chapitre 33

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Il était reparti à l'aube et moi j'étais recouverte de mes draps, couchée en chien de chasse ma tête fouillant les draps.

J'en avais marre!
Simplement marre!
Deux viols successifs en moins de trois jours.

À ce rythme, quand est ce que la douleur de mon corps se dissipera?

Ma propre chambre était devenue ma propre prison.

Je n'avais même plus accès au reste de la maison.

Que faire?
Comment m'évader?

Je ne sus pas pourquoi mais une chose qui n'avait aucun lien, ou en tout cas je le croyais, avec mon probléme se présenta dans mon esprit.

Je me rappelai de ces rencontres  de filles nubiles et de dames d'âge mûr .
Rencontre qui représentait l'habileté, la joie de vivre, la liberté.
Le fameux "sabar" que les filles sénégalaises dansaient avec tant de joie et qui m'avait toujours été interdit.
Les rares fois où je le regardais à la télé je faisais en sorte qu'il ne me voit pas sinon il m'aurait réprimandé comme jamais.

"C'est trop quelconque, trop léger, ce n'est vraiment pas une activité à laquelle tu devrais t'intéresser. Tu vaux beaucoup mieux que ceux qui participent à cette danse ou qui la suivent. Toi, tu as des gènes nobles. "

C'était ce qu'il me disait.
Je pouvais par contre le regarder à ma guise lorsque j'étais chez grand-mère. Elle ne me disait jamais rien.

Et pourtant cette danse n'avait de cesse de me fasciner.
J'adorai le "sabar" même si je n'ai jamais été sûre de savoir le danser.
Juste le regarder me fascinait.
Le déhanchement endiablé de ces femmes.
Un énorme cerle de personnes avec des batteurs au milieu.
les femmes qui se trouvaient dans le cercle partaient en trombe retrouver les batteurs pour danser devant eux à tour de rôle.  Parfois aussi plusieurs femmes entraient en même temps.
Tout le monde s'époumonnait.
Les batteurs ragaillardis par ces femmes qui se déhanchaient légères comme des plumes, donnaient le meilleur d'eux même en s'acharnant sur leurs tam-tams.

Je ne savais pas pourquoi je pensais à cela en ce moment si douloureux de ma vie.

Peut être parce que l'innocence, la joie de vivre et surtout la liberté de ce petit monde me manquaient.

Je m'étais rendue compte juste à ce moment que mon pays me manquait, mon Senegal me manquait, ses gens me manquaient même si on m'avait toujours interdit de les approcher, la chaleureuse atmosphère sénégalaise me manquait.
J'étais dans un pays étranger.
Condamnée à vivre dans l'inceste sans issue aucune.

Je m'emparais nonchalamment du cahier de secrets qui se trouvait sur ma table de chevet puis entamais d'y écrire méticuleusement les premiers mots de mon histoire.

Je débutais par l'histoire de mes parents que ma grand-mére m'avait raconté.

Jamais je n'aurais crut que ce que j'écrivais en ce moment là sur mon cahier serait un jour connu.

Je refermais le cahier et le re-déposais à sa place.

S'il vous plait seigneur, montrez moi une voie.
Envoyez une âme me secourrir.
Envoyez moi une illumination.

J'avais le cœur gros mais je ne voulais plus pleurer.
Juste penser aux bons moments que j'aimerais vivre même si on ne me l'avait jamais permis.
Juste penser à des choses merveilleuses.
Tenter d'oublier.
Juste pour un moment.

Je n'avais pratiquement pas mangé depuis prés de trois jours.
Ma gorge souffrait le martyr par manque d'eau.
J'avais faim et soif. Pourtant je n'avais pas du tout envie de manger ni de boire.
Mon ventre réclamait inlassablement de la nourriture et pourtant ma gorge se serrait à la simple vue de la nourriture.
J'avais toujours une forte fiévre.

Mon cœur ne répondait plus aux ordres de mon cerveau.

J'étais simplement pilée.

Brusquement, j'eus un haut le corps qui me fit pencher la tête du côté opposé au lit.

Je vommissais avec force mais tout ce qui sortit c'était un liquide jaunâtre et nauséabonde.
Je n'avais rien dans le ventre aussi, ça devait jouer.

Je vomissais un assez long moment avant de m'étaler encore de tout mon long sur le lit.

S'il ne me laissait pas sortir, que comptait t-il faire à propos de mes études?
Comment allais-je partir à l'école surtout si je tombais malade?

On était lundi.
Il devait être entre les 6h du mat.
J'avais cours à 8h.

Comment pourrais-je y aller sachant que j'avais un mal fou à marcher.

Et pourtant, il me fallait y aller.
Il me fallait tenter quelque chose.

Je devais lui parler.
Je devais le convaincre de me laisser retourner à l'école comme ça j'aurais l'opportunité de m'enfuir même si c'était sans espoir.
Le connaissant, il n'était pas béte au point de me laisser faire.

Rien ne m'empêchait tout de même d'essayer.

Je pris sur moi et tentais tant bien que mal de me diriger vers la salle de bain afin de prendre une douche.
Je fis couler une eau assez chaude dans ma baignoire et entamais de me recouvrir d'une serviette en attendant que ma baignoire se remplisse.

Lorsque je pus enfin m'installer dans la baignoire, je pris au mieux une position adéquate et plaçais ma tête sur le rebord laissant mon corps disparaitre à l'interieur.

J'essayais d'oublier, d'oublier cette impression d'être salie jusqu'aux tréfonds de mon âme, de penser à autre chose, d'évacuer cette frustration immense.

Je rincais énergiquement mes cheveux, mes bras, mes cuisses, mon visage...
Je ressentais une profonde envie de crier, crier à en perdre le souffle, juste crier pour évacuer ce mal.

Je dus faire prés d'une trentaine de minutes sous la douche.

J'en ressortis assez satisfaite car la douleur de mon corps s'était atténuée un minimum mais en me regardant devant mon miroir, je percus le reflet d'une fille pâle avec un visage entierement défait.

Je ne me sentais pas vraiment bien mais je n'avais pas le choix, je devais faire un effort, un immense effort.

Je pris mes médicaments et tachais de m'habiller.

Aprés m'être habillée d'une jupe longue et d'un body, je cachais mes cheveux trempés sous un bonnet multicolore.

Je me dirigeais claudiquante vers la porte de ma chambre.
Je savais qu'elle était fermée à clé mais je savais quoi faire.

Une fois devant la porte, je frappais énergiquement trois coups successifs.

Il ne répondit pas.

Je re-toquais encore plus fort.

Toujours rien.

J'optais alors pour la manière orale.

            - je dois te parler. S'il te plait. J'ai quelque chose à te dire.

Ma voix était plus dure que je ne le voulais mais bon ça allait.

J'entendis des pas monter lentement les escaliers.

Je reculais alors et fixais la porte.
La clé tourna à l'intérieur de la serrure et la porte s'ouvrit doucement.

Sombre Réalité (Terminé)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant