Chapitre 2 : - La mission -

309 45 20
                                    

8h 50, je finis mon café, enfonce mon flingue dans son holster et enfile mon sweat, mon blouson en cuir par-dessus. Je suis à la bourre mais rien à foutre, c'est pas miss Police Nationale qui va me mettre la pression. Il faut que je passe un coup de fil à mon chef à la BRP pour éclaircir cette histoire et lui demander de me rapatrier au plus vite.
Je prends mes clefs, mes clopes, fulmine en réalisant que ma bagnole est restée à Pakita. Mon casque sous le bras, je claque la porte. Assis sur ma bécane, j'allume une clope et appelle la brigade.
— Salut, Marc, passe-moi le chef magne-toi !
Ma cigarette plantée entre les lèvres, j'attends.
— Bonjour, jaylie, je suppose que tu as été mis au courant.
— C'est le moins qu'on puisse dire ! Putain, c'est quoi ce bordel, Russel!Je ne veux pas travailler pour ces tocards, alors sors-moi de ce merdier !
— Je suis désolé ! Je ne peux rien faire, les ordres viennent de plus haut. Crois-moi, ça me fait chier !
— Pas autant que moi !
— Écoute, tu finis ta mission et après on avise ! C'est intéressant pour toi, pour ta carrière.
— Ouais c'est ça, sors-moi ton baratin de fonctionnaire. C'est quoi, cette mission ?
— Je n'en sais rien...
Je balance ma clope, d'une humeur massacrante.
— OK... Je te laisse ! On se rappelle.
Je mets mon casque, fait rugir ma Yamaha T-Max et m'engage en zigzaguant dans la circulation yaoundéene .
Au 36, encore appelé le secteur je gare ma moto dans la cour et entre dans le poulailler. Comme un con dans l'entrée, je réalise ne connaître ni le nom ni le grade de ma nouvelle collègue. Ça m'emmerde, je me retiens de faire demi-tour.
Un visage connu me salue, je ne me souviens plus du nom de ce type mais il peut m'aider. Je l'interpelle, ne sachant pas comment lui indiquer ce que je recherche.
— Salut... Euh... tu ne sais pas où je peux trouver une grande brune qui travaille ici ? Lieutenant ou capitaine ?
— Alors, le Ruskoff, on vient chasser dans nos effectifs ? dit-il en se marrant.
Quel abruti ! Au moins, il se rappelle de moi et du surnom que tout le monde me donne. Ça m'agace, je ne suis pas russe mais canadien d origine camerounaise. Rien n'y fait, quand ils te collent une étiquette, c'est mort.
— Ouais... Balance l'info, je suis pressé.
— Il y en a pas mal des brunes. Si tu dois toutes les faire, tu vas y passer la journée, balance-t-il en se grattant la tête.
Putain, il n'arrange pas mon humeur.
— Je ne sais pas. Une brune, plutôt bonne avec un...
— ... beau cul ! Oui, c'est Manuella , je pense. Continue jusqu'à l'avant-dernier étage, elle doit être en salle de réunion. T'es un veinard.
Pas vraiment ! Je me passerais bien de ce genre de rencard. Je le laisse finir tout seul, entame ma montée, longe le couloir et l'aperçois dans une salle, assise sur une table. Je m'avance. Tous les regards se tournent vers moi. Deux types, kira, une petite blonde et Jelem Manuella . Appuyé au chambranle, je croise les jambes en affichant mon plus beau sourire.
— Salut, la compagnie !
— Vous êtes en retard ! rétorque froidement Miss Monde en me fusillant du regard.
— Je me suis perdu dans les étages et vous aviez oublié de me préciser votre petit nom.
— Je vous présente le lieutenant jaylie kn, il nous vient tout droit de la BRP et va infiltrer le groupe thérapeutique. Vous allez voir, il est charmant ! dit-elle en reportant son attention moqueuse sur son auditoire.
Elle se lève, m'invite à la suivre. Tout en marchant derrière elle, je profite du spectacle. Habillée comme hier, seul le T-shirt blanc est devenu noir. Ses cheveux sont relevés en queue de cheval et l'envie de tirer dessus me démange.
