3)
Je me rendis sur les lieux de mon rendez-vous, le parking souterrain de Boissy à l'heure indiquée. Étrangement, à cette heure tardive, l'étage deux du parking semblait désert, aucune voiture n'était garée. Personne ne m'attendait. Instinctivement, mes yeux se portèrent sur ma montre. Elle indiquait 21:58. J'étais légèrement en avance. Je fis les cent pas, arpentant les places de parking de long en large. Je perdais patience. Mes yeux se posèrent de nouveau sur ma montre, il ne s'était écoulé qu'une toute petite minute, une minuscule petite minute. Seulement 60 secondes qui m'avait paru une éternité. En soixante secondes, j'avais parcouru trois allées du parking, mes pieds me menèrent de la lettre I au repère K. Impossible pour moi de rester en place. Les bras croisés contre ma poitrine, je me laissais guider. Ma sérénité n'était pas au rendez-vous, ma confiance se dissipait. J'étais emprunt aux doutes, mais ma foie était pourtant bien ancrée dans mon cœur. Au loin, je vis une voiture arriver. Pile à l'heure. Ses pneus grincèrent. Arrivée à ma hauteur, le véhicule s'arrêta. Un homme cagoulé en sortit, suivi d'un second. Prise par surprise, je n'eus le temps de réagir, il m'attrapa de force. J'essayai de crier, mais la main de l'homme sur ma bouche m'en empêcha. Je rassemblai toute mon énergie et tentai de le mordre. Mes dents s'enfoncèrent peu à peu dans sa chair. Un goût légèrement âpre s'installa sur ma langue. Instantanément, il retira sa main.
- La salope, elle m'a mordu.
Je venais de réveiller sa colère. D'un revers de la main, il me colla une gifle.
- Surveille ton langage s'il te plaît. Annonça ironiquement l'homme qui était resté au volant du véhicule.
Un second me posa violemment un mouchoir imbibé d'éther sur le nez. Je ne pouvais plus me débattre. Mes jambes cessèrent de gesticuler, ma mâchoire se détendit, mes forces me quittèrent, je m'endormis. Sans aucun scrupule, ils me jetèrent sur la banquette arrière de la voiture. Aussi vite qu'ils étaient arrivés, ils repartirent. Je n'avais rien vu venir. Tout s'était passé très vite, deux minutes à peine s'étaient écoulées entre leur arrivée et leur départ. L'homme à l'arrière de la voiture me contemplait. Il se mit à sourire tout en glissant sa main sous mon tee-shirt. Généreusement, il malaxa ma poitrine. La dentelle de mon soutien-gorge l'excitait. Le rouge de mes sous-vêtements anima son désir. Tel un taureau dans l'arène, il ne se contrôlait plus. Pour lui je reflétais la luxure.
- Je sens que l'on va bien s'amuser.
L'homme sur le siège passager se retourna. Ses sourcils se froncèrent. Abuser d'une jeune femme endormie n'était pas leur genre, ils avaient plus de classe que cela. Sous le regard menaçant de son compère, il retira sa main.
- Si on ne peut plus rigoler.
Il croisa les bras pour le reste du trajet.
*
Trois hommes contre moi, je ne pouvais lutter. Je n'avais pas assez de force. Je concentrai toute ma force et mon énergie dans mes extrémités. Tel un ver de terre, je bougeais dans tous les sens. Je voulais échapper à leur emprise. D'avance, c'était voué à l'échec. Je ne faisais décidément pas le poids. Deux hommes me tenaient et le troisième contemplait la scène. Il était admiratif. Je ne voyais que leurs yeux, mais cela était déjà trop pour moi. Je ne voulais pas en voir davantage. Le regard de l'homme en disait long sur ses intentions, il était d'une noirceur incomparable, qui aurait pu assombrir une luciole. Les trois hommes se fixèrent. En un regard, ils se comprirent. Les deux hommes me tinrent fermement, leurs doigts s'enfoncèrent dans ma peau jusqu'à entrer en contact avec mes os. Autant que je le pus, je serrai les dents, jusqu'à donner naissance à une douleur sourde. Le troisième me donna une gifle. Il jouissait de sa position de force. Il sentit la puissance monter en lui. Je n'étais rien pour lui. Je ne valais pas plus qu'une petite fiente de pigeon. Il comptait bien me le faire comprendre et entendre. J'étais certes une femme, mais je n'avais pas dans l'idée de me laisser traîner dans la boue comme cela sans réagir. Mes dents se serrèrent davantage, j'enfouis la pression qu'ils exerçaient sur mes bras, j'oubliais les picotements qui venaient de s'installer dans ma joue, et telle un lama, je crachai au visage de l'homme qui me faisait face. Je n'avais plus rien à perdre. Un acte d'une absurdité totale. Nos yeux se croisèrent. Je refusais de baisser le regard devant un pareil homme. Mon cœur s'étiolait et pleurait. J'étais enlisée dans les pourquoi et les comment. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas ce qu'ils attendaient de moi. Je ne comprenais pas pourquoi moi et pas quelqu'un d'autre. Je ne pus m'empêcher de me demander ce que j'avais bien pu faire de mal pour qu'ils s'attaquent à moi de la sorte. L'avais-je mérité ? Était-ce une punition à laquelle je ne pouvais échapper ? L'homme s'essuya le visage d'un revers de la main. Il se mit à rire. Ses compagnons le suivirent. Je me retrouvais au milieu de ses trois hommes qui riaient aux éclats. La situation les amusait. Je les trouvais pathétique. Je dus me contenir pour ne pas me mettre à rire à mon tour. Ils étaient désespérants, tellement surs d'eux. Par orgueil, l'homme cessa instinctivement de rire et tout à coup son visage se ferma de nouveau. Il me mit une seconde gifle. Il ne contrôlait pas sa force. Par la violence du coup porté à mon visage, je titubai malgré le poids qu'exerçaient les deux hommes sur moi. La trace laissée par ses doigts resta visible quelques minutes. Ma joue rougit. L'homme était fier de lui, fière de son geste. Il fit un signe de tête à ses compères et tous deux sortirent du garage. A peine franchi la grande porte, que l'un deux retira sa cagoule. Il se gratta généreusement les joues et le cuir chevelu. Il ne pouvait plus supporter le contact de la matière avec sa peau. Il se sentit de nouveau libre. Son visage respirait à nouveau. Les démangeaisons s'estompèrent. Le second ne le suivit pas dans sa démarche de sensation de liberté. Il était apeuré, tenu par l'idée que je puisse le reconnaître. Il ne voulait pas prendre le risque de laisser le moindre indice. Tous deux s'assirent sur une pierre devant le garage.
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Rien n'arrive par hasard
Mystery / ThrillerLe noir contre le blanc, le mal contre le bien. Dans le tumulte des sentiments, la douceur se mêle à la violence, l'amour se confond avec la haine. Fabulation ou vérité ? Dans un monde ou les apparences sont trompeuses, ils ne peuvent se fier qu'à...