VIII. Les retrouvailles

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Nous venions d'expliquer à Démétra tous les événements qui étaient survenus dès l'instant où je l'avais quittée. Démétra était agenouillée aux côtés d'Isis, inerte. Personne n'avait envie d'appeler l'infirmière : Démétra ne pouvais plus ouvrir la bouche et moi et Eragon n'avions pas le cœur à répondre aux dix milles questions qui nous attendraient dès qu'on aurait Mme Glendy dans la chambre. De plus, l'infirmière aurait fait venir la directrice et toutes deux ne supporteraient pas le bazar qu'offrait notre chambre. Je m'approchai d'Isis quand Cœur de Feu me parla : « les mots...Les mots que je t'ai appris. Les as-tu oubliés ? Réveille-toi ! Il faut que tu sortes de cette sensation de souffrance ! Souviens-toi. » Dès qu'il eut prononcé réveille-toi, je me souvins. Lorsque nous avions soigné, réveillé les malades à l'infirmerie, j'avais utilisé les mots...vlörr dlanjï ! Je m'approchai d'Isis et murmurai :

- Vlörr dlanjï !

Un rayon de lumière violette s'échappa de mes doigts et entoura mon amie. Démétra aussi fut touchée par le rayon. Elle se figea, se roula en boule et ronronna. Puis, quand la lumière se fut dissipée, elle se releva et fixa Isis, pleine d'espoir. Celle-ci remua ses orteils, ouvrit un œil, le referma aussitôt et murmura :

- Dém... Démétra !

Sa sœur s'approcha d'Isis et posa ses mains dans les siennes. Isis sursauta, ouvrit les yeux et bailla comme si elle sortait d'une bonne sieste. Eragon me regardait comme si j'étais une magicienne (ce qui n'étais pas totalement faux).

- Qu'est-ce t'as dit ? Qu'est-ce t'as fait ? Attends, j'ai raté un truc là !

- J'ai simplement dis : vlörr dlanjï. C'est-à-dire réveille-toi en ancien langage. D'ailleurs, je crois bien que ça fait plus que réveiller parce que mon bras va beaucoup mieux. Peut-être que c'est à cause du contact avec la magie qui...

Démétra s'incrusta dans notre conversation :

- Si je peux me permettre, il n'y a que les Grandes Prêtresse qui connaissent des formules de ce genre, autrement dit, il n'y a que les reines...

Ils m'énervaient à la fin à dire et redire que je suis une princesse. Et puis quoi encore ! Bientôt, on allait m'apprendre que j'avais un grand frère ou que ma mère était bien vivante et que c'était la reine, ou encore que j'allais devoir sauver le monde. Une idée me vint :

- Puis-je voir une image de la « reine suprême » ?

C'est Démétra qui me répondit :

- Ça ne sert à rien : la reine arrive demain. Pour la fête de rentrée.

- Faut écouter les cours, madame ! rétorqua Eragon.

- Je te signale qu'elle était à l'infirmerie quand on nous a prévenu ! dit Démétra pour prendre ma défense.

- Excusez-moi ! Quand vous aurez finit de vous disputer, vous pourrez peut-être m'indiquer s'il faut une tenue spéciale.

- Vous pouvez parler moins fort ? J'ai mal à la tête, balbutia Isis.

- Donc, oui, il y a une tenue spéciale, chuchota Démétra pour ne pas déranger sa sœur. Une tenue rouge ou orange, couleurs du phœnix, symbole royal.

J'étais un peu embêtée : je n'avais aucun vêtement digne de ce nom à me mettre, encore moins des habits rouges. Cœur de Feu, qui était posé sur mon lit, me regarda de ses yeux étincelants. On aurait dit des rubis. L'oiseau s'envola et me tourna autour, commençant par ma tête, terminant par mes pieds. Quand il eut fini, mes habits étaient à la fois plus lourds et plus légers. Mes amis me regardaient avec un air stupéfait. Je me retournai et vis, dans le miroir de l'armoire, une jeune fille aux longs cheveux lâchés, majestueusement déguisée : une robe rouge la vêtait ; le haut était couvert de plumes flamboyantes, formant un motif d'oiseau, le bas étant parsemé de quelques rubis. Un nœud serrait les hanches de sorte à l'ajuster à la taille de la jeune personne. De superbes ballerines rouges, des oiseaux au bout se rajoutaient à la tenue. Pour finir, une chaîne en argent avec, comme pendentif, un phœnix complétait le tout. Je mis du temps avant de réaliser que la fille dans le miroir, c'était moi. Je pensai à Cœur de Feu et me dis : comment ?...Celui-ci me répondit : « Je n'ai fait que transformer ta tenue, te montrant ta vraie forme... » Je ne compris pas vraiment ce qu'il voulait dire. Eragon ricana :

Princesse de l'autre mondeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant