Lise apparut alors, émergeant de la foule dense, tout sourire, et se dirigea avec entrain vers Céleste et Lætitia. Tout en leur demandant comment s'était passée leur matinée, elle les conduisit à la terrasse d'un restaurant à l'auvent bleu et blanc sur lequel on pouvait lire : « La mésange bleue ». À peine se furent-elles installées autour d'une table marbrée qu'un majestueux paon atterrit gracieusement devant elles. Céleste réprima un hoquet de surprise en constatant qu'il était vêtu d'un tablier noir et que sur son aile droite reposaient en équilibre un plateau et un bloc-notes. Par respect pour le volatile et compte tenu des mines indifférentes de sa génitrice et de son amie, elle s'abstint de tout commentaire et réussit même l'exploit de conserver une voix neutre et atone tout le temps qu'il fallut à l'oiseau pour prendre leur commande.
Une fois le singulier serveur avalé par les portes battantes du bistrot, Céleste laissa place à son air interloqué.
— Euh... Suis-je la seule à être surprise par la prise de parole des oiseaux en cette ville assez... particulière ? demanda-t-elle timidement.
Lise sourit et Lætitia ne dit rien. La brune lui avait en partie dévoilé son passé fructueux, en omettant certains détails qu'elle ne lui dévoilerait que lorsqu'elle pourrait considérer cette amitié comme infaillible, et son amie comme suffisamment digne de confiance. Après tout, elles ne se connaissaient que depuis la veille !
— Ce ne sont pas de simples oiseaux. Ce sont des Prophètes, Céleste, lui apprit Lisæ. Dès sa naissance, un habitant de Noctis se retrouve lié à l'un d'eux, et seule la mort est apte à les séparer. Ce sont bien sûr deux individus différents qui peuvent vivre leur vie chacun de son côté, mais le lien qui nous unie à notre Prophète est unique. Il permet de nombreuses choses...
Elle n'acheva pas sa phrase, laissant planer dans l'atmosphère détendue un relent de suspens, et sirota quelques secondes sa limonade en silence.
— Il me semble que tu as déjà fait la connaissance d'Élania..., poursuivit la mère de Céleste.
Cette dernière fronça imperceptiblement les sourcils, fouillant dans sa mémoire fructueuse qui avait été quelque peu sollicitée ces derniers temps avec les méandres d'informations qui lui avaient atterris en pleine figure. C'est alors qu'une bribe de souvenir lui revint, ne datant que de quelques jours, mais qui lui paraissaient tellement lointains ! L'image du grand oiseau blanc ayant fait irruption dans sa petite chambre, afin de prendre de ses nouvelles, occulta soudain ses pensées incandescentes.
— Oh...
Ce fut tout ce qu'elle put prononcer durant quelques secondes, exprimant laconiquement sa surprise, tandis que les pièces du puzzle s'emboîtaient soudainement sous sa boîte crânienne, faisant ressurgir la vision d'horreur de cette minuscule plume blanche reposant paisiblement sur le parquet de la chambre de ses parents, dernier fragment de sa mère disparue durant quatre longues années.
— Mais, remarqua-t-elle, pour une humaine et un oiseau censés être liés à vie, vous ne paraissez pas très... proche, si je puis me permettre... Enfin, ce que je veux dire, c'est que je ne l'ai pas vue une seule fois depuis que je suis arrivée à Noctis.
— Comme je te l'ai très justement expliqué, si ces deux êtres sont liés à vie, cela ne signifie pas forcément qu'ils doivent partager le même foyer, ou ne jamais se quitter. Les enfants grandissent avec leur Prophète, en général, mais lorsqu'ils atteignent l'âge adulte, leurs vies se séparent en deux segments divergents. Je suis encore très amie avec Élania, mais celle-ci vit sa vie de son côté, et moi du mien. Voilà tout !
Céleste ne répondit rien, prenant le temps de bien digérer ces informations, comme désormais chaque nouvelle révélation difficile à avaler. Elle acquiesça en se tournant lentement vers Lætitia, qui n'avaient pas prononcer le moindre mot durant toute la durée de leur discussion.

VOUS LISEZ
Le syndrome des cœurs de pierre I - Pupille
Fantasi/!\ EN COURS DE RÉÉCRITURE Tome premier « Dans nos cœurs en perdition, L'amour s'est volatilisé. Mais en ces relents d'émotions, Même la haine n'a subsisté. Seule l'impassibilité souffle en cette terre, Où tous nos cœurs sont faits de pierre. » P...