Dernier souffle

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La perte de quelqu'un est toujours pire que sa propre perte.

La cave était revenue normale. La trappe menant à l'extérieur était refermée et il n'y avait plus aucune trace de toute cette histoire. Les tonneaux étaient en ordre, mais il y avait quelque chose en plus. Un mannequin de bois était assis sur l'un des barils. Il était de dos comme s'il était fâché. Au milieu de la pièce, un jeune garçon avait une corde autour du cou et ne pouvait plus respirer.

Alexandre se balançait d'avant à arrière pour attraper l'un des barils de la cave. Son cou lui faisait mal et prendre un souffle lui était impossible. La corde était très serrée et ne lui laissait aucune chance. Tel un serpent, elle lui étranglait la gorge en s'enroulant autour de celle-ci.

Dans l'ombre d'un coin, une grande forme était discernable. Son regard absent ne laissait à l'adversaire aucune chance de savoir le prochain mouvement qu'il ferait. Sa grande taille lui permettait d'avoir un angle de vue différent des autres. Sa sombre présence terrorisait les gens et tuait les plus courageux d'entre eux. Enfin, sa corde faisait regretter les plus téméraires et faisait souffrir les plus audacieux.

Rosalie regarda son ami vaciller de tous les côtés. Elle fonça droit vers lui en pensant qu'elle pouvait le soulever. Par manque de force, elle ne réussit que de le lever d'un pouce. Alexandre leva le doigt et pointa les tonneaux. Rosalie posa ses yeux dessus, mais ne comprit pas au début. Puis, le frère fit son apparition et leva l'un des barils pour le poser sous les pieds d'Alexandre. Le jeune garçon qui se balançait un peu plutôt se stabilisait à présent. Rosalie décida d'embarquer sur le tonneau et de détacher la corde du cou de son ami.

Une ombre se détachait de sa cachette, les jeunes ne l'avaient pas vu, mais Maxime comprit que la chose avait tout planifié.

- Faut partir maintenant! cria le frère.

La grande ombre se mit à bouger en direction de la sortie. Elle marchait lentement mais sûrement, chacun de ses pas étaient calculés et montrait sa supériorité en intelligence aux enfants. Au début, ils croyaient qu'elle se déplaçait pour leur bloquer la sortie, mais elle continua et arriva en face du mannequin. L'ombre ne bougeait plus, elle regardait l'être de bois et lâcha un cri grave qui fit sursauter les jeunes. Elle rugissait comme un animal en colère, mais il y avait quelque chose de plus sombre dans un cri, il y avait la voix d'un homme et celle de quelque chose qui n'est pas de ce monde. Puis, la chose avança jusqu'à toucher le mannequin, mais elle ne le touchait pas, elle le traversait. En moins de cinq secondes, elle s'était volatilisée à l'intérieur de l'être de bois.

Les jeunes, qui n'avaient toujours pas bougés, pensèrent que l'ombre avait fuit. Malheureusement, leur joie ne s'emballa pas longtemps avant que le mannequin se mit à remuer les articulations des doigts. Il prenait vie.

- Il faut partir! cria Maxime.

Le jeune garçon se rua vers l'escalier et les montèrent le plus rapidement possible. Les deux autres le suivirent de près, mais Rosalie s'arrêta à mi-chemin dans les marches.
Maxime se retourna et essaya de comprendre ce que faisait sa sœur. Elle regardait vers le bas de l'escalier. Le mannequin y était. Il regardait vers leur direction, sauf qu'il avait un visage. C'était un visage que Maxime et Rosalie connaissait bien, trop bien pour qu'il soit collé sur un morceau de bois. La petite sœur pointa du doigt et dit quelque chose qu'elle n'espérait pas dire la vérité.

- C'est...papa...

- Sœurette! Il faut continuer!

La jeune fille se retourna et termina sa montée à la lumière. Elle ne jeta qu'un bref regard derrière elle, le mannequin n'avait pas bougé d'un poil. Au rez-de-chaussée, par les fenêtres, la lune émanait une lumière aveuglante. Le ciel était blanchi par sa clarté et les rares nuages ne venaient qu'asombrir une minuscule partie de là-haut. Le phénomène était majestueux, mais les jeunes étaient les seuls à pouvoir le voir. Il était tard et tout le monde dormait à Stavanger.

