jade_hg
Ce monde n'était pas tendre.
Amara Kurokawa le savait.
Elle n'a jamais levé le poing.
Jamais traîné dans les ruelles pour se battre.
Jamais porté l'uniforme noir taché de sang.
Pourtant, la délinquance a toujours fait partie d'elle-même.
Parce qu'elle a appris à regarder.
À écouter sans intervenir.
À comprendre avant que la violence n'explose.
Amara compte les coups.
Anticipe les erreurs.
Calcule les conséquences.
Dans l'ombre, les gangs murmurent son existence.
Un cerveau.
Une fille.
Un fantôme.
Ils l'appellent la Veilleuse.
Personne ne connaît son visage.
Personne ne sait d'où elle vient.
Personne ne sait qui elle est.
Seul le toman le sait.
Seuls eux la connaissent sur le bout des doigts.
Draken. Mitsuya. Baji. Pachin. Mikey.
Ils sont là depuis toujours.
Depuis l'époque où tout était encore possible.
Ils sont sa famille choisie.
Les seuls devant qui elle baisse la garde.
Car le Tokyo Manji-kai ne survit pas par hasard.
Il survit parce que quelqu'un réfléchit pendant que les autres saignent.
Parce que quelqu'un voit la chute avant qu'elle n'arrive.
Mais même les esprits les plus lucides ont leurs failles.
Le passé d'Amara refuse de se taire.
Il revient dans ses silences, dans ses insomnies, dans cette peur sourde qu'elle ne formule jamais.
Et quand le temps commence à se fissurer - Amara comprend :
On ne peut pas tout calculer.
On ne peut pas sauver tout le monde.
Surtout pas l'amour.
Car Mikey n'est pas un héros.
Il est un abîme.
L'aimer, ce n'est pas espérer être sauvée -
c'est accepter de tomber avec lui, de regarder la noirceur en face, et de brûler sans détourner les yeux.
Amara veille sur eux tous.
Depuis toujours.
Dans chaque futur possible.
Mais quand tout s'effondre, quand les morts s'accumulent et que même le temps échoue à réparer ses erreurs, une question demeure :
Comment un visage peut-il rester caché dans chaque cicatrice du temps ?