Chapitre 18 « Premier mois »

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-À toi de jouer Mayda !

Je sursaute en entendant Seraya me crier dessus. Elle ricane:

-Tu es souvent dans la lune en ce moment !

Je baisse les yeux sur le jeu de carte que nous avons entamé.

Ma nouvelle préceptrice, Madame Trotska m'exténue.  Nous avons peu de cours ensemble, c'est pourquoi l'intensité a largement doublé. En revanche, à l'inverse de Madame Resinska, nous ne faisons plus du tout d'histoire.J'imagine que l'ordre a été de complètement tirer un trait sur le passé.

Le nouveau roi parait trop égocentrique pour accepter que l'on s'intéresse à un autre Roi.

Il était parti depuis un mois et demi jour pour jour. Je recevais de lui chaque semaine une lettre que je m'empressais de jeter à la poubelle.
Edleen ne pouvait pas s'empêcher de les récupérer pour les placer dans le livre où je rédigeais mes mémoires.

-J'ai encore gagné, dit Seraya en ramassant les cartes. On refait une partie ?

Je lui adresse un petit sourire.

-Je crois que ça va être l'heure de ton traitement, dis-je en désignant l'horloge.

Elle bondit de sa chaise.

-Merci Mayda ! À demain.

Je la regarde s'éloigner en courant. Cette petite fille est adorable.

Elle n'a rien à voir avec les autres.

Est-elle la soeur d'Ahren ? Aux vues de sa gentillesse, sa douceur, sa bienveillance, j'en doute. Ils sont radicalement opposés.

Merkus qui nous observait dans un coin de la pièce, vient prendre sa place.

-Quel âge penses-tu qu'elle a ? demandé-je en gardant les yeux fixés sur la porte que venait d'emprunter Seraya.

-Je ne sais pas. J'ai rarement eu l'occasion de la croiser dans l'enceinte du palais. Sa vie est à demi cachée. Mais je dirais qu'elle n'a pas plus de dix ans.

-Dans un des registres familial, j'ai cru comprendre qu'elle avait neuf ans.

Je cligne des yeux pour analyser ma dernière réplique:

-Elle est si frêle, on dirait qu'elle en a  à peine six, soufflé-je.

-C'est sa maladie qui l'a rendu ainsi.

Je l'interroge du regard.

-C'est un mal que les médecins les plus expérimentés de la planète ont bien du mal à maîtriser. On ne sait même pas si un jour elle pourra en guérir. Pour l'instant, il s'agit juste de ralentir son avancée.

-Et comment s'y prennent-ils ?

-Beaucoup de médicaments, des injections et aussi ces rayons qui lui font perdre ses cheveux.

Nous sommes interrompus par une domestique qui fait irruption dans la pièce et se positionne presque à plat ventre face à moi. Je suis abasourdie par la précipitation de ses gestes.

-Votre Majesté... le duc... déclare-t-elle entre deux respirations de survie.

-Calmez-vous, reprenez votre respiration et parlez distinctement s'il vous plaît.

Elle attrape sa gorge à deux mains afin d'absorber le maximum d'air.

-Le duc de Siracias demande à vous voir.

Je me lève avec nonchalance, caractéristique de l'envie que je porte à cette entrevue.

« L'ami » d'Ahren ne fait définitivement pas parti des miens. Il a dans les mêmes âges que ce dernier et est complètement lobotomisé par les idées du nouveau roi. On dirait clairement un disciple face à son gourou.
Lorsqu'il n'était pas en train de diriger d'une main de fer le palais en suivant les ordres d'Ahren, il lui écrivait des lettres avec des dizaines de pages qui servaient de compte rendu de la journée.

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