L'heure est aux pansements !

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Tôt le matin, avant même les premiers chants du coq, les tambours raisonnèrent dans l'ensemble du village

Les villageois, tous réveillés à l'Entente de ce son particulier commençaient à se diriger un à un et ce, sans broncher vers la grande place. Aucun d'eux n'était d'humeur à entretenir une discussion car ils savaient : ce matin, le village est en deuil.

C'était la tradition dans le village. Les décès étaient annoncés non pas de bouche à oreille mais à l'aide d'un instrument, une sorte de tam-tam. Chaque événement avait sa façon particulière d'être annoncé. Et donc, le son produit à l'aide du tambour dépendait du type d'événement qui a lieu selon qu'il s'agissait de la venue au monde d'un nouvel être, de l'annonce d'une union matrimoniale ou plus mélancolique encore, l'annonce de la perte d'un être. Ce matin là, l'appel du tam-tam faisait état de cette dernière situation.

Mais qui est décédé ?

*****

En moins d'une demi-heure, la place était déjà bondée de monde. Les visages des uns et des autres témoignaient de la fatigue et du manque de sommeil qui les accablaient. Mais l'heure n'était pas à l'état physique. Ce qui importait, c'était de savoir qui venait de nous quitter ?

__Je vous prie de m'excuser mes très chè..r(e)s entama une voix un peu rauque et semi cassée

Toutes les têtes se tournèrent avec harmonie vers le milieu du cercle qu'ils avaient formé. Tout au milieu se tenait un vieil homme courbé par le poids de l'âge et s'accrochant tant bien que mal sur un bâton lui aussi courbé à force de soutenir tout ce poids.

C'était a priori le vieux Ngagne. Il était monté sur une sorte de roche pour avoir une certaine hauteur et pour ainsi mieux capter l'attention de son auditoire.

__Excusez-moi encore se répéta t-il je sais que ce n'est pas du tout évident pour vous d'être là, à cette heure après la dure et pénible journée que vous avez passé hier. Il se tut un moment pour reprendre un bout d'air avant de continuer c'est pas évident je sais mais... Comme vous le savez déjà tous, la grande faucheuse a encore frappé dans notre village. Et pire encore cette fois, elle a triplement frappé

Des Ohhh s'échappèrent de la foule complètement estomaquée par les paroles du vieux. Tout le monde était plongé dans l'émoi. On se demandait déjà qui était ou plutôt qui étaient ceux-là qui sont partis rejoindre les ancêtres

__Comme je vous le disais repris le vieux les affrontements d'hier ont eu des conséquences majeures. Il s'en est suivi le décès de Boukary, le commandeur de nos troupes qui, après une nuit entière à se battre a fini par rendre l'âme. Il se tut un petit moment sous l'effet de l'émotion peut-être. Se racla la gorge. Jeta un petit coup d'œil à la famille éplorée puis continua son speech Boukary était comme vous le savez certainement, un digne fils de ce village ! Paroles qu'il prononçait en levant le bras et pointant l'index en l'air il était dévoué et a consacré ses derniers jours à l'entraînement de nos jeunes et je peux dire que si aujourd'hui nous sommes tous saints et saufs c'est en partie grâce à lui et à son travail inestimable au profit de notre communauté.
Contrairement à Boukary qui est décédé entouré de ses proches, deux jeunes soldats Amdy le fils de Mame Ngor le forgeron du village et Diégane mon petit fils sont tombés au combat des cris s'échappèrent de la foule qui partait en vrille. La stupéfaction mais aussi la tristesse étaient à leur apogée. Le vieux qui semblait esquisser une larme qui s'échappait de son œil, malgré lui, trouva la force de continuer ils sont morts en défendant leur patrie, ils sont morts en défendant ceux qu'ils aimaient, ils sont morts dans l'honneur. Et comme on a l'habitude de le dire : Quand on est jeune, on ne meurt pas, on perd la vie ! Et ces jeunes croyez moi ont certes perdu la vie. Mais ils l'ont perdu en tant que guerriers. Rien que pour ça, ils seront à jamais martyrs dans ce village.

Un avenir étoilé..Où les histoires vivent. Découvrez maintenant