4ème Vague

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« - Je suis rentrée ! Cria une voix cristalline dans l'entrée.

La porte claqua et un bruit de sacs froissés retentit. Je descendis les escaliers en courant, sautant les deux dernières marches et alla voir maman. Elle revenait du marché, les mains chargées du repas de ce midi et des ses nouveaux tissus à coudre. C'était un peu une tradition. Tout les dimanches, elle allait au marché acheter la viande et les produits laitiers pour la semaine. Elle en profitait pour regarder les étalages de tissus et en achetait souvent quelques morceaux qu'elle ajouterait à son plaid. C'était son nouveau passe-temps. Elle avait vu ça à la télé. Une femme cousait des carrés de tissus qu'elle rembourrait de coton et elle les assemblaient les uns aux autres pour en faire un couvre lit. Maman avait crée une variante : elle n'utilisait que des tissus doux et chaud pour en faire un plaid pour l'hiver. Elle l'avait commencé il y a un an et il était presque finit. Elle disait qu'il ne manquait qu'une dizaine de carrés.

Je pris le sac de nourriture et l'amenais à la cuisine. Papa faisait cuire des pattes et une sauce à la crème. Sa spécialité. Il me prit gentiment le sac des mains et me remercia d'une caresse dans les cheveux. Je lui fis un grand sourire et retournais dans le salon. Maman s'était installée dans le canapé. Son plaid était étendus sur ses jambes et elle avait disposé ses nouveaux tissus sur la table basse, à côté de son fils à coudre, ses aiguilles et son sachet de cotons. Je vins m'installer à côté d'elle, mettant une partie de la couverture sur mes genoux et regardait ses mains habiles couper un grand carré de tissus en rectangle. Puis elle le plia en deux, prit son aiguilles avec un fil de la même couleur que le tissus et commença à coudre. Mes petites jambes battaient l'air. Ma tête était penchée sur le côté, essayant d'imprimer les mouvements machinaux qu'effectuaient les mains de ma mère. Je ne sais pour qu'elle raison ça me fascinait. Je m'étais toujours senti différent. Je ne faisait pas comme les autres petits garçon de mon âge. Je ne jouais pas au ballon, je ne construisais pas de cabane dans un arbre ou un tipi dans ma chambre avec mon père. Je ne sautais pas dans les flaques d'eau après la pluie. Rien de tout ça. Je dessinais, beaucoup. J'aidais papa à rénover des meubles ou des décorations qu'il avait déniché dans des vides greniers. Je regardais maman recoudre les vieux vêtements et y broder des lettres et des personnages pour qu'ils soient personnalisés. Parfois je l'aidais, tant bien que mal. Elle avait plusieurs boites de fils et quand elle voulait commencer un nouveau modèle, elle me donnais une feuille avec les couleurs dont elle aurait besoin et je les mettais de côté. Les fils étaient enroulés sur des petits supports en carton et chacun avait un chiffre qui lui était attribué. De cette manière, c'était plus simple de les trier dans les boites et de les retrouver. De temps en temps, mère me mettait entre ses jambes et me mettait le tissus et l'aiguille entre les mains. Et nous cousions. Je me piquais, très souvent, et à chaque fois elle me faisait un bisou magique. Ce bisou que seul les mamans savaient donner.

Aujourd'hui je la regardait, simplement. Son sourire illuminait son visage. J'aurai tant aimé hériter des ses traits doux et enfantins. Elle avait le visage d'un enfant, souriant et le regard pétillant, rempli d'innocence et de fascination. Ses petites mains étaient habiles. Elle n'était pas très grande. En ça je lui ressemblait. Nous n'avions aucune autre point commun. Ses cheveux étaient d'un blond magnifique, comme les champs de blé qui doraient au soleil. Ses yeux noisettes, tantôt vert, tantôt brun, étaient aussi grand que ceux d'un enfant à qui on annonçait qu'il allait aller à Disneyland. Elle était si belle, si douce, et je savourais chaque instant que je passais avec elle. Papa n'était pas toujours là mais je l'aimais tout autant. C'était mes parents, mon monde de douceur chaleureuse.