Elle ouvre une porte sur laquelle une inscription indique : « Capitaine Jelem manoue Croft ». OK, c'est ma supérieure, il n'y a plus de doute. Je calme mes velléités de décoiffage, entre et m'installe sagement sur une chaise. Elle s'assied derrière son bureau où s'amoncelle un tas de paperasse, m'observe un temps : je lui souris.
kn, j'imagine que vous êtes impatient de savoir en quoi va consister votre nouveau job ?
— On peut dire ça comme ça.
— Vous allez devoir intégrer un groupe de parole dans un centre psychologique, reprend-elle, le sourire aux lèvres.
Putain, ce n'est pas trop tôt ! Elle se déride.
— Comme patient ou comme psy ?
— Comme patient. Sinon nous aurions choisi quelqu'un d'autre ! s'exclame-t-elle en riant franchement.
Elle n'a pas vraiment tort, en plus je ne peux pas les encadrer, ces suceurs de cerveau.
— Quel genre de groupe ?
Son silence m'inquiète. Putain, ils vont m'envoyer chez les tarés !
— Un groupe pour des personnes qui souffrent de leurs pratiques ou addictions sexuelles.
Le souffle coupé, je n'ose pas imaginer ma tête en la voyant hausser les sourcils et se mordre la joue pour ne pas s'étouffer de rire. J'inspire profondément et me pince l'arête du nez pour me calmer.
— Attendez... vous me demandez de me faire passer pour un putain de pervers ? Non, pas possible, jouer les pédophiles, les violeurs ou je ne sais quoi d'autre, c'est trop pour moi ! Je vais leur défoncer la gueule dès qu'ils vont ouvrir la bouche. À la BRP, j'en ai vu des putes amochées par leurs soins, je vais faire un massacre !
Elle reprend son sérieux.
jaylie, détendez-vous. Ce sont juste des personnes qui veulent parler de leur sexualité qu'ils jugent eux-mêmes difficile à vivre, car envahissante ou trop particulière. Il n'y a rien de dangereux ou d'interdit dans leurs comportements. S'ils sont dans ce groupe, c'est de leur plein gré : ils sont inoffensifs.
— Alors pourquoi m'envoyer chez ces cinglés si c'est une réunion Carrée de malades ?
— Pour ça, répond-elle en étalant des clichés devant moi.
J'observe attentivement les photos d'un type bien refroidi dont les parties génitales ont été arrachées et enfoncées au fond de sa gorge. C'est dégueulasse, mais je ne peux m'empêcher de sourire. Il faut détendre l'ambiance et mon humeur s'arrange.
— Je ne sais pas ce qu'il a pu faire, ce gars-là, mais on lui a littéralement fait bouffer ses couilles !
Elle marque un temps d'arrêt et me scrute. La capitaine ne semble pas accrocher avec mon humour.
kn, ce gars-là comme vous dites, était un patient du groupe. Il souffrait de masturbation compulsive. On l'a retrouvé chez lui et tout nous laisse penser que ce n'est que le premier d'une longue liste.
Je me retiens de ne pas partir dans une crise de fou rire.
— Vous êtes à la recherche d'un malade mental qui zigouille tous les adeptes de la masturbation. Non, mais sérieusement, il va y avoir une extermination de la gent masculine !
— Un deuxième patient a été tué, il y a une semaine : c'est une femme. On l'a retrouvée dans sa baignoire, étranglée par son tuyau de douche. Elle était sex addict et en souffrance.
Ça y est, c'est parti, j'éclate de rire.Cette affaire commence à me plaire. Il faut que je me calme car je vois bien qu'elle perd patience. Je souffle, retire mon blouson et sors mon paquet de clopes. Je lui en propose une, qu'elle accepte.
— Nous pensons que le tueur côtoie ses victimes dans l'espace thérapeutique et vous allez devoir nous aider à le trouver en y participant.
Oh, la vache, je sens que je vais m'éclater !
— OK... et moi, j'arrive dans ce groupe avec quel problème précisément ?
— LOL !Votre interpellation d'hier soir a facilité la création de votre personnage. Vous êtes atteint de masturbation compulsive et cela commence à vous poser un problème à cause de votre arrestation ; de plus, cela vous coûte cher en appels érotiques surtaxés, débite-t-elle avec un sourire en coin.
