# X. Une conversation qui s'échauffe
- Bon, maintenant, je veux des explications. J'ai fait comme si de rien n'était pendant un mois alors que je voyais bien que tu n'allais pas bien. Explique, tout de suite. Je ne te laisserai pas tant que tu ne m'auras rien dit.
- Qu'est-ce que tu as remarqué ?
- Mais t'es aveugle ou quoi ?! T'as tellement maigri que tu tiens presque plus debout ! Je me suis dit que cela allait s'arranger mais non ! Tu voulais sans cesse que je te laisse vivre seul mais tu n'en es pas capable !
- Si, je me débrouille très bien tout seul.
- Arrête de te mentir putain ! crie-t-il en m'attrapant les bras pour me faire réagir. T'as la peau sur les os et je ne vais pas te laisser mourir de faim. Alors maintenant tu m'écoutes.
- Je ne suis pas un gosse merde !
- Je te laisse tout seul pendant un mois et tu vois ce que tu deviens ?
- C'est mon corps, pas le tient, répliquai-je en l'écartant de moi violemment.
- Mais réagis ! Tu meurs doucement là ! Je ne parle même pas de ce que tu fais de tes journées !
- Et qu'est-ce que je fais de mes journées ?! Vas-y, dis-le !
- Je te voyais tous les soirs ramener un ou plusieurs mecs ! Ne voulant pas te laisser complètement seul, je veillais sur toi à distance.
- Putain tu m'as espionné ! Arrête d'être sur mon dos ! Oui j'ai ramené des mecs chez moi et alors ? Qu'est-ce que ça peut te faire ?! Baise ta copine et on en reparle après !
- Laisse-la en dehors de tout ça...
- Ne me dis pas quoi faire alors ! T'as jamais couché avec quelqu'un, tu ne sais même pas le plaisir que cela procure ! m'exclamai-je. Maintenant, barre-toi de chez moi et ne reviens pas.
Je l'écarte de moi et me dirige vers ma fenêtre pour attraper une cigarette. Je l'allume et commence à fumer tranquillement sans me préoccuper de Yann. C'est bien la première fois qu'on s'engueule pour de vrai. Je m'assieds sur mon lit et frotte mon œil gauche. J'ai envie de dormir. Toutes les nuits, je me réveille toutes les deux heures après avoir fait un cauchemar. Toujours le même depuis des années... Je n'ai jamais réussi à rêver d'autre chose. Mais bon, pour le moment, je survis. Je retire la cendre dans mon cendrier – plein. Yann arrive devant moi et me dit :
- András ... S'il-te-plait, explique-moi tout.
- Dégage ! Je veux être tranquille.
- Tu n'as pas retenu ce que je t'ai dit juste avant. Je ne partirai pas avant de savoir. Je ne demande pas grand-chose pourtant mais j'ai besoin d'être au courant.
- Pourquoi ?! Pourquoi tu veux tant que ça prendre soin de moi ?! Je ne t'ai jamais rien demandé !
- Mais tu es mon ami putain ! T'es le seul à qui je parle vraiment. Ça fait des années qu'on se connait et tu vas me faire croire que je ne me suis jamais intéressé à toi ? Je tiens à toi !
- Non c'est faux ! Personne ne tient à moi !
- Mais crois-moi ! J'ai pas envie de m'engueuler avec toi.
- Alors pars et on ne s'engueulera pas, terminai-je en continuant de fumer tranquillement.
C'est vrai quoi. Je n'ai pas besoin de lui ni de personne d'ailleurs. Je croise mes jambes pour bien m'installer. Yann ne bouge pas. Je sens qu'il n'a pas finis de me parler. C'est si difficile que ça pour lui de partir ? S'il croit qu'il peut jouer les papas bienveillants avec moi, il peut toujours essayer. Je ne sais pas ce qu'est un père – ni une mère d'ailleurs. Ce n'est pas à vingt-et-un ans que je vais découvrir ce que mot veut réellement dire.
Sans que je m'y attende, il me retire ma cigarette pour l'écraser immédiatement dans mon cendrier. Une vague de colère m'envahit. Je me relève immédiatement et je le plaque contre le mur en face. Qu'est-ce qu'il cherche encore ?
- Pourquoi t'as fait ça ?!
- Il le fallait bien pour te faire réagir ! Et puis, arrête de fumer.
- Je ne peux pas arrêter !
- Réduis tes consommations alors ! T'en fumes combien en un jour ?
- Entre dix et quinze je dirais, je m'amuse pas à compter.
- Je n'ai pas envie que tu crèves ! Qu'est-ce que je peux faire pour que tu prennes conscience de ça ?
- Rien ! criai-je en frappant violemment le mur à gauche de sa tête.
Il ne dit plus rien. J'ai dû lui faire peur mais c'était nécessaire. Il serait capable de m'attacher pour m'empêcher de vivre. Il ne connait rien aux plaisirs de la vie et il essaie de me les retirer. Ma main droite tient fermement le col de sa chemise.
- András... Relâche-moi s'il-te-plait.
- Non ! Tu l'as cherché ! C'était à toi de me laisser tranquille.
- András, je ne voulais pas t'énerver. Lâche-moi et on va en parler tranquillement. T'as craqué et je le vois très bien.
- Non ! J'ai... Je... Et merde... dis-je calmement.
- Je ne veux pas t'emmerder mais tu peux aller mieux si tu m'en parles.
- Ils sont tous contre moi... lançai-je en posant mon front sur son torse.
Il a gagné. Un point pour lui. Zéro pour moi. Il me prend dans ses bras amicalement. Il me caresse le dos doucement. J'ai failli frapper mon meilleur ami. J'y ai pensé, j'en avais terriblement envie. Ça m'aurait défoulé au moins mais il a réussi à me stopper. Si j'étais allé jusqu'au bout, il n'aurait jamais voulu me parler une nouvelle fois. On reste dans cette position plusieurs minutes. J'ai fermé les yeux, appréciant la chaleur de quelqu'un qui tient réellement à moi.
Il m'assied sur mon lit et se met juste à ma gauche. Mes mains tiennent ma tête. Je n'ose même plus lui faire face. Mon cœur ne s'est toujours pas calmé et je sens ses battements dans tout mon corps. On peut peut-être appeler ça une crise de nerf. J'ai envie de dormir, de me reposer. Ma tête se pose sur l'épaule de mon meilleur ami. Je suis sûr à présent que c'est un pilier pour moi. Je peux compter sur lui. Alors que je commençais à m'endormir, je me réveille et annonce :
- Il faut que j'aille travailler...
- Non, non, non. Après ta crise de nerf, tu ne vas pas bosser ce soir. Je vais appeler ton patron et pour une fois tu vas prendre un jour de congé pour une fois, ça ne te fera pas de mal.
- Mais je...
- Dors et repose-toi. Et je veux toujours savoir pourquoi tu as les yeux rouges.
- On verra...
Je me glisse directement dans mon lit. Je ne sais pas si Yann va rester ici mais bon, je veux seulement dormir. Dès que je vais me réveiller, je sens qu'il voudra encore des réponses. J'ai réussi à y échapper cette fois mais il est tenace et ne me lâchera pas si facilement. Lentement, je me sens partir autre part. J'avais vraiment besoin de dormir...
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La colère n'est pas rouge [boyxboy]
RomanceLa colère cache souvent la douleur. András est souvent en colère mais souffre, sans que personne ne puisse faire quoique ce soit pour lui.