Je m'adresse à toi et à personne d'autre. Toi, celui qui occupe toutes mes pensées, toi qui arrive à me faire rougir d'un simple regard, toi, celui dont je suis amoureuse.
Je sais que tu lis ce texte. Je sais que tu as conscience que c'est toi, la personne à laquelle je m'adresse. Tu sais que je suis en train de sourire. Tu t'es tellement immiscé dans ma vie que tu dois tout savoir de moi. Enfin, de la personne à l'extérieur. Si tu connaissais la fille qui est à l'intérieur, ce serait encore mieux.
Que pourrais-je te dire, à toi, mon lecteur silencieux ?
Quand je t'ai avoué mes sentiments, tu as pris peur, n'est-ce-pas ? Je comprends mieux. Enfin, la fille à l'intérieur de moi comprend mieux. Celle qui est à l'extérieur s'est mal comportée. Se mettre en colère contre toi, ce n'était pas correct. Tu n'avais rien demandé. Tu te contentais de me suivre partout, de me surprendre par derrière avant qu'on éclate tous les deux de rire parce que bordel, arrête de me faire peur comme ça !
Ce que je prenais pour des signes d'un possible amour, c'était juste de l'amitié. C'est parce que ces « signes » m'ont induites en erreur que je t'ai déclaré mon amour.
Je pense que c'est pour ça que je suis devenue violente et sèche avec toi. Je m'attendais à une réponse positive.
Non, laisse tomber. Je dis mal les choses, une fois de plus.
Il y a plein de choses que la personne à l'intérieur de moi voudrait te dire. Mais à l'oral, comme ça, ça risquerait de te faire peur. Du coup, on le fait à l'écrit. Et puis, je suis sûre que tu me lis, en silence. Parce que c'est ton passe-temps préféré, hein, de me stalker ? Je sais que tu souris, là. Et ça me fait sourire.
Alors, que pourrais-je te dire à l'écrit, pour ne pas te faire peur ?
Ton regard. Avant, j'étais simplement attirée par toi. Et puis, il y a eu ce bref instant où le temps semblait avoir été figé. Ce bref instant où nos regards se sont croisés. Je ne sais pas comment était le mien, mais le tien était juste indescriptible : un peu sombre, très ambigü. C'est donc grâce à ton regard que j'ai compris que j'étais amoureuse de toi. Remercie-le.
Est-ce que ça va pour le moment, je ne t'effraie pas trop ? Je n'espère pas, j'aimerais quand même que tu lises ce texte jusqu'au bout...
Je ne sais pas si tu te souviens de tous ces bons moments qu'on a passé ensemble. Moi, en tout cas, je les chéris.
Je me rappelle de cette orange. Toi aussi, n'est-ce-pas ? Pendant combien de temps on s'était échangé cette orange, sans qu'aucun de nous deux ne veuille la garder ? Une semaine, au moins. Finalement, c'est toi qui l'a gardée. Elle n'est pas trop pourrie, depuis le temps ?
Je me souviens que pour le cours d'arts-plastiques, j'avais fait cette petite sculpture en forme de crâne. Enfin, ça ressemblait à un crâne. Avant que je ne rentre chez moi, tu me l'avais prise en me disant que tu allais la peindre. Je me demande à quoi elle ressemble, maintenant ! Si tu l'as toujours, bien sûr...
Et bien sûr, comment oublier toutes tes tentatives -ratées- pour m'enlever mes lunettes de mon nez ? Je ne t'ai jamais dit pourquoi je ne veux pas que tu me voies sans ma monture ; c'est un bouclier. Oui, je sais, c'est étrange de se dire que des lunettes peuvent servir de bouclier, mais laisse-moi finir, enfin !
Le monde est effrayant pour moi. Je sais, c'est con. Mais quand tout est flou, je me sens juste perdue, totalement désorientée. Alors je porte mon bouclier, ce bouclier qui me protège de l'incertitude et du danger qui m'entoure.
Tu n'imagines même pas le temps qu'il m'a fallu pour accepter mes sentiments pour toi. Sûrement parce que tu as trois ans de moins que moi.
Après mes idylles, tu m'as dit que si tu avais le même âge que moi, tout serait différent. Pour me consoler, tu m'as dit qu'il y en a plein d'autres, des types comme toi, qui ont quatorze ans, eux.
En effet, il y a tellement d'autres cons. Mais c'est de toi que je suis tombée amoureuse. La nature est cruelle, hein ?
Je m'adresse à toi et à personne d'autre parce qu'il n'y a que toi pour me poursuivre dans le réfectoire rien que pour me donner une orange. Il n'y a que toi pour peindre un morceau d'argile. Il n'y a que toi pour me faire sursauter en arrivant brusquement par derrière. Il n'y a que toi pour essayer de voir la fille qui se cache derrière son bouclier.
Depuis que je t'ai dit que je t'aime, tout est différent. Je veux que mon amour soit réciproque, mais, en même temps, je veux que tout redevienne comme avant. Qu'on éclate de rire parce que bordel, arrête de me faire peur ! Arrête de me donner cette orange à moitié moisie ! Arrête d'essayer de m'enlever mes lunettes, tu sais très bien que tu n'y arriveras pas ! Alors qu'en réalité, je ne veux pas que tout ça s'arrête.
Je commence à comprendre pourquoi la fille à l'extérieur de moi s'est comporté aussi durement avec toi. Elle t'aime pour tous ces moments, et, en même temps, t'en veux terriblement pour tous ces signes.
Je viens d'écrire presque mille mots, et je ne sais toujours pas comment conclure ce texte. Enfin, si, je sais.
Je vais te dire quelque chose. Et ça sera adressé à toi, rien qu'à toi, et à personne d'autre. Promets-moi de ne le répéter à personne. Et essaie de ne pas être trop effrayé. Sinon, je te donnerai une orange et collerai mes lunettes à mon nez pour que tu ne puisses jamais les enlever.
Je m'adresse à toi et à personne d'autre : je t'aime.
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Réalités - recueil de textes
Short StoryDes textes. Plusieurs réalités selon plusieurs périodes de ma vie. Quelques morceaux du puzzle, aussi.