Chapitre 4 - partie 2

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            Seule assise sous l'abris-bus, elle pouvait contempler à loisir les nouveaux arrivants qui ne faisaient même pas attention à elle. En ce moment, son frère discutait avec un couple quand un jeune homme brun à la peau mate, habillé en tout et pour tout d'une salopette, arriva. Il dit bonjour au trio, et commença à discuter avec Eric tout en regardant dans sa direction. Le plus intrigant était que de temps en temps, son frère se retourna aussi vers elle et que par moment, il se mettait à sourire. Elle, qui était relativement timide, se trouva mal à l'aise à cause de ces agissements. Elle se senti encore plus gênée, quand son frère se retourna franchement vers elle. Elle le vit ouvrir la bouche et se doutait qu'il allait l'appeler, mais aucun son ne sortit. Voyant le bagarreur arriver et se diriger vers sa sœur, Eric avait décidé de ne rien dire et de regarder la scène à venir. Par contre, le dernier arrivé, le gars avec la salopette en jean, esquiva un mouvement pour aller s'interposer entre Alicia et le jeune homme afin de prendre la défense de la sœur de son camarade, comme il l'aurait fait lui-même pour l'une de ses sœurs, mais étrangement, Eric le retint en posant une main ferme sur son bras. Il se retourna et lança un regard interrogateur au frère d'Alicia auquel celui-ci répondit par un hochement négatif de tête :

— Laisse-la faire. Elle est assez grande pour se défendre toute seule.

— Mais Bouboule est un vrai con avec les étrangers, rétorqua David.

— Comme tu le dis toi-même, Alicia est une étrangère pour lui et par conséquent, il ne s'attend pas à la réaction qu'elle aura. Si Bouboule ne sait pas comment elle va réagir, tu peux me croire quand je te dis qu'elle, par contre, connaît bien ce genre de mec. Elle est chatouilleuse et ne se laisse pas faire. Par qui que ce soit et encore moins par des Bouboules en manque d'émotions fortes.

— Tu es sûr ?

— Fais-moi confiance. Et puis, tu crois vraiment que je laisserai faire les choses si je savais qu'Ali n'était pas en mesure de se défendre toute seule ? Tu sais, elle a eu un très bon prof dans sa folle jeunesse.

— Qui, toi ?

— Rigole, mais tu vas voir que dans quelques minutes, c'est Bouboule qui ne rigolera plus et sans que personne n'intervienne.

Comme le lui avait demandé Eric, David se résigna tant bien que mal à ne pas bouger. Après tout, si quelqu'un devait s'interposer entre sa sœur et le gros balourd, c'était bien à son propre frère qu'en revenait la charge.

— Tu sais, ma poule, il n'y a pas de bus pendant les vacances, lança le fameux Bouboule.

Elle le regarda mais ne répondit rien. Frank et Olivier s'étaient retournés en direction de la jeune fille puis regardèrent Eric, l'interrogeant du regard tout comme l'avait fait David quelques minutes auparavant.

— Laissez faire, leur répondit-il.

— Alors ma poule, on a perdu sa langue ?

— C'est à moi que tu as parlé ?

— A qui d'autre, pardi ?

— C'est justement ce que je me demandais, vu qu'il n'y a pas de poule.

— C'est toi la poule, t'es idiote ou quoi ?

— Oh ! Sauf que je ne suis pas « ta poule », et que je ne t'ai rien demandé. Ok, Chéri ? dit-elle dédaigneuse.

Un sourire se dessina sur les lèvres de toutes les personnes présentes car tous savaient qui elle était. Ils étaient juste étonnés de ne pas la voir se cacher derrière son frère et de tenir tête à un tel gabarit sans la moindre hésitation.

Elle se leva pour prendre une cigarette dans la banane qu'elle avait laissé sur le ciao de son frère, mais ce qui les surprenaient vraiment, c'est que Bouboule tombe alors en panne de répliques. Mais il fallait quand même bien reconnaître, qu'il avait une adversaire de taille en face de lui. Eric était content. L'entraînement qu'il lui avait donné durant leurs incessantes querelles d'adolescents portait ses fruits.

