Cela faisait déjà presque deux semaines que j'étais ici, pourtant, j'avais cette impression invraisemblable d'être là depuis une éternité. Je ne m'ennuyais pas, au contraire, je n'avais pas le temps pour cela. Le travail et le froid m'épuisaient. Mais je devais garder la tête haute. Car toute la force que je consacrais au travail était destinée à nos soldats.Ma vie au camp était mieux que celle que j'avais à la maison. Ici, je n'étais pas seule. J'existais.
Ce jour-là, était un jour spécial pour moi, car j'allais prêter serment au Führer. Ma journée se déroulait comme d'habitude. Dans les champs. Bien que la neige était encore absente, le froid était présent et d'une rudesse bien atroce. Mes doigts ainsi que mes pieds étaient gelés. Le froid me mordait les joues. J'avais du mal à mouvoir mes membres. A plusieurs reprises je crus m'évanouir. Heureusement que nous avions une bicyclette, car sans cela, nous aurions eu pas assez d'énergie pour faire la route à pieds. Pour la première fois, nous fûmes les premières à avoir fini notre travail ce jour-là. Les autres filles étaient dans les baraquements. Je ramenai avec Marthe les paniers de récolte dans le baraquement où l'on conservait les récoltes qui allaient partir pour nos soldats. A peine qu'elle eut le temps de poser son panier au sol, la blonde s'approcha de la porte, et regarda à travers la fenêtre qui était poudroyée de givre. Marthe se retourna et sortit une carotte de sa poche, avant de croquer dedans.
Comment avait-elle osé de faire cela ? Son geste m'avait offusquée.
- Ne me regardes pas comme ça. Prends-en une toi aussi.
- Tu es folle ? J'ai déjà été privée de sortie le dimanche car mon lit n'était pas correctement rangé. Et si cette-fois, on me...
- Et alors ? Me coupa-t-elle en mâchouillant.
- Tu ne comprends pas ? Si on nous attrape Marthe, on est foutues. Et en plus... Je n'aime pas les carottes. J'avais si peur d'être punie que mes jambes commencèrent à trembler.
- Tu n'aimes pas les carottes ? Pas de soucis. Dit-elle d'un ton moqueur.
Elle s'approcha de moi et ouvrit de force ma bouche pour y introduire le morceau de carotte qu'elle n'avait pas encore engloutit. Je fermai les yeux et mâchai avec dégoût. Il est vrai qu'en ayant faim, tout peut nous paraître bon. Puisque j'en pris même une deuxième, une troisième... Et une quatrième. Ne plus avoir faim, quelle sensation agréable !
Cependant plus tard, un sentiment de culpabilité m'envahit. Ces carottes... Je n'aurai jamais dû les manger.
Nos soldats avaient besoin d'être nourris, pas moi.
Nos soldats méritaient ces carottes, pas moi.
Nos soldats se battaient, pas moi.Je me sentais si mal... J'avais l'impression d'avoir commis un crime à cause de quatre carottes.
Nous étions enfin en cercle autour du mât. Notre drapeau flottait dans l'air. C'était bientôt mon tour. J'allais enfin prêter serment. Ça y est... C'était mon tour. La Führerin était devant moi. Je levai ma tête bien haute et la regarda dans les yeux. Je me raclai la gorge avant de lever mon droit vers le drapeau.
- Répète après moi. Je... Répéter ? Inutile. Je connaissais déjà le serment.
- Je jure de garder une fidélité inébranlable au Führer du Reich et du Peuple allemand. Je lui jure une obéissance absolue, à lui, et aux chefs nommés par lui. Je jure de remplir consciencieusement mes devoirs de service et d'être une bonne camarade pour tout les membres du Service du travail du Reich. Heil Hitler ! Je fus très heureuse car Frau Eckert me sourit. Elle était fière de moi, je le voyait dans ses yeux émeraudes. Enfin quelqu'un était fier de moi. Elle s'approcha de moi et épingla la brochure sur le col de mon chemisier. Une croix gammée entourée d'un double épi croisé. Elle recula, et leva son bras droit.
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L'Ange de l'Enfer
Tarihi KurguC'est l'histoire d'une adolescente dont la naïveté la condamnera à vivre les horreurs de la guerre, et de l'après-guerre. Contrainte d'abord de donner des enfants au Reich par sa pureté raciale, elle découvrira les terreurs d'une maternité, celles...