AmadouDjibokarabedji
Sous le ciel immense du Sahel, où les étoiles brillent comme des yeux curieux, il y a des terres où le vent ne raconte plus que des histoires. À Karabédji, la vallée rouge s'étend comme une cicatrice ancienne, parsemée de cases en banco, des puits profonds et d'arbres tordus. Les anciens disent que les génies étaient là avant les hommes, nés des premières pluies ou des colères du désert, quand les rivières chantaient encore où le sable n'avait pas tout avalé.
Ils ne sont pas des ombres qu'on invente pour effrayer les enfants où apaiser les vieux. Ils marchent parmi nous, invisibles mais présents, leurs pas mêlés de la poussière, leurs souffles portés par les bourrasques. A Goubey, à Fandoga, à Tchirigambé, partout dans le village, leurs noms circulent dans les murmures : Boubé bourki bourki qui danse avec le vent, Houmbre, dont la fraîcheur apaise les âmes; Feri Fero avec son chant de pierres; et d'autres plus sombres dont le silence glace le sang.
Mais cette histoire n'appartient pas qu'aux génies. Elle est aussi celle de Sani, un garçon aux rêves trop grand pour ses scandales usés ; d'Ali dont les ciseaux taillent des étoffes et des vérités ; Saâdou , petit curieux au question sans fin; de Nana, pilier de terre et de cœur et Barka, gardienne des mémoires oubliées. À Karabédji, les vivants et les invisibles tissent un même fil, fragile et éternel, entre la peur , la merveille et les jours qui passent sous un soleil impitoyable.