Papa finit par nous rejoindre et mon cocon s'agrandit encore. J'aimais ces jours-là. Quand nous étions réunis, tout les trois, heureux, et que rien ni personne ne pouvait nous atteindre. Nous étions à part mais peu importait, nous étions bien.

- Tu as trouvée de nouveaux tissus ? Les couleurs sont vraiment belle. Fit-il de sa voix douce.

- Et ils sont doux ! M'écriais-je, ce qui les fit bien rire.

- Nous allons bientôt passer à table. Va te laver les mains Ethan.

- Oui ! Dis-je en sautant du canapé.

Je courais vers la cuisine et me dépêchais de me laver les mains pour retourner avec eux au plus vite. Dans la pièce planait une bonne odeur de crème fraîche et de poulet chaud. Agréable. Je retournais dans le salon et m'arrêtais à côté de la table. Un grand sourire illumina mon visage. Papa et maman s'embrassaient ! Ça aurait dû me dégoutter, comme tous les enfants de mon âge, mais ce ne fut pas le cas. J'aimais les voir s'embrasser. Voir la douceur des doigts de papa qui caressaient le visage de maman. Leurs sourires amoureux. Leurs yeux pleins de tendresses. Papa, qui s'était penché au-dessus de maman pour pouvoir l'embrasser, se redressa et m'adressa un sourire. Je me joignis à eux et on se fit un gros câlin avant d'aller manger. J'aurai aimé que ce moment dure une éternité. Qu'il ne se finisse jamais. Que maman m'étreigne ainsi jusqu'à ce que je manque d'air.

__

- Ethan ? On doit te parler avec maman.

Nous avions commencés à manger, parlant de tout et de rien jusqu'à ce que papa dise ça. Sa voix avait beau être douce, je sentais qu'il avait une pointe d'inquiétude. Comme si il voulait me parler de quelque chose qui me plairait pas. Je me redressais sur ma chaise, fixant mon regard dans le sien. Nous avions arrêtés de manger. Maman posa une main sur la mienne et me rassura.

- Ne t'en fais pas mon chéri, tu n'as rien fait de mal.

- Eum, comment te dire..

- Gabriel, tu lui fais peur ! Ce que veux te dire papa c'est qu'on va partir tout les deux pour un week-end. Papa m'a fait un cadeau. Donc tu resteras avec tata Tamara et tonton Elvis, d'accord ?

- Entre amoureux ? Demandais-je timidement

- Oui. Répondit papa. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas retrouvé tous les deux. Ce n'est pas une punition hein ! C'est juste que parfois, les papas et les mamans veulent être un peu seuls et passer du temps ensemble, tu comprends ?

- Oui. Dis-je en baissant les yeux.

Je ne pouvais pas cacher ma déception. J'aimais beaucoup mon oncle et ma tante et je pouvais comprendre que mes parents aient besoin d'intimité, mais un week-end me paraissait trop. Je ne voulais pas être séparé d'eux aussi longtemps. Et si j'avais su que ce voyage allait briser nos, je leur aurait sûrement dit. J'aurai sûrement passé plus de temps avec eux, dans notre cocon chaleureux. Je leur aurait exprimé mes sentiments. J'aurai dit à maman combien je l'aimais. Combien je la trouvait belle, forte, gentille, élégante. Je les auraient serrés fort, très fort, avant qu'ils ne partent. Avant qu'elle ne disparaisse.

Oui, si j'avais sus que le bateau où il aurait dû passer leur week-end allait être victime d'une bombe, je les aurait rejoins. Je serais resté près d'eux. J'aurais préféré partir avec maman. »


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⏰ Dernière mise à jour : Jul 29, 2019 ⏰

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