Chapitre 4 : Michigan

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Je suis assise sur l'herbe, au bord du lac Michigan. Il fait nuit, et la fraîcheur de novembre se fait ressentir. Je prends la couverture et la pose sur mes épaule. J'observe les étoiles qui brillent dans le ciel et les feuilles de différentes couleurs qui sont tombées durant l'automne. Cet endroit est apaisant, le son des vaguelettes et les oiseaux qui chantent m'apaisent énormément . Ma famille n'est pas chez moi ce soir, donc je peux rester allongée autant de temps que je le souhaite. Les récentes disparitions m'inquiètent un peu. Les meurtres s'enchaînent avec une rapidité extraordinaire. J'ai déjà voulu sortir de Chicago, mais la grande forêt qui le permet me faisait affreusement peur. J'ai toujours l'espoir que mon père est encore vivant, qu'il va revenir et me serrer dans ses bras. Qu'il va s'excuser et me dire que je lui ai manqué. Les larmes me montent aux yeux. Je serre les dents pour les empêcher de couler, en vain. La première roule sur ma joue, suivie d'une deuxième. Je les essuie d'un revers de la main et prends une grande inspiration. J'entends un léger "plouf" au loin. Sûrement un poisson. Je souris et me couche dans l'herbe fraîche. Mes yeux commencent à se fermer.

-Tu fais quoi ici? Me dit une voie derrière.

Je sursaute, et je reconnais Chris.

-Chris!? Tu m'as fais peur !

Il rigole et je croise les bras sur ma poitrine, signe que ça ne me fais pas rire.

-Allez, fais pas la tête, je ne savais pas que tu étais une froussarde.

Je lui donne un coup de poing dans l'épaule, mais vu mon manque de force, je ne dois pas lui avoir fait mal. J'en ai la preuve puisqu'il rigole de plus belle face à mon coup.

-Je ne suis pas une froussarde ! Et c'est à toi de prévenir quand tu arrives. Et puis, comment se fait-il que tu viennes ici ?

Il hausse les épaules en regardant devant lui. Je vois des frissons sur ses avants-bras. J'enlève la couverture sur mes épaules et la dépose sur les siennes. Il me regarde et me sourit. Je tourne la tête. Je repense à mon père. J'aimerais tellement qu'il soit là... Une nouvelle larme descend sur ma joue. Chris la voit, et en réaction, ses sourcils se froncent.

-Tessa ? Ça va ?

Je hoche la tête. Son pouce essuie la larme qui venait de couler et il me prend dans ses bras. Chris et moi nous sommes beaucoup rapprochés ces derniers temps, mais jamais encore un contact comme celui-ci n'avait eu lieu.

-Tu sais que tu peux tout me dire Tessa.

-Tu peux m'appeler Tess tu sais.

-Ne change pas de conversation. Tess.

Il avait insisté sur le " Tess ", comme s'il était fier de pouvoir m'appeler comme ça.

Je soupire et lui explique tout sur ma vie. Mon père disparu, ma sœur, ma mère, les dépressions. Plusieurs fois, je verse une larme. Mais je me reprends vite et continue. Je lui explique que le fait de ne pas avoir eu de père durant mon enfance est très compliqué, et que j'aimerais beaucoup le voir, malgré la haine que j'ai pour lui, de nous avoir laissées.

Une fois mon "histoire" terminée, il resserre son étreinte autour de moi et je pose ma tête sur son épaule.

Il n'a toujours pas dit un mot. Je décide de briser le silence.

-Comment s'appelle ton père, à toi ?

Au mot "père" je remarque que ses poings se serrent. J'ai sûrement dit une chose à ne pas prononcer.

-Daniel, dit-il sur un ton rauque.

Je hoche la tête. J'essaye autre chose.

-Et ta mère? dis-je dans un murmure.

Cette fois, ses poings se serrent tellement fort que ses jointures deviennent blanches. Ses yeux se remplissent de larmes. Mais aucune ne sort.

-Elle est morte.

-Désolée. Je n'aurai pas dû poser cette question.

Il ferme les yeux et prend une grande inspiration.

-Je vais rentrer. Je te raccompagne ? me demande-il.

-Euh...je compte dormir ici.

Il rigole, mais d'un rire qui sonne faux. Il me regarde avec un air de folle.

-Tu es sérieuse ? En novembre ? Et tu n'as pas peur d'attraper froid ?

-Oui je suis sérieuse et non je ne prendrai pas froid.

À ces mots, un frisson m'envahit. Il rigole et déplie la couverture sur nous deux.

-Mais tu peux partir toi. Dis-je.

-Non. Je reste. Je ne laisse pas un jolie fille toute seule avec les meurtres qu'il y a en ce moment.

Je sourie face à ses mots. Jolie? Je sens le rouge me monter aux joues. Espérons que la nuit cache mon embarras.

Il appuie sur mes épaules pour me faire coucher. Il me reprend dans ses bras et je passe les miens autour de sa taille. Ma tête se pose sur son épaule et je ferme les yeux. Je les rouvrent et vois de nombreuses étoiles qui brillent dans le ciel. Chris me regarde

-C'est beau hein?!

Je hoche la tête et nous sombrons dans le sommeil, collé l'un à l'autre.

Je suis réveillée par le soleil qui se lève. Le ciel est orangé et les feuilles des arbres ont volé pendant la nuit. Le lac est parsemé de feuilles mortes rouges, oranges et jaunes. C'est magnifique. Je me dégage des bras de Chris, toujours sur moi. Je n'est pas oublié le fait qu'il m'ait fait peur hier soir. Il ne s'est même pas excusé après. Je me lève et prends un seau qui traînait par terre. Je me dirige vers le lac. La vengeance est un plat qui se mange froid. Plus ou moins dans tous les sens du terme pour moi..

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L.N

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TERRE INCONNUE Où les histoires vivent. Découvrez maintenant