Chapitre VI

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Mon mentor et moi discutions beaucoup ensemble, je lui racontais mon enfance et il me racontait quelques anecdotes sur sa vie passée. Il restait pourtant toujours évasif sur la raison qui l'avait poussé à venir trouver refuge dans cette cabane perdue dans la forêt. Il était particulièrement instruit, preuve qu'il avait dû bénéficier d'une très bonne éducation, ses parents devaient donc être des personnages importants pour qu'il ait eu ce traitement de faveur réservé aux nobles en temps normal.

Évidemment, je respectais son silence dans ce domaine, je me disais que quand il souhaiterait m'en parler, il le ferait. Mais je suis de nature particulièrement curieuse, alors j'essayais de faire des déductions à partir de ce qu'il daignait me raconter de lui, par rapport à ce qu'il possédait, par rapport aux nombreux parchemins rangés soigneusement dans un coin de la chaumière. Il avait d'ailleurs aménagé celle-ci comme un lieu d'étude avec un bureau, des casiers qui abritaient ses encres, ses plumes, ses vélins vierges et toutes sortes d'autres articles que je suspectais devoir servir à quelques expériences qui me restaient bien obscures. Je commençais à lire certains de ses parchemins, mais ils s'avéraient être nettement plus complexes que les herbiers, et le déchiffrage de toutes ces lettres collées les unes aux autres, me prenait énormément de temps.

Beaucoup de ces documents représentaient des cartes de la région et de bien d'autres.

Devant mon regard interrogateur, il commença également à me les expliquer, à me raconter un peu l'histoire de notre comté. Il me narrait ces histoires le soir devant la cheminée avec une bonne tasse de tisane dans les mains. Je buvais littéralement ses paroles, ce sont comme les contes qu'on ne m'a jamais raconté lorsque j'étais enfant, tel qu'on le fait dans les familles « normales », et plus il m'en racontait, plus je me rendais compte de l'étendue de mon ignorance, j'en avais presque plus honte que de mon ancien corps.

– Vous voyez, il y a de nombreux autres royaumes sur cette carte. Ici vous avez le royaume de Prosperia qui comme son nom l'indique est un royaume particulièrement prospère, tout y pousse et plusieurs récoltes peuvent être faites par année. On le considère un peu comme le grenier de tous les autres royaumes, c'est pourquoi ils ont des accords commerciaux avec chacun et des chartes interdisant toute attaque. De l'autre côté de notre royaume vous avez celui des Aaroxes, les prêtres et prêtresses d'Aaro. À l'est de ce royaume vous en avez un très particulier, il est scindé en deux avec d'un côté les femmes et de l'autre les hommes. Les hommes sont les guerriers Buskits et les femmes sont les Thémixyras.

En entendant parler des prêtresses d'Aaro, les propos de mes parents adoptifs me revinrent en mémoire, je ne pus me retenir de lui poser les questions sans réponses que j'avais depuis si longtemps.

– Un jour j'ai surpris une discussion entre Alkar et Devia, ils disaient que j'aurais dû aller chez les Aaroxes, mais que quelqu'un les avait payés pour qu'ils me gardent chez eux. Pourquoi aurais-je dû y aller ?

– Parce que vous êtes orpheline. Tous les enfants orphelins de Constelaria y sont envoyés afin de devenir des prêtres ou prêtresses Aaroxes.

– Alors pourquoi quelqu'un aurait payé mes parents pour que je n'y aille pas ?

– Je vous avoue que je ne le sais pas. Seuls vos parents pourraient répondre à cette question, je suis désolé. En tout cas ça fait de vous une exception.

– À vrai dire, je ne suis pas trop tentée d'y retourner pour la leur poser. Peut-être plus tard quand tout ça se sera tassé, que je leur en voudrai moins pour tout ce qu'ils m'ont fait et surtout que je ne risquerai pas de retomber dans les griffes de Riskar.

Le fait de devoir évoquer le nom de mon mari fit affluer tant de souvenirs que la tête me tourna. Je me dépêchai de changer de sujet.

La particularité de vie des Buskits et des Thémixyras avait retenue mon attention quand il l'avait évoquée juste avant, aussi je choisis d'orienter la conversation sur eux, j'avais besoin d'en savoir plus.

Astria Tome I MétamorphoseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant