Chapitre 7- La fin du voyage

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Sur le Voguant, une heure après le départ de Xiè, dans le bureau de Malo.

-Caelis est dans sa cabine ?

-Oui Carol. Je pense qu'il dort.

-Je suis heureuse qu'il se soit fait une amie. Tu sais, je m'inquiète pour lui. Il est très...solitaire. 

Malo se leva, s'approcha de sa femme qui était assise à son bureau. Il posa ses mains sur ses épaules, et lui sourit. 

-  Je sais que tu es inquiète. Mais il a toujours été comme ça, souviens toi. C'est dans son caractère.

-Je sais. Mais je me sens coupable, parfois je me demande si nous aurions dû le laisser à une nourrice, dans une cité. Je me demande si nous avons été trop égoïstes, en voulant le garder auprès nous. 

- Carol, nous avons fait le meilleur choix pour lui, et pour nous. Il aurait grandi avec des personnes qui ne connaissent rien de son histoire. 

-Et nous n'aurions jamais eu l'esprit tranquille, le sachant si loin de nous sans réellement savoir ce qu'il lui arrivait...Oui, c'était le meilleur choix. Mais les doutes ne me quitterons jamais, tu le sais, dit-elle en souriant doucement. 

-Surtout depuis que nous sommes coincés là, continua t-elle. Notre mission est de découvrir de nouvelles terres, pour que les hommes puissent vivre de nouveau dessus. Nous parcourons les océans depuis si longtemps, et que trouvons nous ? Des indices, seulement des indices. Je suis lasse de ne rien trouver de concret, et je sais que tu l'es autant que moi. Et maintenant que nous ne trouvons plus rien, nos alliés nous lâchent. On ne peut même pas leur en vouloir, qui supporterai des voyages aussi longs et coûteux, basé sur des légendes et de vieux indices ? Nous ne pouvons plus continuer. Nous ne pouvons pas.

Malo regarda sa femme. Ce n'était pas la première fois qu'ils abordaient le sujet, loin de là. Et elle disait vrai. Quand ils étaient partis en mer pour leurs premiers voyages, les habitants des cités les acclamaient. Tous les regardaient avec envie et espoir, souhaitant bonne chance à ceux qui trouverai des terres nouvelles. Tous les aidaient, en donnant des réserves de nourriture pour les voyages, en réparant tel ou tel pièce de la machinerie. Les voiles étaient faîtes des plumes tressées, un cadeau de la cité d'Aquatea. C'était des pièces de luxe, que Malo et Carol n'auraient pu se procurer seuls, par manque de moyens. Les arbres étaient eux dorlotés à chacune de leur escale, taillés, arrosés...

Mais les gens, las d'attendre, avaient cessé au fur et à mesure de les aider, de leur faire des cadeaux. Et maintenant, le Voguant se trouvait dans un piteux état. Si il semblait toujours aussi beau et majestueux de loin, on changeait vite d'avis quand on s'attardait sur ces voiles, trouées et rapiécées des milliers de fois ou encore sur les arbres, dont les feuilles commençaient lentement mais sûrement à flétrir. 

-Tu as raison, dit-il alors à sa femme. Nous ne pouvons pas nous risquer en mer sans de solides réserves, ni même sans avoir remplacer les voiles, de la machinerie ou des arbres. Nous risquerions de tout perdre... Demain, j'irai demander une place fixe pour amarrer le Voguant ici, à Aquatea. Nous continuerons de vivre dedans, de toute façon. 

Carol sourit tristement. Elle hocha la tête, puis se leva. Elle partit se couchée, les larmes aux yeux. Elle avait tant espérer que cette aventure continue, mais voilà que ses rêves se brisaient. Quand elle sortit de la cabine, elle ne fit pas attention à l'ombre cachée derrière un tas de cordage. 

L'ombre se leva silencieusement dès que Carol fut loin, et fila en haut du plus grand des arbres. Caelis, les pieds dans le vide, retenait difficilement sa rage. Il était aller vers le bureau des ses parents pour leur souhaiter bonne nuit et leur demander ce qu'ils pensaient de Xiè, heureux de s'être fait une amie. Mais il avait entendu son nom, et n'avait pu s'empêcher d'écouter en secret se que ses parents disaient de lui. 

Il ne savait pas si il aurait préféré ou non entendre cette conversation. Il s'était d'abord sentit blessé quand Carol avait exprimer ses doutes sur son adoption, mais ce sentiment c'était vite dissipé quand il avait compris que Malo et Carol ne comptaient pas reprendre la mer. 

Il se doutais depuis trois ou quatre ans déjà que l'aventure s'essoufflait, les recherches étaient de moins en moins poussées, les escales dans les ports de plus en plus longues. Mais jamais il n'aurait pu envisager, ni même imaginer que leurs voyages s'arrêtent. C'était tout simplement impossible. 

L'esprit confus et soucieux, Caelis fit des rêves agités toute la nuit.


Les Terres PerduesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant