Lundi Matin, dix heures. Je n'ai pas échangé un seul mot avec Paul hier. Dans la voiture et à l'église, il est resté silencieux. Je n'aime pas qu'il se ferme comme ça. Nous nous sommes déjà disputés, mille fois même. Mais là est le problème :cette fois, il n'y a pas eu de dispute. Juste un échange de regards,et puis plus rien. Le silence. Assise dans mon lit, mon ordinateur posé sur les genoux, je me met à réfléchir à une solution. J'attrape mon téléphone et je le déverrouille. Je regarde mon fond d'écran avant de le jeter parmi les draps. Je pousse un soupir.- Adam ?
Mon frère répond. Seule une fine cloison sépare nos deux chambres, et nos lits sont dos à dos. De cette façon, nous pouvons avoir une conversation quand nous nous apprêtons à dormir, sans avoir à réveiller tout le monde.
- J'ai besoin de toi.
J'entends le bruit de ses draps qui se froissent et je le devine s'asseoir pour enfiler ses chaussons. Ils sont horribles, vieux, tâchés et la tête de Bart Simpson imprimée dessus a perdu ses yeux, mais Adam adore les porter. Je suis le son de ses pas traînants dans le couloir jusqu'à la porte de ma chambre. Il entre sans frapper, marche jusqu'à mon lit et s'allonge à coté de moi, sur le dos. Je ferme mon ordinateur avant de le poser sur ma table de nuit.
- Il s'est passé quoi ? C'est Paul ?
J'oubliais que mon frère lisait en moi comme dans un livre ouvert quand il s'agit de mes préoccupations. Je soupire longuement et je passe la main dans ses cheveux.
- Je crois qu'il est fâché contre moi, mais je ne suis pas sûre de comprendre pourquoi.
Il lève légèrement la tête vers moi et me regarde,intrigué. Lui aussi connaît la technique du « si je sors un mot, tu ne me diras rien ». Ça m'ennuie d'être aussi facile à décrypter. Alors je lui raconte tout, May, la rupture, les objets dans le coffre de la voiture, le regard pendant le trajet du retour.Je lui parle aussi de la sieste qu'on a fait ensemble avant d'aller au bar et de sa déclaration par rapport à mon acte irréfléchi de l'année dernière. Je lui dis que je ne comprend pas ce qui le pousse à me faire la tête comme ça. D'habitude, on se crie dessus,on se dit ce qui nous embête et le lendemain c'est passé. Mais là,vraiment, sa réaction est un mystère.
- Tu n'as pas la sensation d'être le nombril du monde Maddison ?
Il fixe mon plafond. Je ne répond pas. Je fronce les sourcils pour comprendre ce qu'il essaie de me dire.
- Je veux dire, tu n'as pas remarqué il n'a parlé à personne depuis qu'on est sortis du Midnight ? Que tu n'avais peut-être rien à voir avec son état ? Ça t'es venu à l'idée qu'il était peut être juste triste d'avoir quitté May ?
- Non.
C'est vrai, je n'avais pas vu les choses sous cet angle. Il se retourne sur le ventre et cale son menton sur sa main.
- Il est resté deux ans avec cette fille. Personne n'a jamais compris pourquoi mais eux ils se comprenaient. Ils avaient ce lien qui les unissait et couper ça du jour au lendemain n'a pas dû être facile. Imagine combien il doit se sentir seul. Ne me regarde pas comme ça Maddison, reconnais le, on a été des potes terribles sur ce coup. On ne l'a jamais conseillé pour cette relation, jamais encouragé, jamais découragé. Leur couple c'était eux contre le reste du monde et là, même si je suis presque sûr qu'effectivement, il ne l'aime plus, le vide qu'il a créé en la repoussant une dernière fois doit lui laisser un goût amer.
Je suis soufflée. Ce que vient de me dire Adam est juste... Juste. Le silence de Paul est totalement justifié.
- Et comment tu penses qu'on peut l'aider à aller mieux ?
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Soixante Nuits
Random"Maddison ? Si Harry Potter était mort au milieu du bouquin, tu crois que Ginny Weasley aurait quand même eu sa fin heureuse ? Levant la tête de ses papiers de demande de passeport, elle fronça les sourcils et regarda son frère jumeau. - Bien sûr...