# XXXIII. Explosion
- András... enfin, je devrais plutôt dire, le pédé de la famille.
- Papa.
- Qu'est-ce que tu fous là ? demande-t-il sévèrement.
- Je vois pas pourquoi je te répondrai. J'ai aucun compte à te rendre.
- Je suis toujours ton père ! s'exclame-t-il en m'attrapant le bras.
- Lâche-moi ! Tu n'es plus mon père ! Tu n'es plus rien pour moi ! m'emporté-je, oubliant totalement où je suis. Tu n'as plus de fils depuis des années ! continué-je en le repoussant violemment.
- Ça fait deux ans que je te n'ai pas vu et tu me cries déjà dessus ? T'as vraiment pas changé. Toujours aussi con, réplique-t-il en ne me lâchant pas des yeux.
- C'est toi qui m'a rendu comme ça ! Toi et Maman ! C'est de votre faute !
- Notre faute ? Notre faute ? Tu oublies peut-être ce que tu as fait, non ? Rappelle-toi exactement ce qui s'est passé.
- Non ! Tais-toi ! m'exclamé-je en prenant ma tête entre mes mains. Tais-toi ! Ferme-la ! Je ne veux pas t'entendre !
- Monsieur, je vais vous demander de partir d'ici, vous êtes dans un hôpital, intervient un infirmier, il semblerait.
- Il va partir, répond mon père à ma place.
Je n'arrive toujours pas à bouger. Je ne suis pas calme, pas calme du tout même. Je tremble nerveusement et surtout, je respire difficilement. Faut que je parte d'ici. C'est impératif. Je sens une main se poser sur mon épaule. Je sursaute et me retourne vers cette personne. Marwan.
- Hey András, ça va ? C'est toi qui criais ?
Je ne réponds pas et préfère faire demi-tour. Merci Marwan. Tu m'as permis de me détacher de lui. C'est que le début. Il est revenu. Maman ne doit pas être loin. Je ne peux pas rester ici.
Ce n'est pas de ma faute, hein ? Vous êtes d'accord avec lui ? Faut pas le croire. C'est lui qui est con. Vous me croyez pas ? Faut me croire. Moi et pas lui. D'accord ? Ce sont les parents qui doivent protéger les enfants, pas l'inverse. Eux, eux, ils m'ont abandonné. Vous me croyez ? Non ? Toujours pas ? C'est moi qui ai souffert, pas eux. Me laissez pas. Je veux pas être tout seul... On était deux. Ouais, ouais, ouais, faut que je vous me croyez. Je vous jure, on était deux. Deux comme deux yeux, deux mains, deux pieds, deux jambes, deux bras. Mais c'est de leur faute, oubliez-pas. Surtout n'oubliez pas. J'ai souffert. Maxime a souffert. Je le sais. Mais c'est pas de ma faute. Moi aussi j'ai mal, putain.
# # # # #
J'ai réussi à rentrer à mon appartement. Je ne vois que son visage. Son visage qui me ressemble trop. Je ne veux plus me voir. Pourquoi je ressemble à mon père ? Je ne veux pas les détester mais qu'est-ce que je les hais ! J'ai vingt-et-un ans et ils ont gâché ma vie. Mais c'est grâce à eux que je vis. J'ai pas eu de chance à la naissance, c'est tout. Ouais mais c'est de leur faute. Vous vous rappelez ? Je vais péter un câble.
J'ai besoin d'un coup d'eau sur le visage. Mon téléphone vibre. C'est Yann. Lui ne va pas me croire. Mais il connait l'histoire. J'ai pas envie de lui parler. « Eteindre le téléphone ? ». Oui. Au moins, ils ne me dérangeront plus. Pourquoi on a besoin d'une vie sociale ? On est mieux tout seul. Moi je suis mieux tout seul. J'aime seulement les mecs qui couchent avec moi. Eux je les kiffe et mon cul aussi les kiffe. Bon, je voulais me passer un coup d'eau froide sur le visage. J'entre dans ma salle de bain et me dépêche d'éclabousser ma peau d'eau fraîche. Mon cerveau est en ébullition. J'ai revu mon père. Mon père. Papa. Je lève la tête et mon miroir me reflète immédiatement qui je suis. Je suis mon père. Non !
