraser. Deux d'entre eux étaient déjà barrés. La dure besogne prendrait bientôt fin. « Pense à ton amant » voilà les quatre mots qui tournaient et retournaient dans son esprit comme un lion pris en cage. Cette phrase qui le retenait prisonnier. « Pense à ton Loki, tu dois voler ces vies pour que la sienne reste sur terre. », alors l'ingénieur agissait en faucheuse. Ce satané monstre, que tous surnommaient Tanos était la seule personne dans laquelle Tony avait envie de planter son poignard, pour voir la mort passer dans ses yeux. Ainsi l'épée de Damoclès qui lui tuait sa vie, se briserait et il serait enfin libéré de ses liens monstrueux.

L'homme reprit sa course, portant le poids de sa conscience sur ses frêles épaules d'humain. Le vent courait autour de lui et le portait toujours plus loin. Un courant d'air frais vint lui chatouiller la nuque, il frissonna de plaisir. Pour un court instant une impression de liberté l'envahit. Il n'était plus qu'un oiseau se laissant porter par les courants. A présent, il volait. Ses soucis dissipés, ses douloureuses pensées écartées, un sourire timide se fraya un chemin à travers le masque impassible qu'était son visage.

Au loin, une imposante bâtisse du XVIIIème apparut. L'oiseau s'écrasa en même temps que l'homme retombait dans la dure réalité. Ses pensées prises d'assaut par ses obligations meurtrières. Il s'arrêta devant une grande clôture qu'il escalada sans difficulté puis, se dirigea vers la fenêtre du premier étage. Il posa son pied sur le rebord de la vitre du bas, s'accrocha au lierre qui tapissait la façade et parvint à rejoindre le balcon. En crochetant la fenêtre, il chuchota le dernier nom inscrit : « Wanda Maximoff ». Il le répéta une dizaine de fois comme pour se persuader de ses agissements, comme pour témoigner de son respect envers la condamnée. Il souffla un bon coup et pénétra dans la chambre.

La lumière de la lune éclairait très peu la pièce, mais suffisamment pour distinguer un lit en baldaquin. Une jeune femme y dormait paisiblement. De longs cheveux bruns retombaient en cascade sur son visage fin et innocent. Ses yeux étaient clos. Elle était là, étendu dans la mer blanche des ses draps de coton.

L'homme, d'un geste habile, tira le poignard du fourreau attaché à sa ceinture. Il le leva un peu, la lame brillait d'un éclat meurtrier contrairement à ses yeux qui eux, étaient éteints et remplis de tristesse. Wanda remua et ouvrit les paupières. Ces iris étaient d'un bleu profond, océan. On aurait pu se noyer dans ce regard insistant et sans peur. La femme s'y attendait et elle acceptait sans broncher, pas un cri, pas un pleur, pas de peur, rien. Un visage impassible. De l'indifférence ? Peut-être. Lui, il détourna le regard, essuya d'un revers de main ses pommettes baignées dans la douleur liquide. Réincarna le rôle d'acteur qu'on lui avait imposé, yeux inexpressifs, visage de marbre, ôter la vie, faucher des âmes, détruire des familles pour garder la sienne.

Il prononça des excuses sincères avant de porter le coup fatal mais indolore à la jeune femme. A peine la première goutte de sang toucha l'oreiller que l'assassin s'était envolé.


Salut à tous!! Merci beaucoup de lire, en espérant que ces petits textes vous plaises! J'en ai commencé des plus joyeux, promis je les termines quand les vacances se pointerons!  

De glaces et de flammeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant