Chapitre 4

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DAMIEN

Est-ce possible de faire un burn-out vingt-quatre heures après avoir commencé un nouveau travail ? Simple curiosité de ma part. En tout cas, si je ne suis pas en plein épuisement professionnel, j'en ai tout de même déjà ma claque de ce job. J'ai beau me répéter que je devrais être heureux d'avoir simplement un boulot, mon pouvoir de persuasion est si bas que je ne parviens même pas à me convaincre moi-même.

Quand Stéphanie me proposa qu'on ouvre un café ensemble, je fis semblant de m'enthousiasmer pour lui faire plaisir. Après tout, barista, ce n'était pas tout à fait le choix de carrière rêvé pour un phobique social tel que moi. Mais pour être honnête, ce ne fut pas si laborieux que prévu de bosser dans ce café. Je me trouvais en compagnie de Stéphanie du matin au soir et ça, c'était cool. Peut-être que j'ai été trop amoureux d'elle ? Trop collant ? Trop gentil ? Allez savoir. En attendant, j'aimerais comprendre à quel moment le monde est parti en couille pour que le mot gentil soit devenu péjoratif.

Tout ça pour dire que travailler au café me manque. Steph me manque. Mince, toute mon ancienne vie me manque.

Tout en soupirant, je continue de classer mes dossiers dans cette petite pièce où la clim mal réglée me souffle dans la nuque, risquant de me provoquer un torticolis avant la fin de la journée. Sans parler de ce néon qui clignote, ce qui m'énerve tellement que ma paupière gauche tressaute en rythme. Une fois que j'ai fini mon classement, je sors de la pièce tout en me disant que j'ai bien mérité un café avant d'attaquer la suite de mes tâches. Quand je traverse l'open-space pour me rendre dans le réfectoire, aucun de mes nouveaux collègues ne m'adressent un regard. Je n'ai eu droit qu'à des bonjours froids ce matin. En même temps, je n'ai rien fait pour entamer la conversation moi non plus. Mais de quoi est-ce que je pourrais leur parler ? J'ignore toujours comment m'y prendre pour sociabiliser. De toute manière, je ne pense pas que ça m'intéresse de les connaître.

Alors que j'introduis une pièce de vingt centimes dans la machine qui me sert dans un gobelet en plastique un liquide brunâtre qui tient plus du jus de chaussettes que du café, j'essaie de positiver. De réfléchir à ce que je pourrais faire après le boulot. C'est de ça dont j'ai besoin pour aller de l'avant : trouver une routine qui me plaît et m'y tenir. Hélas, à part aller au sport et téléphoner à ma sœur, je n'ai pas la moindre idée de ce que je pourrais faire. Disons que c'est mieux que rien.

Après avoir vidé mon ersatz de café, j'écrase le gobelet entre mes doigts puis le jette dans la poubelle qui déborde déjà de récipients du même genre. Quel gâchis. Cette boîte n'a donc pas entendu parler des gobelets en carton ? Des mugs réutilisables ? De l'écologie de manière générale ?

L'humeur sombre, je fais le tour de chaque bureau pour prendre les feuilles que je dois soit photocopier, soit scanner. Mes collègues me prennent même pas la peine de m'adresser un petit mot de remerciement ni même de montrer qu'ils ont conscience de mon existence. Telle est la condition d'un larbin tel que moi : effectuer les basses besognes des plus hauts placés que lui sans les déranger. Même Sébastien m'ignore, alors qu'il s'est montré si loquace hier. Est-ce que je l'ai vexé ? Quand j'y repense, c'est vrai que j'ai été plutôt désagréable avec lui. Surtout qu'il y a de forte chance qu'il ne me draguait pas mais essayait seulement de se montrer amical. Fichue incapacité à déchiffrer les codes sociaux.

— Un problème ? demande Sébastien

Je sursaute, pris sur le fait. Mes pensées m'accaparaient tellement l'esprit que je n'avais pas remarqué que j'étais en train de fixer sa nuque rasée, ni même qu'il vient de se retourner. Revenant brusquement sur terre, je fuis son regard agacé et attrape la paperasse qui m'est destiné dans son bac. Lui qui plaisantait avec moi hier paraît à présent juste irrité par ma présence. Je devrais peut-être m'excuser ? En constatant qu'il n'était pas dans le même bus que moi ce matin, difficile de dire j'ai été soulagé ou au contraire déçu.

My exception (mxm) EN CORRECTIONOù les histoires vivent. Découvrez maintenant