Soudain, un gros bruit provenant de la cave fit revenir tout le monde dans le moment présent.
L'être de bois bougeait. Il montait les marches à une vitesse extraordinairement rapide.
Les jeunes n'eurent même pas le temps de réagir qu'il était déjà rendu tout en haut. Maxime fit un geste désespéré, il attrapa la poignée de la trappe et s'apprêta à la fermer, mais une main de bois se referma sur son poignet. Le jeune garçon était pris. C'est alors que la main en bois se mit à serrer de plus en plus fort.
Les autres jeunes se jetèrent dessus et commencèrent à essayer de l'enlever, mais ils en étaient incapables.

Le mannequin avait un visage. Celui-ci était ridiculement mal collé, mais on pouvait y discerner les traits de Bill. Le père avait conclu un marché, qui était l'enquête, avec le diable. La grande ombre n'avait plus qu'à se servir de tous ceux qui venaient à l'intérieur de son terrain.

L'être de bois tenait sa proie entre ses articulations. Elle le tenait fermement, malgré tous les coups des deux autres jeunes. Maxime poussait des petits cris tandis que les autres pleuraient car ils ne pouvaient rien faire. Le mannequin ne bougeait plus que ses doigts et son visage terrifiait les trois jeunes à vue d'œil.
Soudainement, l'homme de bois recula tout en emportant le frère avec lui. Il l'emmenait vers la cave où il le tuerait comme ses autres victimes. Maxime le comprit et ne pouvait que s'accrocher au cadre de la trappe.

- Désolé sœurette...tu ne peux que t'enfuir avec Alexandre. Va! Papa va m'emporter et tout ira bien.

- Non!!! Je ne peux pas! Je suis venu te chercher et non pour te laisser pour mort!

- Fuit et ne te revire pas.

À ces mots, le jeune garçon lâcha le rebord et se laissa emporter par le mannequin dans les ténèbres. Dans l'obscurité de la cave, on pouvait y apercevoir la grande ombre réapparaître depuis le corps de bois.
Elle s'était dévêtue de sa peau morte...

Rosalie qui avait des larmes sur les joues se les essuya et quitta le manoir en compagnie d'Alexandre. Le jeune garçon se tenait la gorge et essayait de garder ses pleurs, mais il ne put.

À l'extérieur, la lune était cachée par quelques nuages, mais le ciel restait bien éclairé par celle-ci. Les arbres crochus dégainaient leurs branches comme des couteaux, une fine neige tombait sur le sol et le brouillard avait totalement disparut. Les deux jeunes traversèrent le terrain en moins de quinze secondes et s'arrêtèrent devant la grille qui était fermée.

- À trois on pousse, comprit? dit Rosalie pour en finir.

Alexandre fit un signe de tête et ne put parler à cause de sa gorge nouée, mais il était tout de même déterminé à partir de cet endroit maudit.

- Un, deux, trois!

La lourde porte de fer s'ouvrit avec un grincement à faire crisper les oreilles. Ils avaient réussis. Ils étaient libres.

***

Maxime avait peur. Il se sentait tirer vers le fond, mais il ne pouvait rien faire à cause de la force de Dévir. Le garçon regardait l'escalier s'éloigné et ne vit qu'une lumière éblouissante et le visage de son père collé à un morceau de bois, à une marionnette. Son cou lui faisait mal, mais il ne ressentait presque plus rien. Une corde entourait sa gorge et il savait comment il allait finir. Il ne voulait pas y penser. Il voulait que penser aux bons moments passés dans sa courte vie, mais une légère vision de l'école lui fit dégoûter ses pensées.

L'ombre soulevait maintenant le garçon au dessus du sol. Dévir attacha la corde au plafond de la cave et il lâcha Maxime dans le vide. Le cou du jeune garçon semblait craquer au choc.

Maxime regardait devant lui tout en se balançant et il remarqua que la grande ombre le regardait, que son regard transperçait son âme. Le garçon n'avait plus peur pour sa peau, mais de ce qui se passerait après la mort. Maxime vit qu'il ne respirait plus et pensa à une dernière chose.

Il voulait pouvoir revoir sa sœur pour une dernière fois.

Au Bout D'une CordeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant