Nuit d'orage

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-Je t'aime tu sais...

-Moi aussi Élie.

En serrant dans ma main l'invitation au mariage de Jake reçue il y a quelques jours je repense à ces mots. Nous les avons échangés il y a des années alors que nous étions à l'université. Ils n'avaient pas le même sens pour lui que pour moi. Pour preuve, après nos études nous nous sommes perdus de vue et maintenant il va épouser une femme que je n'ai jamais rencontré ! Mon poing se referme et la carte se retrouve toute pliée entre mes doigts.

-Je n'irai pas !

-Élie... S'il t'a envoyé ça c'est qu'il a besoin de ta présence malgré votre éloignement. Tu ne peux pas lui refuser ! S'indigne Amy.

-Oh que si !

-Non et tu sais pourquoi ?

-Éclaire ma lanterne, je soupire.

-Quand le prêtre sortira sa fameuse phrase du "si quelqu'un s'oppose à cette union qu'il parle maintenant ou se taise à jamais", fait-elle d'un ton lugubre qui me donne envie de rire, toi tu lèves ton joli petit cul et tu parles ! Tu avoues à cet imbécile que tu crèves d'amour pour lui, il laisse tomber sa fiancée et vous fuyez sur une île déserte !

Pourquoi je lui ai confié tous mes malheurs déjà ?

-Mais bien sûr ! Tu regardes trop de films ma vieille.

Néanmoins rien que d'imaginer la tête de la malheureuse épouse éconduite je souris comme un sadique. C'est méchant. Je n'aimerais pas me faire larguer le jour de mes noces. Et quand bien même j'avouerai à Jake mes sentiments il ne la quitterait pas pour mes beaux yeux. S'il veut l'épouser c'est qu'il l'aime.

-Tu pars quand ?

-Dans une heure. J'espére que tout est en ordre dans cette maison que je puisse m'en débarrasser le plus vite possible. Et surtout je croise les doigts pour ne pas le voir sur place.

-Encore mieux ! Dit-elle en se frottant les mains. Il peut toujours annuler le mariage si vous vous voyez ce week-end et que tu lui ouvres ton cœur.

-Il ne viendra pas. Bon, je pars chercher mes affaires et je prends la route. À lundi ma belle !

Je lui claque un baiser sur la joue et quitte le bureau en lui disant de ne pas tarder. Je repasse par mon appartement pour embarquer mon sac de voyage bien que je ne reste que deux nuits sur place et grimpe de nouveau dans ma voiture.

Sur la route je ne cesse de penser à toutes ces années passées avec Jake. Il était mon meilleur ami depuis le jardin d'enfants. Mon confident, mon soutien sans faille. J'étais comme un frère pour lui mais il était plus. Bien plus. Nous nous étions promis de ne jamais nous séparer peu importe ce qui arriverait. Ce n'était que de stupides promesses. Et ça me tue. Quand je lui ai dit que je l'aimais j'étais terriblement mal de devoir cacher qui j'étais et ce que je ressentais. Il fallait que ça sorte. Seulement quand il a répondu j'ai bien senti qu'il n'avait pas compris. Aujourd'hui il est en couple et heureux si j'en crois ce mariage à venir.

J'enfile les kilomètres à une vitesse effrayante. Je ne suis pas pressé d'arriver pourtant ou alors je me mens à moi-même. Peut-être que dans le fond j'ai l'espoir de le croiser durant ces deux jours, de passer du temps avec lui et de ne pas en perdre une miette. À quoi ça servirait sauf à me faire du mal ? C'est mieux qu'on ne se parle pas.

Je passe par le centre ville et je vois que déjà le temps change. Le ciel est noir et les nuages menaçants. J'espére qu'il n'y aura pas d'orage. Surtout si je suis seul. Je déteste ça et en général dans cette région ça n'apporte rien de bon. Combien de fois des arbres sont tombés barrant les routes ? Combien de fois les lignes téléphoniques ont été coupées et l'électricité est devenue capricieuse ? Combien de fois la route était inondée et impraticable ? J'en tremble d'avance.

Recueil d'OSOù les histoires vivent. Découvrez maintenant