Mon poing droit rencontre violemment mon miroir. Des éclats de verre entaillent la peau de ma main. Les autres tombent dans le lavabo. Je n'arrive plus à bouger les doigts. J'ai pas mal. J'ai plus mal au cœur. J'avais arrêté de prendre beaucoup de médicaments mais aujourd'hui, je les revois. Ils sont magnifiques. De la main gauche, parce que le droite est pleine de sang, j'attrape une boite. Difficilement, je l'ouvre. Non, non, non, je ne devrais pas. Je devrais appeler Yann. J'ai éteins mon téléphone. Dommage. Je prends deux médicaments. Je ne veux plus avoir mal. Je ne veux plus souffrir. Je ne veux plus être en colère. Putain, je suis hyper détendu. Faut que je sorte d'ici. J'ai trop envie de m'éclater. Mais j'ai toujours aussi mal à la main et ça saigne toujours autant. Sous mon lavabo, je trouve une bande. C'est Yann qui a dû ramener ça ici. Comme je peux, je la passe autour de ma main. J'irais pas à l'hosto pour ça. Non, non, non, plus jamais. Je devais aller voir Nath encore une fois. Non, je pourrais pas. Je suis désolé. J'aimerai mais il était là. J'ai besoin de sortir. Vite, vite.
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Il est froid le sol. Très froid. J'arrive pas à ouvrir les yeux. J'ai peut-être un peu bu. Trop. Encore trop. Toujours trop. András, t'es trop en colère. Je sais Max, je sais... C'est à cause de papa. Ouais, ouais, vous avez pas oublié hein ? Surtout, n'oubliez pas. C'est important. J'ai mal à la main. Je vous l'avais dit non ? Je sens plus mes doigts. Ma main est coincée dans la poche kangourou de mon sweat. J'ai revu mon père. Je suis toujours le pédé de la famille. Quel con d'avoir avoué ça. Je savais que ça allait exploser ce jour-là. C'était pas le début. C'était une étape, inévitable. Je suis gay, j'assume mais j'ai perdu mes parents. Parents qui m'avaient déjà abandonné. J'ai toujours pas abandonné moi ! Je veux les retrouver... Je suis con !
Je replie mes genoux sur moi et pose mon front dessus. Mon jean s'humidifie. Je suis fatigué. J'ai envie de crever. Même le fait de penser que Cal est mon copain ne me redonne pas le sourire. Deux ans que je ne les avais pas vu. Hier encore, j'étais heureux – sceptique aussi – parce que j'étais en couple. Et aujourd'hui, me voilà en train de chialer dans un coin qui m'est totalement inconnu. J'ai juste vu qu'il y avait plein de baraques friquées. Je sais même pas quelle heure il est. J'ai pas pris mon portable. Yann doit être mort d'inquiétude mais moi, je vais réellement mourir. J'ai toujours froid. J'ai envie de dormir.
- András ? C'est toi ? appelle quelqu'un, en face de moi.
- Cal ? demandé-je en relevant la tête.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- J'aurais dû l'aider mais je te jure, c'était pas de ma faute. Tu me crois toi ? C'est pas de ma faute si elle est morte hein ? C'était un accident, t'es d'accord ? Dis-moi que t'es d'accord ! Je t'en prie ! m'emporté-je brutalement.
- András, calme-toi. Je comprends pas de quoi tu parles. C'est qui « elle » ?
- Ma sœur. C'est pas moi qui l'ai tué.
**
Eh oui, András avait une soeur... mais que s'est-il passé ? Ce n'est pas de sa faute...
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La colère n'est pas rouge [boyxboy]
RomanceLa colère cache souvent la douleur. András est souvent en colère mais souffre, sans que personne ne puisse faire quoique ce soit pour lui.