Je n'ai plus du tout envie de me marrer.
— Vous m'avez collé sur écoute ?
Ça me rend dingue qu'on fouille dans ma vie. Elle détourne le regard, gênée.
— Je ne connais pas vos penchants sexuels et j'en ai rien à foutre. Mais vous êtes parfait pour le rôle.
En effet, vu comme ça, j'ai le profil idéal.
— Votre expérience à la BRP nous intéresse aussi car beaucoup assouvissent leurs pulsions en ayant recours à la prostitution. Kn, on compte sur vous.
Ouais, c'est ça, passe-moi de la pommade, tente de m'amadouer. Mais elle ne pense tout de même pas...
— Sérieusement, vous ne croyez pas que j'ai réellement des problèmes ?
— Ce que je pense n'est pas important ! L'essentiel, c'est que la psy vous accepte dans le groupe et cela ne devrait pas être trop difficile, car vous êtes assez convaincant.
C'est plié, elle me prend pour un obsédé de ma queue et, malgré son sourire, je ne suis pas certain qu'elle trouve ça séduisant. Je dirais même qu'elle en profite pour se foutre ouvertement de ma gueule. Elle veut que je joue les obsédés, eh bien, allons-y ! Elle va jouer avec moi avant la fin de cette mission, j'en fais mon défi perso.
— Pas de problème. La psy va m'adorer. On commence quand ?
Surprise par mon attitude conciliante, elle se détend.
— Très bien... je suis ravie. Le groupe se réunit tous les jeudis, associé à un entretien individuel avec la psy tous les mardis. Vous avez rendez-vous demain à 14 heures pour demander votre intégration à la thérapie. Plus question pour vous de venir ici, vous resterez évidemment en contact avec l'équipe mais nous ne pourrons nous voir que dans la confidentialité. À partir de demain, vous n'êtes plus dans la police, vous vous êtes fait virer à cause de votre penchant et de votre arrestation. Je suis désolée pour hier, mais c'était nécessaire pour votre couverture.
J'écoute son monologue en l'observant attentivement. Cette enquête l'emballe, je perçois son excitation, l'agitation dans son cerveau de flic. Je me perds dans la contemplation de sa bouche, de ses yeux bleus, de sa main qui repousse délicatement des mèches de cheveux derrière ses oreilles.
kn ! Vous m'écoutez ?
Je sursaute. Putain , jaylie , concentre-toi ! Demain tu es lâché tout seul dans un groupe avec des cinglés du cul, une psy et un psychopathe. Putain de cocktail.
— Ouais... La psy, elle ne peut pas nous aider ?
— Concentrez-vous ! Pour votre sécurité, personne ne doit être au courant. Vous êtes notre seul appui : il va falloir vous rapprocher de tous les patients mais aussi du personnel soignant, dit-elle en me regardant, dépitée par mon intervention.
Je la fixe avec intensité : elle cligne des yeux. Ah, je progresse ! Je me penche et pose mes avant-bras sur le bureau.
— Je vais devoir me rapprocher ? Vu le profil de vainqueur des participants, ça risque d'être chaud. Ça va finir en partouze.
Elle recule légèrement sur son siège mais ne me lâche pas du regard. Eh oui, ma beauté, tu vas vite te rendre compte que je ne fais pas que me branler.
kn, vous utilisez les méthodes que vous voulez. Tapez-vous l'ensemble du groupe si vous jugez que c'est opportun, mais n'oubliez pas que vous devrez me faire un rapport détaillé de tous vos faits et gestes.
Je souffle la fumée de ma clope.
— Ça va vous plaire. On va bien se marrer en débrief, tous les deux !

                                         ________________
                   3ème  partie . Qu'en pensez vous?
                   Merci de voter .
                          ________________
                       
                                    Voter
                                Commenter

Jaylie murder&sex[En ECriture]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant