Quinze août 2095, vingt heures trente. Solvaï hurlait, frappait contre la porte aussi fort qu'elle le pouvait, mais rien n'y faisait. Elle était à l'intérieur du bunker et elle ne pouvait pas en sortir. Elle savait parfaitement qu'elle ne pouvait rien faire, à part attirer l'attention du gouvernement peut-être. Elle voyait les chiffres rouges du compteur à gauche de la porte: 5 heures, 58 minutes et 49 secondes, 48, 47, 46... Chaque seconde qui passait semblait durer plusieurs siècles. Aesta était dehors, elle courait toujours, elle était pourchassée par ces terribles soldats qui ne voulaient qu'une chose: sa mort. Et tout ça pour quoi? Pour être rentrée en contact avec un autre être humain. Solvaï se retourna et se laissa tomber contre la porte du bunker. Elle posa la Boîte à Musique à côté d'elle, serra les genoux contre sa poitrine et pleura toutes les larmes de son corps.
Elle avait envie de croire qu'Aesta s'en sortirait, qu'elle reviendrait au bunker dans six heures; mais elle savait très bien que c'était impossible. Aesta était déjà condamnée. Son cœur lui disait de hurler jusqu'à faire fuir la mort mais elle avait peur de se faire repérer par le gouvernement qui recherchait activement les criminels qui étaient rentrés en contact: Astride Felton et...? Solvaï se demanda ce qu'allait penser le gouvernement. L'Oversight était infaillible. Pourquoi n'aurait-il repérer qu'un des deux coupables?
Jamais Solvaï n'aurait cru pouvoir être aussi triste. Et là, elle éprouva un sentiment étrange, un sentiment qu'elle ne pensait pas être capable de ressentir: elle ressentait la nécessité que quelqu'un la serre dans ses bras, elle savait que ça aussi, c'était impossible. Pas de contact. La loi la plus importante au monde. Elle continua à pleurer sans pouvoir s'arrêter. Malgré la course folle à travers la forêt, elle n'était absolument pas fatiguée, c'était sûrement dû à l'adrénaline, pensa-t-elle. Elle regarda vers le compteur : 5 heures, 46 minutes et 26 secondes.
Chaque seconde était comme un couteau en plein cœur. Solvaï était séparée de sa sœur pour toujours. La jeune fille était totalement perdue : comment allait-elle faire pour résoudre l'énigme de Babka, sans personne pour l'aider, personne à qui elle pourrait se confier? Solvaï avait l'impression de sombrer dans les ténèbres les plus sombres des enfers les plus obscurs et elle ne voyait rien qui pourrait l'en faire sortir.
Elle décida d'ouvrir la boîte. Peut-être qu'elle contenait un indice, quelque chose, quelqu'un. Elle alla s'asseoir à côté de la grande table, posa la boîte et l'ouvrit prudemment, comme si un monstre allait en sortir. A l'intérieur, elle découvrit de vieilles photos d'elle avec Aesta et Kaszia avec des dates inscrites : cinq juillet 2078 ; vingt-cinq décembre 2084. C'était le dernier Noël qu'elles avaient passé dans cette maison. Elle vida la boîte entièrement.
Elle trouva un vieux journal: celui du quinze avril deux-mille-cinquante. A la une, "LES CONTACTS PHYSIQUES SONT DESORMAIS INTERDITS. Le président du Parlement International des Nations, Monsieur Ridley, a annoncé officiellement hier soir que la loi condamnant les contacts physiques entre les être humains avait été votée. Pour perpétuer notre race, tous les humains seront conçus dans le Scheffer, dispositif créé par le Professeur Henri Scheffer, enseignant à l'université de Stockholm. Tout être humain enfreignant cette nouvelle loi sera jugé puis condamné à mort dans la semaine par injection de Detaloxydeuridique, un poison mortel."
L'article continuait sur plusieurs pages. Mais rien ne semblait lui révéler la nature de l'Incident. Juste des banalités que Solvaï connaissait déjà.
Elle poursuivit ses recherches. Elle trouva des rapports de police, normalement confidentiels, dont un qui attira tout spécialement son attention: "18 décembre 2049, 14.21: Nous avons examiné aujourd'hui la réaction d'une cellule et du système neuronal sous plusieurs conditions. Nous avons pu remarquer un changement d'état critique lors d'un contact avec une cellule humaine étrangère. Nous devons donc mettre en œuvre de toute urgence un plan de sécurité contre cette nouvelle réaction. Il s'agit d'une maladie que tous les individus pourraient attraper n'importe quand. Nous devons donc interdire tous les contacts physiques, et ce le plus rapidement possible car les sujets pourraient découvrir la vérité sur certaines choses.
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CONTACT
Science Fiction2095. Un monde parfait en apparence, plus de guerre, plus de chômage, plus de famine, plus de pauvreté, plus de réchauffement climatique ou d'espèces menacées. Cependant voilà, les contacts entre les êtres humains sont interdits depuis l'Incident. ...