« Eh voilà, j'ai gagné !
— Ça ne sera jamais que la neuvième fois d'affilée...
— Mauvais perdant ?
— Non, je dis juste que tu t'arranges toujours pour qu'ils te choisissent, toi.
— Ça n'est pas la peine de tirer cette tête d'enterrement ! Ce n'est pas de ma faute si je suis celui de nous deux à avoir le mieux compris la nature humaine.
— Tu n'as rien compris du tout, n'importe qui aurait pris la même décision s'il avait dû endurer tes atrocités.
— Tu admets donc que je joue mieux que toi ? C'est bien ce que je disais alors, tu es un mauvais perdant.
— Sans doute... Quoi qu'il en soit, ça ne m'amuse plus.
— Tu fais quoi, là ?! Pourquoi tu t'en vas ? Ne me dis pas que tu ne veux pas refaire de partie !
— Trouve-toi un autre pigeon.
— Attends, attends ! Très bien, j'entends ce que tu me dis. Si tu veux, cette fois-ci, on ne sélectionne pas notre cobaye au hasard.
— C'est-à-dire ?
— On prend quelqu'un d'extrêmement vertueux, quelqu'un de gentil, de tourné vers les autres. Comme ça tu auras de meilleures chances de gagner.
— Non merci, ça ne m'intéresse pas.
— Tu as peur qu'on te colle une étiquette de minable si jamais tu perdais malgré cet avantage ?
— Je ne t'entends plus !
— Bien... Si tu l'emportes, je ferai en sorte que tu puisses te rendre aux enfers comme bon te semble !
— ...
— Ah, tu t'arrêtes tout à coup, hein ? J'ai appris à te connaître avec les années, tu as beau être un ange, tu es presque aussi mauvais que moi. Je sais que tu brûles d'envie de voir à quoi ressemble le royaume du dessous et de découvrir ses petits plaisirs cachés, avoue-le.
— Tu n'as pas complètement tort, mais tu me promets là l'impossible. Tu sais aussi bien que moi qu'un habitant du paradis se ferait désintégrer en posant ne serait-ce qu'un pied chez toi, et vice versa. C'est d'ailleurs pour ça que depuis trois cents ans on se rejoint ici, entre les deux mondes, pour jouer. Ne fais pas comme si tu l'avais oublié.
— Tu penses vraiment que ce que l'on fait est autorisé ? Choisir un être humain et nous amuser avec lui pendant une année entière avant de l'appeler à nous et de le soumettre à un choix ? Si personne ne nous en a empêchés, c'est qu'il y a bien une raison. J'ai mes passe-droits, tu sais. Je te garantis que tu seras libre de faire autant d'allers-retours que tu le souhaiteras.
— Intéressant... Et si je perds ?
— Dans ce cas on fêtera ma dixième victoire en dix ans. Tu devras alors accepter de continuer à jouer jusqu'à une hypothétique défaite de ma part. Je ne veux plus te voir te débiner comme tu viens d'essayer de le faire.
— Marché conclu.
— Pas si vite, tu ne crois pas que je vais me contenter de ça, si ? Tu devras de plus te mettre à mon service jusqu'à ta prochaine victoire, qu'elle survienne dans deux ans ou deux siècles.
— Tu plaisantes ?
— Regarde-moi droit dans les yeux, j'ai l'air de plaisanter ?
— C'est d'accord.
— Tu n'as pas hésité longtemps !
— Tais-toi et viens plutôt m'aider à choisir notre prochain pion.
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L'écho du silence (Nouvelles)
NouvellesVivre après la mort, se souvenir de ses vies passées, jouer avec la vie d'autrui... Ce recueil regroupe des nouvelles de différents genres (Thriller, Science-Fiction, Humour noir...) avec pour thème central la mort, ses divers aspects et les répercu...