— Eh, ça va ? Ça te prend souvent de fouiller dans les affaires des gens que tu ne connais pas, dit-il en profitant de l'occasion pour reprendre un peu la face vis-à-vis de ses copains.

Effectivement, ils étaient tous présents et avaient assisté en silence à sa mise en boite par cette fille qu'il ne connaissait pas et qui, apparemment, ne se laissait pas marcher sur les pieds. D'habitude, non seulement les filles ne lui répondaient pas mais craintives, elles prenaient le large dès qu'il commençait à les agresser. Et cette attitude l'agaçait plus que tout. Surtout devant tout le groupe, témoin de sa remise en place par une fille.

Elle passa devant lui sans même lui adresser un regard.

— Oh ! Je te parle connasse ! lui lança-t-il agressivement.

— Et bien, cesse de parler, tu me saoules.

— Hey, comment elle parle avec son accent de j'sais pas quoi !

Frank et Olivier regardèrent Alicia avec un peu d'angoisse car Sylvain n'était pas du genre à faire la différence entre fille et garçon quand il s'agissait de frapper. Ils se demandaient si elle essayait de pousser au maximum la patience du jeune homme afin que ce soit Eric qui vienne prendre sa défense ou si c'était son système de défense. Lui faire perdre patience était le meilleur moyen pour le pousser à faire le plus de gaffes possible en un minimum de temps et ce n'était pas une mauvaise méthode. Comme ils ne connaissaient pas suffisamment la jeune fille pour faire un choix entre les deux solutions, ils préféraient rester sur le qui-vive pour lui prêter main forte d'une façon ou d'une autre, en cas de besoin. De toute manière, ils connaissaient bien Sylvain et savaient que sa patience commençait à approcher de la limite.

— Tu commences à m'emmerder avec tes conneries alors retourne à l'école et fiche-moi la paix.

Il allait lui administrer une gifle mais elle réussit, sans savoir comment à attraper sa main au vol et à lui tordre le bras dans le dos après lui avoir fait faire un demi-tour sur lui-même.

— Si tu t'avises de refaire ce geste sur moi, attends-toi à être tatoué, dit-elle en montant le poing où était sa cigarette.

Frank, Olivier, David et Eric éclatèrent de rire devant le visage rouge de honte de Sylvain. Il s'était fait remettre en place verbalement et physiquement par une fille qui faisait la moitié de lui ! Quand Eric se calma, il appela sa sœur et lui passa un bras autour des épaules. Frank regarda l'adversaire d'Alicia en lui demandant :

— Alors Bouboule, on se fait avoir par une fille ?

— Qui c'est celle-là ? C'est la première fois que je la vois ici. Vous la connaissez ?

— Alors tu vois, gros. C'est pas parce que tu ne connais pas quelqu'un que personne ne le connaît, intervint Alicia.

— Hey ! Continue pas sinon...

— Sinon elle va te mettre une autre raclée, fit David en éclatant de rire.

— Pour une fois, fais marcher ton cerveau, tu ne vois pas qui c'est ?

— Non.

— Regarde-la bien et tu devrais comprendre.

— Quoi ? C'est ta copine ?

— Tu es sérieux ?

— Je sais que tu n'es pas aussi vif que tes réflexes. Quoi que, maintenant la question se pose, intervint Frank, mais quand même, tu dois savoir ouvrir les yeux, non ?

Sylvain, regarda mieux Alicia et trouva dans son visage, un air qui lui rappelait quelqu'un. Lentement, sans savoir d'où ça pouvait bien lui venir, un soupçon monta en lui. Il regarda Eric et lui dit :

— C'est... c'est ta sœur ?

— Et oui, répondit Olivier en riant.

Une vie, une renaissanceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant