Chapitre 5

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DAMIEN

Boulot, sport, dodo. Ça y est, j'ai trouvé ma nouvelle routine. En deux semaines, j'estime que c'est plutôt pas mal. Certes, je me sens comme anesthésié, mais au moins je ne souffre pas non plus. Pour ainsi dire personne ne m'adresse la parole au boulot. Je m'en fiche puisque de toute manière je n'aime pas les autres êtres humains. Mieux encore, je suis parvenu à ne plus mettre les pieds au café, ni à appeler Steph, ni même à espionner son profil Facebook. Il faut dire qu'elle m'a facilité la tâche en me supprimant de sa liste d'ami. Pour être franc, quand j'ai constaté qu'elle avait osé faire une chose pareille, j'ai tellement fulminé que j'ai failli me précipiter chez elle pour lui demander des explications. J'ai cependant fini par me raisonner, convaincu que ce n'est pas en pleurnichant pour des gamineries que je vais la récupérer.

Aujourd'hui, nous entamons une nouvelle semaine. Contrairement aux trois lundi précédents, je me sens moins déprimé. Et je refuse de croire que c'est parce que Sébastien est assis à côté de moi dans le bus qui nous conduit au boulot. Il s'y trouve environ un jour sur deux. On discute à peine, ce qui ne change pas du reste de la journée puisqu'au bureau, on ne se parle que pour le boulot. C'est bête, mais j'ai appris à apprécier ces moments avec lui, dans le bus. Sa présence me rassure d'une certaine manière, je ne saurais même pas expliquer laquelle. J'ai beau essayer, je n'arrive pas à comprendre ce type. Ou plutôt, je n'arrive pas à comprendre mes sentiments vis-à-vis de lui. Je ne suis pas du genre à me faire facilement des amis, pourtant est-ce ça que j'attends de lui ? Qu'il devienne mon ami ? En tout cas, même si j'aimerais me montrer plus sympa, je ne sais jamais comment entamer nos rares conversations. C'est toujours lui qui est obligé de s'en charger.

Du coin de l'œil, je remarque qu'il a tourné la tête vers moi. Je lui jette un bref regard, parce que je n'apprécie pas ce que je ressens quand je fixe trop longtemps son visage. Yeux en amande, peau matte, pommettes hautes, nez court, joues creuses, lèvres fines. Beaucoup trop d'informations pour mon cerveau.

— Alors, tu commences à apprécier ton nouveau boulot ? demande-t-il.

Je garde mon attention rivée au dehors.

— Super.

Il ricane.

— J'ai compris que tu n'aimes pas parler et que tu n'as pas envie de te mêler au reste du bureau. Mais si tu changes d'avis, je suis dispo, OK ?

Continuant obstinément de l'ignorer, je hoche la tête. Je viens de réaliser qu'on est passé devant le café de Steph et que j'ai à peine tiqué. Sébastien bouge légèrement. Aussitôt, je me colle du côté de la vitre pour éviter de le frôler. Je déteste le toucher, ça me gêne. Déjà que j'apprécie modérément les contacts humains, avec lui c'est cent fois pire.

— OK, je vois, fait-il. Je t'en prie, ça me fait plaisir d'essayer de t'aider.

Ce sarcasme a le mérite de me dérider et cette fois, je m'oblige à le regarder pour avouer :

— Je suis désolé, je... J'ai toujours eu du mal à m'intégrer.

Il pince les lèvres en secouant doucement la tête.

— J'avais compris, c'est pour cette raison que je te propose mon aide.

M'obligeant à ne pas ciller, je rétorque :

— Merci.

Un petit sourire agaçant nait au coin de ses lèvres, puis il croise les bras et s'avachit sur le siège. Il se tourne ensuite vers le couloir du bus tout en marmonnant :

— Pas de quoi.

Son genou effleure ma cuisse, alors je me resserre davantage contre la vitre. Quand nous descendons du bus, je m'oblige à regarder droit devant moi pour ne le détailler. Afin d'éviter de terminer toutes les pensées que mon cerveau commence, je me répète comme un mantra que je ne suis pas gay. Je ne suis pas gay. Je ne suis pas gay. Et encore moins attiré par ce mec.

My exception (mxm) EN CORRECTIONOù les histoires vivent. Découvrez maintenant