chapitre sixième - aventure

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Que fait notre Narcisse ?
Il se va confiner 
Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer, 
N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure. 
L'homme et son image, Jean de La Fontaine

Tous réunis dans la même pièce, ils sont assis autour d'une table ronde, sur de petites chaises en bois. Ils ne disent rien mais étudient scrupuleusement une carte disposée grossièrement devant eux. Cette pièce, ce sont les archives du village. Située au sous-sol de la mairie, ils ont réussi à obtenir une autorisation spéciale et exceptionnelle pour prévoir leur périple. Ethel et Antigone pointent différents endroits du plan en hochant la tête silencieusement, Sharl prend des notes, Marco observe le tout d'un œil distrait, et Oprah, lui, supervise le tout. Il se concerte avec les autres pour savoir ce dont ils auraient besoin – essentiellement de l'eau, des vivres et de quoi camper. Ils ne regardent pas le temps défiler, ils sont tous concentrés sur leur tâche.

Au bout de quelques heures de réflexion, ils commencent à avoir des bribes de préparation ; un itinéraire, des points de chute pour dormir. Cependant, leurs cernes commencent à se creuser, les esprits se font moins vifs et les discussions plus restreintes. Ils devaient partir demain, mais si Oprah voulait vraiment que cela se fasse, il allait devoir leur accorder un peu de repos. Alors, il se lève et les invite à rentrer chez eux pour dormir. Marco ne se fait pas prier, Sharl range son carnet et ses affaires et le suit, Antigone enfile sa veste et les rejoint. Il se retrouve donc seul avec Ethel.

— Tu comptes pas rentrer, hein ? dit-elle à l'attention d'Oprah.
— Il reste trop de trucs à prévoir, je peux pas tout laisser en plan tout de suite.
— T'as besoin de repos toi aussi, Oprah. Si j'apprends que t'es resté là toute la nuit je me chargerais personnellement de te botter les fesses.
— De toute façon, la sécurité viendra me sortir à un moment donné, ils vont pas laisser la mairie ouverte pour une personne.
— Sûrement.
— Tu crois que je suis capable ?
— Capable de quoi ?
— Je sais pas. Tout le monde semble se reposer sur moi pour préparer cette quête et ça m'angoisse un peu. Je sais pas si je peux prendre la responsabilité de tous vous entraîner là-dedans.
— T'es pas le seul qui part. On se repose peut-être sur toi pour les préparations, mais une fois sortis on sera tous dans le même bateau, on sera tous responsables. T'es pas notre père, t'as pas à être notre chef non plus.
— Je te crois.
— Bah, encore heureux. Allez, te fais pas trop de bile. A demain.
— Ouais, salut.

Et elle quitte la pièce à son tour. Oprah avait tendance à angoisser rapidement quand il s'agissait de prendre des responsabilités, et étant le premier à avoir lancé l'idée de partir à la recherche de leurs souvenirs, il se sentait dans l'obligation de prendre la tête du groupe. Il s'assoit et regarde autour de lui. Il analyse les murs, les détails du bois, il relit la carte, il joue avec ses doigts. Ethel avait raison, il n'avait aucun intérêt à rester là toute la nuit à se triturer les méninges. Il se relève, se décide à ranger tous leurs accessoires dans son sac-à-dos avant de partir lui aussi trouver du repos. Il verrouille la porte en partant et remonte les marches vers le hall principal du bâtiment. Pour un village aux allures plutôt rudimentaires, la mairie était un établissement somptueusement détonant dans le paysage. L'intérieur est agrémenté de lustres de cristal précieux, les rampes d'escalier construites en marbre, le sol pavé de carrelage étincelant. Ses pas résonnent dans le silence presque religieux du lieu alors qu'il entreprend de s'avancer vers les grandes portes d'entrée toutes en verre. Il salut poliment les officiers de sécurité en service disposés de chaque côté.

Dehors, il n'est éclairé que par la faible lumière des lampadaires. Les rues sont un peu plus propres dans cette partie-là du village – en tout cas, bien mieux entretenues que les sentiers de terre de son quartier. Oprah a toujours trouvé le village reposant la nuit. Les nuages ne couvrent que rarement le ciel étoilé et laissent profiter aux habitants de leur éclat scintillant. Il marche doucement, comme si ses chaussures faisaient trop de bruit pour le calme cristallin du lieu. Il enfonce ses mains dans ses poches et fixe bêtement ses pieds en avançant, sachant qu'il a encore une trotte à parcourir avant de s'écraser sur son lit et fermer les yeux. Il s'arrête parfois pour regarder le nom affiché sur certaines boites-aux-lettres des maisons qu'il n'a jamais vu, ou qu'il ne reconnaît pas. Il a l'impression de flotter, de nager en plein rêve ; ou en plein délire. Il se focalise de temps en temps sur ses inspirations et expirations, perturbé par le fait qu'il pourrait oublier de respirer s'il n'y faisait pas attention. Il s'inquiète sûrement pour rien, comme d'habitude. Son anxiété avait toujours été une partie de lui – cela ne faisait pas si longtemps qu'il avait arrêté de faire des crises d'angoisse pour tout et n'importe quoi.
Il se contrôlait maintenant, dans une moindre mesure.

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⏰ Dernière mise à jour : May 05, 2018 ⏰

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