Courir jusqu'à s'effondrer

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PDV Valentin

Il doit être quatre ou cinq heure du matin et je suis toujours en train de me tourner et retourner sur le matelas gonflable qui me sert de lit.
Je suis préoccupé et j'ai l'âme pesante, je vois mes amis sombrer les uns après les autres, j'assiste impuissant à leur longue agonie. Il n'y a rien de plus dur que l'impuissance, rien de plus paralysant que de voir la décadence de ceux qu'on aime.
Je suis un observateur figé, tout ce que je peux faire c'est sombrer silencieusement avec eux.

Maxime ne pleure même plus, il a atteint ce point où la douleur est si forte qu'elle anesthésie toutes les sensations, tous les sentiments et les autres ne sont pas loin de ce point.

- Putain c'est tellement con !

Je fracassa mon poing contre le mur. Je rêve de hurler ma douleur à la terre entière, exhiber devant tous ces petits con qui vénère la beauté de la vie à quel point je suis détruit.
"Voyez ce que cette vie nous a fait, voyez."

Je n'en ferais rien. Les autres n'en ont rien à faire de notre douleur, ils préfèrent leurs vies bien rangées plutôt que de regarder la vérité dans les yeux. Comme moi... Je mérite ce qui m'arrive pour n'avoir rien fait.

Je suis tellement en colère... j'ai envie de tous casser.
Pourquoi ? Pourquoi nous, pourquoi eux, pourquoi nous imposer cela à nous...

Je me lève d'un bond, je suis tendu comme un arc. Trop d'émotions négative se bousculent. Je sature.
Je sors en courant, j'ai besoin d'extérioriser mes émotions, ma douleurs. Je dois me défouler, courir jusqu'à m'effondrer.

Je dévale les escalier et je manque de tomber plusieurs fois. Ma vision est flou et des larmes dévalent mes joues, je cours à en perdre haleine, à m'en arracher les poumons. Une vaine tentative de semer les ennuis.
J'ai mal partout, des éclats me déchire le corps et mes muscles me supplient d'interrompre le supplice.
Je continue à courir, la douleur physique n'est qu'un pale reflet de celle qui me déchire l'âme.

Je fini par dégringoler, par m'effondrer sur le sol tel une poupée de chiffon inarticulée.
Devant moi, à moins d'une vingtaine de mètre, l'entrée de immeuble de Thomas.

Un tel hasard est impossible, c'est forcément un signe.
Je suis toujours tremblant mais je reprend doucement mes forces et je peux enfin me lever. Je monte chez Thomas, heureusement que je me souviens du code.

Je sonne après un instant d'hésitation et attend. Je patiente longtemps, persuadé qu'il ne viendrait pas avant d'entendre le son classique du déverrouillage. Il entrouvre la porte et se tient, hagard, devant moi. Il me semble mort, vide de tout sentiment. Lui aussi a souffert. Nous avons tous soufferts...
C'est tellement douloureux de le voir comme ça, il était si énergique avant. Il est pale, ses lèvres sont gercées et ses yeux rouges sont soulignés par d'effrayantes cernes. La douleur l'a vidé.

 "La douleur rend plus fort ..." un paquet de connerie que prône ceux qui ne l'ont jamais vécu. J'ai la preuve devant moi qu'elle ne fait que détruire. Comment se reconstruire lorsqu'on est plus rien. Comment se reconstruire lorsque notre corps n'est plus qu'un emballage vide. La peine est un parasite, elle dévore celui qu'elle habite de l'intérieur.

- Va... Valentin ?

Sa voix est hésitante, tremblante et faible. Il semble perdu. Je m'avance dans le but de rentrer et il ferme presque la porte en un geste instinctif. Heureusement je parvient à la bloquer.

- Thomas tu ne peux nous fuir toute ta vie ! Laisse moi rentrer.

Je lis de la peur dans ces yeux, il craint ce que je pourrais apprendre. Il secoue la tête et tire sur la poignée pour la fermer. S'engage alors un combat de faible. Je ne parvient pas à savoir qui va gagner et cette situation peut s'éterniser alors je lui dit ce que je sais.

- Je sais pourquoi Wankil Studio c'est terminé. Je sais que Damien était amoureux de toi et que tu le méprisais pour cela.

Mes mots lui font l'effet d'un coup de poing. Il vacille littéralement et manque de tomber. Il pâlit encore plus si cela est possible et les jointures de ses mains blanchissent tant il les sert. Sa respiration c'est considérablement accélérée, il commence à trembler. Il va faire une crise de panique ?

J'ai lâché une bombe, elle est dorénavant hors de contrôle, pour le meilleur comme pour le pire.

Il est tellement perdu, complètement paniqué. Je dois agir. Je lui attrape fortement le bras.

- Respire, calme toi. Je suis pas venu te blâmer, je suis autant fautif que toi, je le savais. On va essayer de trouver une solution ensemble.

PDV Thomas

Je ne le crois pas, il veut juste me faire sombrer un peu plus, c'est un homme. Il ne vaut pas mieux que les autres, pas mieux que moi. Je tente de me dégager, je secoue mon bras mais il l'attrape encore plus fort. Je ne me contrôle plus, la colère grandi en moi. Je me sens vivant pour la première fois, je ressent enfin quelque chose. Je suis trop enivré pour comprendre qu'il ne vaut mieux rien ressentir plutôt que cette émotion destructrice. Je pers toute maîtrise.

Avant que j'aille eu le temps de réfléchir mon poing, accompagné par mon bras libre vient heurter avec l'énergie du désespoir le nez de mon ami.

La vue du sang me paralyse, elle m'abrutit autant que si c'était le mien. Qu'ai je fais ? Je titube. Il m'a lâché et je recule de quelques pas. Je regarde le sang qui goutte doucement sans comprendre. J'ai toujours mis un point d'honneur à garder un minimum de maîtrise, même dans l'horreur. Je hais perdre contrôle.

La situation est irréelle. Comme tous ces derniers mois... Je ne parviens pas à y voir clair mais je comprends pourtant que j'ai laisser ma vie m'échapper, que j'ai totalement perdu pied.

Le sang qui coule toujours en formant une petite flaque au sol me renvoie mon reflet illuminé d'une teinte néfaste.

Passé, présent et futur se mélange dans mon esprit pour ne former qu'une idée confuse qui vient s'imposer comme une évidence.

Damien.

*****

Voilà le chapitre. Alors oui il est plus long, mais je ne me voyais pas couper autrement.

C'est la fin de la première partie.

Il y aura probablement pas de chapitre avant une semaine et demi ou deux. Je vais en Italie et je n'aurais pas de connexion, après peut-être que je vous publierais un chapitre avant de partir, ce sera selon mes envies (je pars dimanche).

Voilà, profitez bien de vos vacances !

Bref,
A bientôt

Un peu trop tardOù les histoires vivent. Découvrez maintenant