Chapitre 2

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Une discussion à mi-voix accompagna son réveil mais lorsqu'elle tourna légèrement la tête pour voir d'où elles provenaient, le silence se fit. Les deux filles étaient réveillées et la fixaient. Lauwe se redressa et les dévisagea. Maintenant qu'elles étaient debout, quelque chose la marqua. Elles avaient toutes deux une trace sous l'œil. Sa curiosité lui fit s'avancer vers elles et elle put voir que la blonde avait un motif fleuri et la brune une lune sombre. Sous l'œil gauche. Instinctivement, elle porta la main à sa pommette mais ne sentit que la peau. Elle laissa retomber sa main et la brune s'exclama :

- Nous commencions à nous demander si tu allais te réveiller.

- Que faites-vous ici ? Et qui êtes-vous ?

Les deux lui contèrent une histoire qu'elle connaissait déjà. Elles ne savaient que leur nom, leur âge et leur origine. La blonde était une dessinatrice, elle se nommait Elléa et avait dix-sept ans. La brune avait le même âge et s'appelait Hanæ. Elle était une simple Alavirienne. Et aucune ne savaient ce qu'elle faisait ici et pourquoi elle ne se rappelait rien. Ces maigres informations firent soupirer Lauwe. Elléa se plaignit soudain qu'il devait y avoir des gommeurs car l'imagination lui était interdite. Faisant un rapide bilan de la situation, elle se rendit compte qu'elles étaient dans une situation délicate. Aucun souvenir, aucune arme, aucune ressource, aucun confort, aucune information. Elles échangèrent un peu mais, sans sujet, la discussion se tarit vite. Et elles se retrouvèrent à attendre.

Savez-vous ce qu'est l'attente ? Avez-vous déjà expérimenté cette sensation ? Imaginez-vous dans une pièce close, vide, sans occupation. Vous pouvez bouger mais cela vous fatigue vite. La seule chose, strictement, que vous puissiez faire est dormir. Oh non, vous pouvez aussi regarder les murs. Vous ne pouvez même pas imaginer une histoire ! Vous n'avez aucun souvenir, aucun visage à poser sur un quelconque personnage, aucun lieu où placer une histoire, aucune chanson à fredonner et aucun savoir sur lequel réfléchir. Vous êtes un enfant ignorant, incapable de regarder le monde autour de vous, forcé de subir le fléau de l'attente.

Maintenant, pensez que vous ignorez pour combien de temps vous êtes dans cette situation. Vous ignorez comment vous êtes venus, comment vous pourriez partir. Les secondes passent et semblent durer une heure. L'ennui est plus fort que tout, il annihile toute sensation. La douleur s'envole, la peur s'endort, la tristesse s'évapore. Ne reste que cet ennui surpuissant. Vous vous levez, incapable de supporter cette inaction, vous faites quelques tours de la pièce mais la fatigue gagne vos membre. Ça y est, votre corps refuse de bouger mais votre esprit cherche à s'enfuir. Impossible de s'endormir, vous avez déjà passé trop de temps dans les bras de Morphée. Une seule chose vous fait envie : le changement.

Même une mouche qui entre par la fenêtre vous semble le spectacle le plus fascinant qui soit. Elle vole, décrit des arabesques magnifiques. Son agilité vous impressionne. Comment fait-elle pour battre des ailes si vite ? Qu'est-ce que ça fait de voler ? De voir absolument tout autour de vous ? Ressent-elle quelque chose à vous voir là, assis contre le mur ? Elle file vers le mur, l'évite au dernier moment, monte vers le plafond, tombe dans une courbe gracieuse, se met à tourner en cercles de plus en plus larges, passe près de la fenêtre, s'en éloigne. Elle s'approche de vous, vous bourdonne dans l'oreille. Vous faites un geste pour la chasser et elle vous évite, vous ne la frôlez même pas. Comment tant d'agilité est-elle possible ? La voilà qui s'éloigne. Vous l'avez chassée mais vous voulez qu'elle revienne briser la monotonie de l'attente. Elle vous ignore, ondule vers la fenêtre, se joue des barreaux et disparaît.

Votre seule source de distraction depuis une durée incalculable vient de disparaître. Voilà ce qu'est l'attente. Il y a très exactement sept cent vingt-neuf pierres dans le mur en face de vous. Vous pourriez fermer les yeux et le dessiner, à force de le regarder. Et vous en seriez ravi, si seulement vous aviez une feuille et un crayon. L'ennui est le pire des fléaux.

Supporter l'ennui est une occupation héroïque. Lauwe, Elléa et Hanæ furent des héroïnes. Avant que leur esprit ne déclare forfait et ne les fasse tomber dans l'oubli.

On ne peut admirer en même temps la lune, la neige et les fleurs [terminé]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant