J'étais arrivée devant le bureau de la Führerin. Je n'arrivais pas à réfléchir. Je ne savais même pas qui est-ce qui me tenait le bras à ce moment. La personne qui m'avait accompagnée ouvrit la port et me fit rentrer dedans. Frau Eckert était devant la cheminée, dos à moi. La porte se referma, nous étions à présent seules dans cette pièce spacieuse, mais qui semblait tout de même m'oppresser. Elle se retourna et me regarda avec miséricorde. Son regard me fit encore plus mal. Comme si on l'on enfonçait un couteau dans une plaie déjà ouverte. C'est exactement cela que je ressentais à ce moment précis. Je n'arrivais pas à imaginer la mort de ma génitrice et de ma sœur. Car cette pensée était très douloureuse pour être imaginer. Il y avait comme un vide dans ma tête. Un vide dans lequel je m'étais perdue.- Assieds-toi. Lentement, je m'approchai de la chaise en bois, et m'assis. Ses coudes posés sur la table, elle m'observait. Magda Kaufmann Flügge est bien ta mère ? Entendre son nom me tordit le ventre. Je voulais répondre, mais je n'y arrivais pas. Les mots ne sortaient pas de ma bouche. Je secouai ma tête vers l'avant. Et Erika Flügge, ta sœur ? Je secouai ma tête une seconde fois. Presque toutes les filles ici ont perdu un membre de leur famille à cause des bombardements. Berlin a été sous les bombes, et continu de l'être encore. Je sais que c'est loin d'être simple, mais tu dois rester forte Fräulein.
Je n'avais jamais été forte, comment pouvais-je l'être ?
J'avais du mal à parler, comme j'avais du mal à penser. Je n'arrivais toujours pas à comprendre. Mon cerveau refusait d'accepter ce fait. La seule chose que je ressentais était une douleur. Une douleur qui m'empêchait de réagir. Je voulais être seule, j'avais besoin de l'être.
- Je... Je peux monter dans ma chambre ? Je ne savais pas si j'avais réellement réussi à parler ou pas. Elle se leva et fit le tour du bureau. Je ne pleurais pas. Je n'arrivais pas à le faire. Et cela me faisait encore plus mal. Pourquoi ? Parce que je n'avais jamais reçu leur amour. Seul mon père m'en donnait, et je ne savais même pas si il était encore vivant. J'étais peut-être devenue orpheline.
- Ne sois pas dans cet état. Elle s'agenouilla près de moi. Si cela peut te rassurer, leur corps sont toujours recherchés, mais à ta place... Je n'espérerais pas beaucoup. Elle ne comprenait pas. Elle ne pouvait pas comprendre ce que j'endurais déjà. J'étais déjà malheureuse. Il n'y a pas pire douleur pour un enfant de ne pas être aimé. Je souffrais déjà à cause de cela. Alors, qu'est-ce que cela pouvait changer ? Seulement nourrir davantage ma douleur. Si tu veux aller à Berlin, je demanderai une autorisation à...
Rentrer à Berlin ? Et pourquoi ? Je n'aurai pas eu le courage de confronter la réalité.
- Ce n'est pas la peine. Je... Je voudrais seulement que vous ayez de leurs nouvelles Frau Eckert. Elle posa sa main sur la mienne. Je ne l'avais jamais vu de si près. Elle était jeune, elle avait aux alentours de vingt-cinq ans. Sa peau d'albâtre était lisse et nette. Elle avait de longs cils épais noirs et ses lèvres comme ses joues, étaient rosées. Ses cheveux auburn était tressés et coiffés en couronne sur sa tête. Elle sentait le jasmin, comme ma mère.
- Ne t'en fais pas ma petite, ne t'en fais pas. Le ton de sa voix était si rassurante, si apaisante... Si seulement ma mère pouvait elle aussi me réconforter ainsi. Mais cela n'allait jamais se reproduire. Ma mère n'allait jamais m'aimer, avais-je pensé.
Je n'avais pas fermer l'œil de la nuit. Mes pensées hantaient mon esprit.
- Laisses, je vais y aller. Dis-je en prenant le sceau de la main de Marthe.
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L'Ange de l'Enfer
Historical FictionC'est l'histoire d'une adolescente dont la naïveté la condamnera à vivre les horreurs de la guerre, et de l'après-guerre. Contrainte d'abord de donner des enfants au Reich par sa pureté raciale, elle découvrira les terreurs d'une maternité, celles...