Chapitre 9

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SÉBASTIEN

Je ne suis pas parfait. Je ne l'ai jamais été. Entre autre, je souffre de petites addictions comme le sucre, l'herbe ou le sexe. Sans compter mon franc-parler et mon langage de charretier qui ne sont pas au goût de tous. Mais sécher le boulot en feignant être malade, ce n'est pas mon style. Pourtant, c'est ce que je fais aujourd'hui. Quand, hier, Sam m'a expliqué avoir pris congé ce mardi pour rester auprès de Milo qui n'est pas en forme et m'a proposé de passer chez lui à ce moment-là, je n'ai pas hésité une seconde. Hendrix est soit crédule soit confiant, car il ne m'a pas remis en question quand je lui ai dit que j'allais rester un jour de plus chez moi car mon estomac était toujours patraque.

Et franchement, parfois ça vaut la peine de franchir ses propres règles. Pour l'instant, je suis détendu, alors que je discute avec mon neveu et mon meilleur ami. Milo a trente-neuf de température mais hormis son regard brillant, il n'a pas l'air si accablé que ça. La force de ces gamins ! Perso, au-delà de trente-huit de fièvre, j'ai l'impression que je vais passer l'arme à gauche. En tout cas, je suis fier de lui : il joue avec la figurine Batman que je lui ai offert.

— Alors, lui dis-je, finalement tu as décidé d'admettre que Batman est plus cool que Superman ?

— Oui il est super cool ! Mais Superman est quand même plus fort.

— Je ne crois pas, non.

Sam intervient :

— Excuse-moi de te contredire mais là, je rejoins mon fils. Superman est un extraterrestre hyper balaise que même surentrainé, Batman ne pourra jamais dépasser.

— Pff, vous n'y connaissez rien.

Je croise les bras en secouant la tête d'un air dépité, mais en vérité je ne suis plus senti aussi bien depuis samedi soir. Ce genre de discussion, c'est précisément ce dont j'avais besoin pour me changer les idées. Je me lève pour me diriger vers l'ordinateur de mon ami.

— Allez, on va se regarder quelques comics et on en reparlera après.

Je vais poser l'ordinateur sur la table basse puis nous nous installons sur le canapé pour regarder quelques épisodes. Au bout du troisième, Milo s'est assoupi contre l'épaule de son père, la bouche grande ouverte, ronflant même un peu. Comme quoi, il est tout de même sonné par sa maladie. J'avoue que ça me rassure.

Sam et moi terminons l'épisode puis nous nous levons pour que mon ami puisse coucher son fils sur le canapé, avant de le couvrir d'un plaid. Pensif, je regarde le petit dormir, ses cheveux châtains lui mangeant une partie du visage. Ma sœur aime qu'il les porte longs, même si on le confond parfois avec une fille. Il faut dire qu'il a hérité des traits fins de notre famille, même s'il possède aussi les cheveux et les yeux clairs de Sam, ainsi que sa fossette au menton. Je me demande quel effet ça fait d'avoir créé un mini-soi. Ça doit être un sentiment plutôt gratifiant, une sorte d'accomplissement. Hélas, il est plus que probable que je ne le saurais jamais.

Le moral tout à coup plus bas que terre, je marche jusqu'à la fenêtre par laquelle je regarde sans les voir les voitures qui passent sur la route. J'entends Sam s'approcher mais je ne bouge pas.

— Ça va ? demande-t-il.

Comme je n'ai pas envie de mentir, je réponds :

— Pas trop.

À ma grande honte, je sens tout à coup les larmes me monter aux yeux et mes lèvres trembloter. Alors je porte une main à ma bouche en fermant les yeux pour ne pas éclater en sanglots devant mon meilleur pote. Sans faire de commentaire, Sam me propose qu'on aille discuter dans la cuisine pour ne pas réveiller Milo. J'acquiesce et me force à ravaler ma tristesse tandis que je le suis.

My exception (mxm) EN CORRECTIONOù les histoires vivent. Découvrez maintenant